13 - Une arrestation

En ce lundi matin, Calience et Alexander étaient en réunion avec les avocats et le comité exécutif, pour préparer les futurs contrats passés durant le séminaire à Boston. Cali, habillée d’une robe-pull gris souris avec ses bottes à talon aiguille en cuir noir, prenait des notes sur son ordinateur. Enfin, elle essayait. Quelques minutes avant le début, Alex lui avait ordonné de mettre le petit vibromasseur. Cela faisait maintenant une demi-heure qu’il jouait avec la télécommande, discrètement, sous la table de la salle de conférence, mais elle était déjà à bout. Et la réunion faisait que commencer. Il avait eu beau la punir toute la soirée jusqu’à tard dans la nuit, enchaînant les séances et les orgasmes, puis la prendre deux fois au petit matin, il voulait continuer à se venger de son affront d’hier. Alex la regardait de l’autre bout de la pièce, assit, seul, en bout de table, présidait la réunion. Elle était concentrée en apparence, mais il voyait bien qu’elle n’en pouvait plus. Son front était couvert de perle de transpiration, ses tétons pointaient sous la laine de sa robe, les joues rouges, le souffle court, elle devait être trempée entre les jambes. Elle le regarda avec supplication. Avec un sourire diabolique, il augmenta les vibrations. Elle sursauta légèrement, arrêta de taper et s’accrocha fermement à la table, en se mordant légèrement la lèvre inférieure. Il bandait comme un âne, heureusement sa veste de costume cachait son énorme érection. Un frisson la traversa, elle étouffa un gémissement et ferma brièvement les yeux. Ses épaules se détendirent et elle poussa un léger soupir. Il sourit de plus belle. La garce ! Elle venait de jouir. Son collègue venait de finir sa démonstration sur le PowerPoint projeté sur l’écran. Alex poussa le bouton de la télécommande à son maximum, la mit dans la poche et se leva. Il fixa sa femme. Elle était extatique, les yeux plongés dans le vide, pas du tout attentif. Il détourna le regard et regarda ses collaborateurs.

— Merci, Josh. Bien, comme je vous l’ai indiqué…

Soudain, on frappa lourdement à la porte. Matt apparut, l’air furieux. À ses côtés, Serena semblait plus déterminée que jamais.

— Cali, c’est vrai pour la séance de spiritisme ? interrogea-t-il.

— Quoi… Qu’est-ce… c’est quoi… est vrai, bafouilla-t-elle.

Elle était complètement perdue, au bord d’un nouvel orgasme dévastateur, les vibrations lui envoyant des décharges de plaisir dans tout son ventre.

— Le nom de Ben Hobbes est ressorti !

— Bon sang, Matt ! Tu ne peux pas rentrer comme cela, on est en pleine réunion, si tu n’avais pas remarqué ! Tu ne vas pas croire à ces idioties ? C’était une blague ! s’écria Alex.

— Réponds-moi, est-ce qu’elle a répondu oui à Ben ?

— Dis-lui Calience, la pressa Serena.

Pour toute réponse Cali poussa un gémissement, les mains cramponnées à la table. Alex ressortit la télécommande et éteignit le vibromasseur. Le sexe palpitant, le cœur battant la chamade, Cali se prit la tête entre ses mains et essaya de reprendre ses esprits. Ce fut Alex, dont sa femme n’avait aucun secret pour lui, qui répondit à sa place.

— Non ! Matt, bon sang, qu’est-ce qui te prend ? C’était un oui-ja ! Tu crois vraiment que l’esprit d’Amanda est venu les visiter pour leur dire qui l’a tuée ? Ne sois pas ridicule !

— Elle ne nie pas que le nom de Ben Hobbes soit sorti ! insista Matt.

— Non, parce que ça ne veut rien dire. Si le oui-ja leur avait dit que le pape était responsable de sa mort, tu l’aurais-cru ?

— C’est bon…

Son visage était en feu, les poings serrés, il se précipita dans le couloir.

— Bon sang, Serena fait quelque chose ! s’écria Alex. Il commença à courir auprès de Matt. Serena le suivit. Cali se leva, tremblante, et se précipita aux toilettes. Dans une cabine, elle retira le gode et le jeta à la poubelle en sortant.

Alex le rattrapa devant les ascenseurs.

— Matt, calme-toi !

Mais, son ami le repoussa. Ben était dans son bureau, tapant furieusement sur son clavier, de gros écouteurs de geek en mousse sur les oreilles, lui donnait l’air d’une abeille. Tout le monde sortit des open-spaces et regarda la scène. Les conversations s’arrêtèrent. On n’entendait plus que les ronronnements des ordinateurs et le bruit des poings de Matt tabassant Ben. Alex s’interposa. Il reçut un coup au visage. Cali poussa un cri de frayeur. Elle aperçut Rob qui accourait. Elle s’attendait à ce qu’il aille secourir son meilleur ami, mais au contraire, il l’attrapa et le poussa contre le bureau. Ben gisait à terre, Matt continuait à le frapper. À ce moment-là, trois policiers firent leur apparition, prenant tout le monde par surprise. Deux d’entre eux agrippèrent Matt et le forcèrent à se calmer en le maintenant contre la table. Le troisième aida Ben à se relever. Cali se retourna et vit une femme entrer, vêtu d’une veste en cuir noir, des lunettes d’aviateurs fumés sur le haut de sa tête, mastiquant un chewing-gum. Elle reconnut la commandante qui avait fait les premières constations le matin où l’on avait retrouvé le corps d’Amanda. Joséphine Cooper s’assit tout près de Matt.

— Monsieur Jones, vous êtes calmé ? demanda-t-elle.

Il hocha la tête, encore tout essoufflée.

— Lâchez-le, ordonna-t-elle à ses hommes.

Matt s’assit, et les officiers s’assurèrent qu’il n’avait pas l’intention de fuir.

— Mr. Jones, nous aimerions avoir une petite discussion avec vous au commissariat. Vous nous accompagnez ?

— Matt, tu n’es pas obligé, intervient Rob. Tu ne dois y aller que s’ils t’arrêtent.

— Monsieur Denison, c’est bien ça ? interrogea Jo en le regardant froidement, mastiquant son chewing-gum. Je vous conseille de la jouer profil bas. J’ai vu votre réaction quand Mr Wilton a essayé d’intervenir.

Alex était appuyé contre le bureau et essuyait le sang qui sortait de sa bouche.

— Donc Mr Jones, vous nous suivez ?

— Je n’ai pas besoin de Rob pour connaître mes droits ! déclara Matt. Si vous voulez que je vous suive, vous m’arrêtez !

— Comme vous voudrez, concéda Jo. Matthew Jones, je vous arrête pour le meurtre d’Amanda Sterling.

Matt pâlissait à mesure que Jo lui disait ses droits et lui passait les menottes.

— OK, emmenez-le au poste.

Le policier qui tenait Matt par le bras l’entraîna vers la sortie sous le regard consterné et incrédule de tous les salariés présents. Jo tourna la tête et jeta un œil à la victime pendant qu’un officier appelait une ambulance.

— Ça va aller, Ben ?demanda-t-elle.

Le jeune homme se contenta de la regarder, penaud. Son œil gauche commençait à gonfler.

— Le lieutenant Peebody va vous accompagner à l’hôpital, ensuite il prendra votre déposition. C’est à vous de voir si vous voulez porter plainte, ajouta-t-elle avant de se tourner vers Alexander. Idem pour vous, Mr Wilton.

Jo resta un moment à examiner les employés autour d’elle, puis elle sortit. Cali la suivit du regard. Quelle femme comme même ! Puis, elle se précipita vers son mari, à moitié en pleure. Il la serra dans ses bras et embrassait ses cheveux en lui caressant la nuque. Tout doucement, elle lui caressa le visage.

— Tu as été très courageux, mon amour…

— Ça n’a pas servi à grand-chose, rétorqua-t-il résigné. Aller viens, la journée est finie, nous rentrons à la maison.

 

— Je voudrais que vous m’expliquer une chose, demanda la policière.

Matt, le lieutenant Peebody et Joséphine se trouvait dans la salle d’interrogatoire au commissariat. Les murs en bétons brutes barbouillés à la va vite d’une peinture grise, une table en fer bancale, une chaise inconfortable, une ampoule nu à l’éclairage agressif, un miroir sans tain, c’était la pièce classique. Sans fenêtre avec pour seule ouverture, une porte grinçante. Démenotté, avachit, les cheveux en batailles et les phalanges écorchés, Matt avait perdu toute sa superbe mais retrouvé son calme. La commandante Cooper se tenait devant lui, le dossier du meurtre Sterling ouvert devant elle, les photos atroces étalées devant les yeux exorbités de Matt.

Jo fit glisser une pochette en plastique transparente sur la table. Elle contenait un livre trouvé dans la chambre d’Amanda. Matt prit le bouquin, une image d’un champignon nucléaire sur fond noir le recouvrait, il le retourna et lit la quatrième de couverture :

« L’humanité n’a connu la paix qu’au prix de grande souffrance. Plus grande est la souffrance, plus grande est la paix. Alors que l’homme est attiré par l’autodestruction comme un papillon de nuit vers la flamme, ces prétendus défenseurs de la paix : l’église, le gouvernement, la justice, œuvrent inlassablement pour sauver l’humanité malgré elle. C’est en évitant le désastre qu’ils ne font que retarder la paix, qui ne peut être qu’une immense bataille du feu, où le sang coule. Les souffrances que je vous inflige ne sont pas le commencement de la fin, mais le début d’une plus grande compréhension mutuelle de la souffrance commune. C’est le premier pas vers la fraternité ».

— Savez-vous qui l’a écrit ? L’auteur est anonyme.

— Aucune idée, répondit Matt en haussant les épaules. Amanda avait ce livre dans sa chambre, posé sur sa table de nuit. Elle m’en avait parlé, mais je ne suis pas très littéraire.

— Vous auriez dû. Je l’ai parcouru et c’est un manifeste d’extrémiste. Décrivant les désastres que l’humanité devrait connaître pour se sauver. Plusieurs thèmes sont abordés comme par exemple la surpopulation ou l’écologie.

Matt ne réagit pas. Pour lui, ce n’était pas des sujets qui le passionnaient. Jo poussa un soupir et lui tendit un nouveau sachet en plastique. C’était un message manuscrit anonyme trouvé dans le livre. Pas rassuré, Matt y jeta un œil. Il s’empara du papier et Jo vit ses yeux se remplir de larmes.

« Je croyais que tu étais mon amie. Quelle amie ! Tu es pire que mon ennemie ! Tu fais semblant de comprendre et de compatir, mais tu n’es qu’une garce sans cœur qui se fiche de tout et de tout le monde. Je ne veux plus rien avoir à faire avec toi ! ».

— C’est vous qui avez écrit cela, n’est-ce pas, Matt ? questionna Jo avec douceur.

Il hocha la tête. Il prit un mouchoir de soie dans sa poche et s’essuya les yeux d’un revers de la main.

— Je regrette. J’aimerais tant revenir en arrière.

— Pourriez-vous m’expliquer pourquoi vous l’avez écrit ?

Matt regarda fixement la commandante. Il refusait de parler. Il croisa les bras et regarda le plafond empêchant de nouvelles larmes de couler.

— Matthew, je ne sais pas ce qu’Amanda a fait pour vous énerver à ce point, mais j’imagine que c’est suffisamment important pour vous donner un mobile. Si je me trompe, vous avez maintenant l’occasion de vous expliquer…

— Puis-je vous en parler de façon non officielle ?

— Je ne crois pas. On peut essayer de taire l’information, si elle n’a pas de rapport avec l’enquête, mais je ne peux rien vous promettre avant d’avoir entendu.

— Dans ce cas, je n’ai rien à dire…

— Matthew, vous risquez d’être accusé de meurtre. Je vous suggère vivement de me parler, de me dire pourquoi vous avez écrit cette note.

— Je veux parler à mon avocat, conclut Matt, les bras croisés.

Jo poussa de nouveau un soupir et regarda la fenêtre sans tain. Derrière, Ethan était aussi frustré que sa cousine.

— Très bien, Jones, c’est votre droit.

On frappa à la porte de la salle d’interrogatoire.

— Entrez, lança Joséphine, agacée par cette interruption.

— Je dois vous parler, annonça le capitaine Anderson.

Dehors, il fit un signe de tête en direction d’un homme, petit, rondouillard, portant des lunettes à très forte correction. Il ressemblait à un hibou, surtout avec sa gabardine noire. Il se tenait assez loin pour qu’ils puissent parler sans qu’il les entende.

— C’est Laurence Merner, l’expert-comptable de Robotics. Il prétend qu’il était avec Matthew Jones la nuit du crime. En tout cas pendant les quatre heures que le légiste a mentionnées comme étant le moment probable de la mort.

— Entre minuit et quatre heures ? Qu’est-ce qu’ils fabriquaient ?

— Ce à quoi vous pensez, affirma Anderson avec un petit sourire. Ils couchaient ensemble.

— Vous plaisantez ?

— C’est ce qu’il déclare. Apparemment, lui et Mr Jones ont une liaison depuis déjà quelques semaines. Ça explique les disputes avec Amanda, le dernier effort de Jones pour être un bon hétéro. Mais, selon Mr Merner, il n’a pas pu bander et quand il a avoué à Amanda qu’il pensait être gay, elle l’a humilié en beauté.

— Ça lui donne un bon motif. Surtout s’il avait peur qu’elle en parle à tout le campus, ce qui à l’évidence le terrifie… Donc il a un mobile, résuma Jo en pensant ce qu’Ethan lui avait dit sur la personnalité du tueur. Mais, aussi un alibi…

— Vous pensez que Merner dit la vérité ?

— Oui. Il hésite à avouer quoi que ce soit. Il semblerait que ses collègues ne verraient pas d’un bon œil sa relation avec Jones, le type même de l’homme d’affaires, collectionnant les conquêtes et homophobe. Donc, le fait qu’il se soit décidé à venir parler malgré tout m’inciterait à penser qu’il ne ment pas.

— Peut-être est-il amoureux de Jones et qu’il veut le protéger, proposa Anderson.

— Peut-être, concéda Jo. Mais ce n’est pas l’impression que ça donne. Je vais interroger Merner. Vous allez vois si vous pouvez trouver des voisins ou des collègues pour confirmer l’histoire. Soyez discret. Jones a un problème avec ça et nous devons respecter sa vie privée.

— C’est noté, acquiesça Anderson.

 

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