12. Ely

Les jambes d’Ely flanchèrent sous les émotions ainsi que la tension qui retombaient soudainement.

            Une main ferme se glissa sous le bras d’Ely, pour l’aider à se relever.

— Bienvenue à la cour du Roi, Madame. M’autorisez-vous à vous accompagner jusqu’à à vos appartements ?

            Encore affaiblie, Ely eut juste la force de hocher la tête pour acquiescer, tout en tentant de se remettre debout. Son bras lourdement appuyé contre la main de son interlocuteur, elle croisa son regard. Alexandre de Moissac était à peine plus grand qu’elle, et la proximité de leurs visages lui fît tourner la tête dans la direction opposée. C’était bien la première fois qu’elle pouvait regarder quelqu’un droit dans les yeux, sa petite taille l’ayant toujours obligée à lever la tête, appuyant ce sentiment d’infériorité qui l’habitait depuis l’enfance. Sentiment qui ne paraissait pas partagé par Alexandre de Moissac, dont la confiance et l’autorité émanait de lui, sans faillir.

            Rapidement, ils arrivèrent à destination, à peine à quelques couloirs de la grande salle. De chaque coté de la large porte, deux domestiques attendaient patiemment.

— Madame, vous voici arrivez à vos appartements. Lucie et Solène sont entièrement dédiées à votre service. Reposez-vous, je viendrais vous chercher ce soir pour rencontrer notre Roi.

            Ely retrouvait peu à peu ses esprits, en même temps que son énergie. Elle ne vacilla même pas lorsque la main d’Alexandre de Monssac enleva son appui. En revanche, elle avait perdu temporairement la capacité à parler, comme si le flot de paroles qui avait jaillit lors du test avait épuisé ses ressources en mots. Mais même sans ordre, Lucie et Solène connaissaient leur rôle. L’une ouvrit la porte, tandis que l’autre se faufilait derrière Ely pour l’inciter à entrer dans la pièce. Celle-ci fronça les sourcils, ne reconnaissant pas la chambre qu’elle avait quitté le matin. Dans le salon, la présence d’un sofa rouge et d’un fauteuil crapaud de couleur assorti confirmant sa pensée. En réalité, tous les tissus étaient de cette couleur. Le tapis épais, les rideaux des fenêtres, les coussins, les tentures brodés aux murs.

            Un sentiment opprimant se tissa autour du souffle d’Ely. Son regard ahuri et sa respiration saccadée déclenchèrent chez les deux domestiques un long et vif discours, auquel elle ne put qu’être spectatrice.

— Le rouge est la couleur officielle du Chuchoteur...

— ... et votre tenue quotidienne sera aussi de cette couleur !

— Et la tenue de cérémonie aussi ! Et...

— ... et votre pyjama aussi. Et... et...

— ... et chaque jour, un bouquet de roses rouges sera déposé sur la table de...

—... sur la table de votre petit salon !

— Celui où nous sommez actuellement, voyez ? Oh et votre chambre...

— ... attendez de la voir, votre chambre ! Vous allez être...

— ... éblouie ! finirent-elles en chœur.

— Madame ? s’inquiéta Solène, Vous êtes toute pâle, venez donc vous asseoir là…

            Ce rouge omniprésent, rappelait à Ely cette couleur qui pulsait dans son esprit pendant les punitions, et cumulé au babillage incessant, un violent vertige venait de la saisir. La sensation que tout son flux abandonnant le haut de son corps pour plonger dans sa moitié inférieure, donnait comme résultat ce teint blanc/vert qui avait donné l’alerte aux deux domestiques. L’une d’elle se permit de poser sa main dans le bas de son dos afin de la guider jusqu’au sofa où Ely s’écroula.

Repose toi Ely, va dormir, notre connexion s’affaiblit et il est important de la renforcer pour notre rencontre avec le Roi ce soir.

            Lucie arrangea les coussins pour les disposer confortablement sous la tête d’Ely, qui s’obstina à garder les yeux fermés pendant que Solène la couvrait d’une couverture rouge.

— Madame, nous allons attendre…

— nous serons devant la porte d’entrée, dès que vous …

— quand vous avez besoin, il y a cette clochette ici…

— sur la petite table, là juste devant vous… Madame ?

            Ely garda les paupières fermées, ne laissant aucun indice pour leur indiquer qu’elle avait les avait entendues. Sa circulation sanguine se remettait doucement en route, elle n’aspirait qu’au calme et craignait qu’un mouvement de sa part ne ré-enclenche la joute verbale de ses deux domestiques. Le bruit de la porte grinça sur ses gonds, sonnant sa délivrance. Enfin elle était seule. Lentement, elle ouvrit les yeux, le regard hypnotisé par cette déferlante rouge tout autour d’elle. Dans un soupir, elle se releva délicatement. Elle n’avait d’autre choix que de s’habituer à cette couleur. Malgré la vague de fatigue qui était en train de la submerger doucement, elle mobilisa son énergie pour explorer son nouveau domicile. D’abord la porte de droite... qui donnait sur une salle de bain de taille moyenne, simple mais avec tout le confort nécessaire à une personne de son rang. Ce qui plût immédiatement à Ely, était les couleurs de la pièce. Blanche pour le carrelage et la baignoire, boisé pour les meubles.  Au-dessus du lavabo, le reflet d’Ely la regardait. Des poches grisâtres sous ses yeux, lui donnaient l’air fatigué, accentuant la pâleur de sa peau et faisant ressortir ses légères taches de rousseurs.

            Un frisson la traversa, tandis qu’elle sentait son pouls s’accélérer, signes indiscutables que la fatigue était en train de reprendre le dessus. Il était grand temps d’aller à sa nouvelle chambre qui sans surprise était entièrement dans les tons de rouge. Sans réfléchir si c’était cette couleur ou la sécheresse provoquée par l’épuisement, qui lui piquait les yeux, elle s’affala de tout son poids sur le lit, s’enfonçant dans l’épaisse couette. Elle n’eut pas le temps d’apprécier le moelleux des plumes qui la garnissait, que le sommeil la faucha sans attendre.

            Le corps englué dans le lit, chacun de ses membres pesaient si lourd, qu’Ely ne parvenait plus à bouger. Son esprit naviguait sur une mer sombre et paisible, se laissant porter par des courants venant d’horizons lointains et variés. Par le Sud, le bras de mer apportait la chaleur d’un soleil plus ardent, contrant celui venant du Nord accompagné de ses ilots glacés, vestige de la structure plus imposante d’un iceberg. Des nuages de planctons phosphorescents dansaient en larges volutes et arabesques, tout en illuminant le fond de l’océan, révélant des trésors engloutis. L’un d’entre eux se détacha lentement du sable dans lequel il était enseveli, pour venir rejoindre la surface de la mer et se diriger vers l’esprit d’Ely. Un faible murmure inaudible s’en échappait et quand Ely concentra son attention sur ce coffre, le couvercle s’ouvrit brutalement, laissant le message exploser dans les airs.

 Ceci sont mes dernières pensées, conservées dans cette mer sacrée et consacrée. Moi Nicolas, dernier Chuchoteur du Roi, souhaite transmettre ce message à celui ou celle qui me succèdera. Mes yeux ont été brulé, mes tympans percés, mon odorat brulé pour que je ne puisse divulguer aucune information sur le lieu de ma détention. Depuis mon enlèvement, les jours et les nuits se sont enchainés dans une douloureuse routine, et chacun de nous a partagé les différentes tortures que j’ai enduré. Une grave menace pèse sur notre famille. Le rôle du nouveau Chuchoteur sera de conserver secrète l’existence de ses frères et sœurs pour préserver leur vie, de ces gens qui nous pourchassent et de tenter de savoir qui ils sont et ce qu’ils nous veulent. Nouveau Chuchoteur, sois fort pour nous, soit digne de nous. Je suis fier de partir sans vous avoir trahi. Vivez libre.

            Quand le coffre laissa s’évaporer ce dernier mot, ne laissant qu’un profond vide sans fond, Ely se réveillât en sursaut, le corps ruisselant de sueur. De nouveau, cette sensation qui partait de sa poitrine, comme une racine plongée en plein cœur qui cherchait sans relâche à se connecter à quelque chose de plus grand. Des picotements aux bouts des doigts de ses mains et de ses pieds, la soif qui la tenaillait, sa vue se brouillait, tout son être lui communiquait l’urgence de trouver ce quelque chose, tandis que son esprit luttait contre une lame de fond remplit d’interrogations et de doute. Depuis le premier instant, elle leur avait fait confiance. Elle était partie de chez la Maîtresse, s’était présentée au château, avait passé le test du conseil et ce soir, elle allait rencontrer le Roi. Malgré la moiteur de l’atmosphère habituelle pendant les étés du Royaume, elle avait froid. Mais celui-ci se diffusait de l’intérieur de son corps vers l’extérieur. Rapidement, elle se faufila sous la grosse couette garnie de plumes pour tenter de se réchauffer, apaiser ses pensées et laisser cette racine grandir. Chaque molécule de sa chair vibrait en harmonie, Ely pouvait sentir le fil qui sortait de sa poitrine prendre de la force, s’épaissir, s’allonger. Et quand l’extrémité toucha son but, une lumière aveuglante déferla en elle, chassant définitivement le froid de son corps. Elle était enfin connectée de tout son être à Eux, à sa Famille. Au même moment, elle eut accès à leurs pensées, leurs souvenirs, et chacune de ses questions trouva sa réponse. Une porte ouverte sur les connaissances de tous les autres Chuchoteurs, la chaleur et le bien-être coulaient à flot dans chacune de ses veines, la rendant ivre de bonheur.

             Les commissures de ses lèvres se soulevèrent largement, laissant un long rire s’échapper de sa gorge. Elle pouvait ressentir très nettement les interrogations de ses deux domestiques qui étaient revenues pendant son sommeil et attendaient dans le salon. Elle devinait la présence du garde posté à l’entrée de ses appartements, par la force et la vigilance qui ondulaient autour de lui. Et un peu plus loin dans les couloirs, des chuchotements quasi imperceptibles venaient se glisser jusqu’à elle. Jamais Ely ne s’était senti si puissante.

Ça y est, tu es pleinement des nôtres ! enfin tu découvres l’étendue de nos talents… Notre force ne réside pas seulement dans notre connexion, mais surtout dans notre capacité à lire les pensées de ceux qui nous entourent. Personne ne peut se cacher de nous, et grâce à cela, tu occupes un poste clé pour notre Roi. Ce soir, tu porteras la tenue officielle de Chuchoteuse, sois fière ! N’oublie pas le sacrifice de Nicolas, qui s’est battu jusqu’à la dernière minute de sa vie pour ne jamais trahir notre secret. Tu fais partie de notre famille, nous t’avons choisi pour être LA Chuchoteuse. Alors même que ton lien était encore naissant, nous savions. Nous avons vu ta volonté, ta force, ta capacité à endurer. Nous avons vu ton honnêteté, ta loyauté. Toutes ces qualités qui font de toi, une évidence pour ce poste. Mais n’oublie pas de rester sur tes gardes, n’oublie pas cette menace qui reste une énigme pour nous malgré nos talents. Longue vie à toi Ely.

            La connexion était devenue si fluide, malgré le nombre important de membres dans cette famille. Mille frères et sœurs, plus elle. Mille et une voix partageant un morceau de leur esprit, dans un intérêt commun. Un léger étourdissement lui fît fermer les yeux quelques instants et quand elle les rouvrit, elle était prête pour débuter sa nouvelle vie. D’une voix étonnement forte et autoritaire, elle appela ses deux domestiques.

— Lucie, Solène, je suis réveillée. J’ai envie d’un bain très chaud. Que l’une de vous m’aide à retirer cette robe…et… par pitié, cessez vos babillages, j’ai déjà bien assez mal au crâne.

            Quand Lucie arriva en trombe dans la chambre, le regard baissé et le teint livide, la crainte de sa domestique, sa peur de mal faire transpirait par chacun des pores de sa peau. Ely eut un pincement au cœur. Elle regretta le ton de sa voix cassant, qui lui rappelait celui que la Maîtresse utilisait avec elle. En farfouillant dans les pensées de Lucie, elle comprit que parler sans s’arrêter était sa manière de lutter contre le stress et qu’elle avait espéré que de se montrer si enjouée et volubile mettrait la nouvelle Chuchoteuse à l’aise.

— Lucie, je… euh… excusez-moi, je.. je n’ai pas à vous parler comme ça.

La petite flamme de confiance qui se rallumait en elle, confirma à Ely qu’elle avait raison de s’excuser.

— Je suis… un peu fatiguée du test avec le conseil et complètement stressée à l’idée de rencontrer le Roi, alors… alors je crois que je suis un peu à fleur de peau. Il y a encore quelques jours, je… euh…j’étais comme vous, une domestique…je ne suis pas préparée pour tout ça. Je sais que.. que ça ne me donne pas le droit de mal vous parler, j’espère que vous me pardonnerez…

—Oh Madame, vous allez être parfaite ! On voit tout de suite que vous êtes une bonne personne, et je sais que je suis un peu bavarde hein ! et … voilà que je recommence... Je suis incorrigible ! Allez cette fois je me tais pour de bon Madame. Enfin j’essaie… parce que je sais pas pourquoi j’ai toujours la bouche ouverte et …allez chut chut, plus un mot !

            Ely éclata de rire devant le grand sourire de Lucie et cette petite étincelle coquine qui faisait briller son œil. Elle apprécia la douceur de ses gestes pour la déshabiller, saluant l’effort immense qu’elle s’imposait pour ne poser aucune question quand la robe glissa, dénudant son dos zébré. Malgré le soleil qui entamait son déclin pour laisser place à la lune, la chaleur restait accumulée entre les épais murs du château. Complètement nue, Ely ne frissonna pas. Elle ne se sentit pas gênée par sa nudité, ni par les pensées de Lucie. Chez la Maîtresse, c’était différent. Nul besoin de lire dans les esprits, pour interpréter les regards graveleux des domestiques hommes, sur sa poitrine naissante. A peine arrivée dans la salle de bain, Solène lui sauta dessus, pour finalement s’arrêter net devant les cicatrices d’Ely. Les yeux complètements ronds, elle ne pouvait les détacher de ses flancs.

— Mais… que… je… pourqu…

—Tais toi Solène, Madame veut prendre son bain tranquille. Pas écouter une domestique bégayante!

            Ely s’amusa de la scène, et de la stupéfaction de Solène face à la réaction inattendue de Lucie. Elle expérimenta son don en cherchant à connaître la nature de leur relation, et des bribes de souvenirs flottèrent jusqu’à elle, lui apprenant que ses deux domestiques étaient amies d’enfance, filles elle-même de domestiques à la cour, et qu’elles avaient été choisi pour la servir grâce à la loyauté prouvée sur plusieurs générations de leur famille respective. Le conseil avait préféré changer tout l’entourage du précédent Chuchoteur pour éviter de laisser une taupe en poste et risquer la vie de la Chuchoteuse.

            Ely se laissa glisser dans la baignoire remplit d’eau bouillante, savourant les légers picotements sur sa peau. Et pourtant elle se sentait légèrement déçue. Elle ne retrouvait pas cette sensation réconfortante de la chaleur de l’eau.

Le froid est parti, nous avons comblé le vide qui était en toi.

            Elle n’avait plus besoin du mirage d’un bain pour se sentir vivante. Un simple signe de main, et immédiatement l’une des deux domestiques la savonna, pendant que l’autre lui démêlait délicatement ses longs cheveux. Ely eut un peu honte en voyant la couleur de l’eau et l’épaisseur de crasse qui flottait à la surface. Elle savait que cela n’avait pas échappé à Lucie et Solène qui pourtant se gardèrent de tout commentaire. Emmitouflée dans une épaisse serviette rouge, elle se laissa guider vers le salon pour s’installer dans le fauteuil moelleux devant la coiffeuse qui débordait de produits de beauté et accessoires de coiffure en tout genre. Sa connaissance quasi inexistante en matière de maquillage, l’obligea à faire confiance à ses domestiques pour la préparer. Elle ferma les yeux pour mieux savourer l’instant.

            Ses paupières tressaillirent au contact des poils du pinceau qui déposait les pigments du fard à paupière, puis se fut le tour de ses pommettes et de ses lèvres. Elle sentait que sa masse de cheveux ne tombait plus sur sa nuque, et que des mèches se faisaient entortiller pendant que la chaleur du fer à friser côtoyait dangereusement le sommet de son crâne. L’excitation de Lucie et Solène vibrait si fort que l’air bourdonnait aux oreilles d’Ely. Elle se demanda si finalement elle ne préférait pas les entendre bavasser.

— Et voilà Madame ! C’est finit et…

— Et si vous pouviez vous voir, vous…

— Mais regardez-vous dans le miroir !

— Vous êtes magnifique, et …

— Et … et… Enfin ce qu’on veut vous dire c’est …

— c’est que même sans maquillage vous êtes jolie hein mais là…

— Ah ben bien sûr que vous êtes belle sans maquillage

— Fantastique !

— Vous êtes fantastique ! Allez à trois, vous ouvrez les yeux, trichez pas hein !

— Un… Deux… Trois ! — s’exclamèrent-elles à l’unisson .

            Quand Ely découvrit son reflet, un hoquet de surprise souleva sa poitrine. La petite fille sale et maigrichonne avait disparu pour laisser place à une jeune femme sophistiquée. Le dégradé or mettait avantageusement en valeur la couleur noisette de ses yeux, son teint était ravivé par les pigments rosé déposés sur ses pommettes, et le rouge profond peint sur ses lèvres pleines lui apportaient une sensualité qu’elle n’aurait jamais rêvé posséder un jour.

— Des magiciennes… non… mieux que ça … vous êtes mes bonnes fées !

            Elle ne pouvait détacher son regard du miroir, jouant avec sa nouvelle image, admirant le chignon raffiné qui dégageait le haut de ses épaules et sa nuque. Il était temps pour elle d’enfiler son nouvel uniforme et de rencontrer le Roi. Délicatement, Lucie et Solène l’aidèrent à enfiler sa lourde robe, en la passant en premier par ses pieds pour éviter de saccager le travail qu’elles venaient d’effectuer sur le visage et les cheveux d’Ely, et pendant que l’une arrangeait les plis du jupon de velours rouge, l’autre finissait de fermer la longue lignée de bouton placé dans le dos. Durant ces préparatifs, Ils étaient émus et fier, Ely partageait ces émotions qui lui serraient la gorge, à moins que cela ne soit l’effet du col rigide, lui imposant un port de tête altier.

            Enveloppée dans l’admiration de ses domestiques, et portée par la ferveur de sa nouvelle famille, elle était prête. Au moment où elle se leva de son fauteuil, trois coups fermes à la porte d’entrée, se firent entendre. Alexandre de Monssac venait chercher Ely, comme il le lui avait indiqué quelques heures plus tôt. Pour la première fois, elle remarqua que l’air restait figé tout autour de lui, formant une sorte de bulle d’autorité qui créait des vibrations de panique à tous ceux et celles qui l’approchaient. Lucie et Solène n’échappaient pas à cette règle, devenues tout à coup muettes. Il y a quelques heures, Ely avait partagé cette détresse, mais désormais en pleine possession de son don, plus rien ne pouvait l’atteindre. Elle se sentait… invincible.

— Madame, vous êtes attendu dans la salle des festivités, la cour a été réunie et notre Roi est très impatient de vous rencontrer. Je vous laisse me suivre...

            Sans trembler, Ely lui emboita le pas. Le doux chuchotement du velours sa robe caressait la surface du sol, contrastant avec les talons d’Alexandre de Monssac qui imprimaient un rythme rapide, claquant et rebondissant contre les murs de pierre. A mesure qu’elle se rapprochait de la réception, elle ressentait avec de plus en plus d’intensité la curiosité, l’empressement des invités. Comme des milliers de lianes, les questions courraient sur les parois du couloir pour venir à sa rencontre et quand Ely arriva devant la grande porte, elle en était pleinement recouverte. L’air ondulait sous la concentration d’excitation mélangé à l’euphorie provoquée par quelques coupes de champagne. Le valet lança un regard auprès d’Alexandre de Monssac, qui d’un léger signe de tête acquiesça, lui donnant l’autorisation d’ouvrir les battants et annoncer leur arrivé.

— Oyé Oyé, Mesdames et Messieurs, veuillez accueillir Monsieur de Monssac accompagnée de Madame Ely.

            D’un coup la pièce se plongea dans le silence et les regards se tournèrent d’un bloc vers les nouveaux arrivants, les suivant avidement jusqu’à qu’ils arrivent au pied de l’estrade où trônait le Roi. La confiance toute nouvelle d’Ely commença à se fissurer sous cette pression, mais rapidement Ils lui apportèrent leur force, qui l’aida à soutenir les regards sans flancher, et plus particulièrement l’un d’entre eux. Face à elle, la surplombant, une paire d’yeux noisette la fixait. Les lumières des centaines de bougies des lustres se reflétaient dans les paillettes d’or qui parsemaient ses iris, intensifiant la bienveillance qui y était logé. Et quand sa voix tonna, Ely ressentit les pensées de chacun des courtisans s’éteindre pour mieux accueillir la parole du Roi.

— Madame… enfin, ma Chuchoteuse ! Je ne m’attendais pas à vous voir si… si jeune… Mais les Dieux vous ont choisi et je respecte leur décision. Allons Allons ne soyez pas timide… Venez plus près de moi, mon petit. Monsieur de Monssac, ayez l’obligeance d’aider ma Chuchoteuse à me rejoindre, j’ai l’impression que le tailleur s’est emballé sur la quantité de tissu et n’avait pas imaginé que notre nouvelle arrivante serait si menue ! Approchez, je vous veux à ma droite. A votre place.

            De sa main ornée de bagues richement serties, il tapota le tabouret drapé de velours rouge, qui se trouvait à ses côtés pour l’inviter à s’assoir. Maladroitement, Ely tenta une révérence qu’elle venait de chiper dans les pensées d’une des courtisanes de la salle puis rapidement s’installa à sa place, toujours sous le regard amusé du Roi. D’un frappement sec des mains, il relança l’orchestre et tous les invités détournèrent leur attention pour reprendre leur conversation ou danser. Ely savait qu’il ne s’agissait que d’une façade pour ne pas déplaire au Monarque. Toutes les questions, les espoirs, les manigances de ces nobles de la cour flottaient au-dessus de leur tête, et elle n’avait qu’à les regarder pour lire leurs intentions. Une pensée plus acide que les autres attira son attention, et elle n’eut aucune peine à reconnaitre le visage du membre du conseil qui l’avait malmené. La colère, la rancune de Lotaire de Silvaran formait deux vilains tentacules qu’il contenait avec beaucoup de difficulté. Ely nota mentalement d’aller fouiner dans son esprit plus tard. Pour l’heure, son attention voletait sans vraiment réussir à se fixer. Un trop plein d’informations, de choses à observer qui lui faisaient tourner la tête.

            Du coin de l’oeil, elle vit le Roi en grande discussion avec Alexandre de Monssac qui semblait lui parler d’égal à égal. Cet homme respirait la loyauté et la droiture, nul doute qu’elle n’aurait pas à se méfier de lui et qu’il pourrait même devenir un allié. Les festivités battaient leur plein, les coupes de champagne savamment montée en pyramide se remplissaient sous une cascade de champagne, les valets portaient habilement leur plateau remplit de douceurs entre les convives… mais derrière tous ces sourires, le prénom d’Ely était posé sur toutes les lèvres. Quand l’orchestre changea ses notes enjouées pour une tonalité plus solennel, une vague de silence refit son apparition. De nouveau, tous les regards convergèrent vers le Roi et sa Chuchoteuse. L’heure de son introduction officielle à la cour avait sonné. Les poils de ses bras se dressèrent, tandis que son estomac formait des nœuds improbables au moment où son Monarque se plaça face à elle et prit la parole.

— Moi, Victor de Nomori, digne héritier de la lignée royale des De Nomori, Roi bien aimé de ce royaume, vous présente officiellement ma Chuchoteuse. Madame, prêtez-vous serment de défendre mes intérêts, de me porter allégeance, de mettre votre don à mon service ? — Sa voix royale, puissante, remplissait l’espace.

— Mon existence vous appartient mon Roi, murmura Ely, émue.

— Portez dignement cet insigne. Mesdames, Messieurs, agenouillez-vous devant la Chuchoteuse — clama le Roi, en agrafant une broche sertie de rubis scintillant sur le tissu de sa robe.

            Sur sa poitrine, elle pouvait sentir le poids du bijou et des responsabilités qui allait de pairs, et c’est le cœur gonflé de fierté et d’émotion qu’elle se redressa. Il y a à peine deux jours, elle était dans la pièce des châtiments, attachée comme un animal, maltraitée dans la plus grande indifférence et aujourd’hui elle était là … Face à cette marée humaine de nobles, pliant le genou devant elle. D’un léger revers de la main, le Roi invita l’orchestre à reprendre son service et quitta son trône sans prononcer un mot, la laissant seule. Les vapeurs acides d’étonnement de chacun, lui donnaient la nausée et tellement concentrée à faire bonne figure, elle faillit passer à coté du message qui flottait autour d’elle.

            Silencieusement, elle s’éclipsa de la scène à son tour pour le rejoindre. Il lui suffisait de suivre le fil des mots que son souverain avait laissé derrière lui, pour le trouver. Un balcon, la lueur de la lune, les étoiles qui clignotaient, la douce brise d’été chargée des effluves de fleurs... Tous les éléments d’un rendez vous galant étaient présents, mais Ely savait pourquoi elle était là.

— Mon Roi...

— Dame Ely, écoutez-moi.

            La voix du monarque était grave et nul besoin d’user de son don pour percevoir l’inquiétude qui transperçait.

— Le précédent Chuchoteur est mort... assassiné. Ce n’était jamais arrivé. Je ne me sens plus en sécurité et j’ai peur pour la vôtre. Je ne sais pas si ce meurtre était destiné à me destabiliser ou... peut etre des gens qui veulent voir la fonction de Chuchoteur disparaitre ? Je suis perdu, j’ai peur... Enlevé dans mon château... je... je...

            Ce n’était pas le Roi qui parlait, mais un homme. Un homme démuni qui remettait tout ses doutes et sa confiance entre les mains d’Ely. D’un coup, le poids de sa fonction lui affaissa les épaules. Elle voyait la brume grisâtre tournoyer dans l’esprit du souverain, mais la solution pour la faire disparaitre, lui échappait.

— J’aurai aimé que vous arriviez dans d’autres circonstances ma Dame... Vous paraissez si jeune pour tout ça... ou peut-être que c’est moi qui suis devenu vieux.... Nicolas et moi avions quasiment le même âge... je ne sais pas encore comment vivre sans lui... 20 ans ensemble, il était bien plus que mon Chuchoteur...

            Ely écouta longuement le Roi, dont le regard s’était perdu dans l’horizon de la nuit, le plongeant dans ses souvenirs où Nicolas était toujours vivant... Elle restait juste là, à côté, sans bouger. Elle savait que le Roi n’était plus vraiment avec elle et que son discours s’adressait plus à lui-même qu’à qui que ce soit. Elle pensa qu’un œil extérieur aurait été surpris de voir un homme si puissant, chercher le réconfort auprès d’une enfant. Mais Ely savait que l’âge ne rentrait pas en compte quand il s’agissait de la souffrance d’avoir perdu quelqu’un. Enfant ou vieillard, la douleur était différente mais tout aussi puissante.

— Allez ma Dame, j’ai bien assez usé de votre patiente pour notre première rencontre... Il temps de mettre fin à cette petite sauterie et d’aller se coucher.

            Et c’est avec des sentiments contrastés qu’Ely retourna dans ses appartements. L’émerveillement de la soirée, l’inquiétude du Roi, les révélations posthumes de Nicolas, les manigances de la cour... Tout cela formait un énorme tourbillon dans lequel elle allait devoir apprendre à nager.

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Jupsy
Posté le 18/04/2020
J’aime beaucoup la couleur réservé aux Chuchoteurs. Par contre, je dois avouer être un peu perplexe face à l’état d’esprit d’Ely.

Une nouvelle confiance jaillit en elle, qui me paraît disproportionnée mais en même temps, elle semble avoir embrassée totalement son statut de Chuchoteur. En fait, je veux bien croire que cela puisse la changer autant mais je m’étonne que finalement le sort du précédent ne la perturbe pas plus. Je veux dire, oui, elle a des capacités uniques mais elle risque quand même de se faire enlever du château, d’être bien torturée pour qu’elle lâche les secrets. Alors, je comprends pourquoi elle a été choisie, j’ai bien vu qu’ils étaient capables d’aider dans ce genre de circonstances… mais quand même ça pue un peu.

A sa place, j’aurais été voir du côté de celui qui ronchonne pour éclaircir un peu les pensées parce qu’on ne sait jamais. En fait, je pense que ce qui m’énerve, c’est que je la vois potentiellement foncée dans le mur par péché d’assurance.

En plus le roi la prévient au passage le temps d’un rendez-vous entre eux. Je regrette qu’il ne se montre pas plus méfiant. Je veux dire, il vient de perdre quelqu’un qui lui était cher, dans son propre château… Donc y a potentiellement des ennemis auprès de lui… Et je le trouve très naïf de se confier de la sorte. A sa place, j’aurais fait passer un petit test en plus de ceux qu’a déjà subi Ely.

Après c’est agréable à lire, de voir Ely profiter d’un peu calme. Je me demande où est Valérie quand même. Peut-être qu'UJU l'a mangée....
Cocochoup
Posté le 18/04/2020
Ah ah rien ne t'échappe jupsy !
Pour la rencontre avec le roi, t'es pas la 1ere à me le dire. J'avoue que c'était confu dans ma tête et du coup ce se ressent à la lecture 🙄
Renarde
Posté le 17/04/2020
Coucou Cocochoup,

Ely a bien évolué, même si la description des tortures infligées au précédent chuchoteur me font me demander si elle n'était pas moins en danger avant... Il faut qu'elle profite pleinement de ce moment de calme, je sens qu'il ne va pas durer.

Je ne vois toujours pas très bien comment tu vas réunir les deux arcs, mais chacun me plaît bien jusqu'à maintenant !
Cocochoup
Posté le 18/04/2020
C'est vrai que le sort de l'ancien chuchoteur fait un peu flipper !
Et pour les 2 arcs narratifs... Ca va arriver... 😁
Xendor
Posté le 11/04/2020
Je suis intéressé, l'intrigue devient de plus en.plus complexe et ça ne me déplaît pas. Quels liens entretiennent ceux qui ont enlevé Nicolas avec Uju et ses "fils" ? C'est la question que je me pose 🙂
Cocochoup
Posté le 11/04/2020
Oui l'intrigue s'étoffe, ce qui m'a valu un énorme remaniement du plan et de rajouter. Au moins une dizaine de chapitres pour développer tout ça 😅
Contente que ça te plaise
Xendor
Posté le 11/04/2020
Courage Coco !
Zig
Posté le 06/04/2020
*ship en sourdine*

J'ai beaucoup, beauuucoup aimé ce chapitre ! Jusqu'à celui d'avant (d'Ely, pas celui de UJU), j'avais un peu de mal avec l'histoire d'Ely, je l'avoue, mais ça commence à vraiment m'accrocher et là je suis à fond dedans.

Avec son nouveau rôle, le personnage prend beaucoup plus d'ampleur et on sent que tu lances l'intrigue principale par petite touches et petites infos !

Gros coup de cœur pour les deux servantes et les dialogues qui leur sont liés.

Aussi gros coup de coeur sur la partie autour de la connexion qui unit Ely aux "autres", et le passage de la lettre **

On sent bien le changement de personnalité d'Ely, et ça s'explique par tellement de choses ! (confiance envoyée par les autres, changement d'univers, caractère personnel non révélé par son ancienne situation...). Son évolution est logique et bien faite !

Petit bémol (pour moi), j'ai un peu moins aimé l'échange avec le roi, je le trouve très rapide à s'ouvrir et je pense que tu essayes de le rendre attendrissant, mais l'échange est peut-être trop rapide pour permettre de le rendre attachant (mais je répète que c'est un avis très perso)
Cocochoup
Posté le 07/04/2020
Coucou Zig, tu me remplis le cœur de joie avec ce commentaire ❤️
Je suis trop happy que tu commences à apprécier les aventures d'ely. Je note la remarque pour la rencontre avec le roi. Faut que je retravaille ça. Je voulais montrer un côté paternaliste.
Bisous !
peneplop
Posté le 29/03/2020
Coucou !
On apprend beaucoup de choses dans ce chapitre ! Donc une menace pèse sur le chuchoteur ? Le roi parle d'assassinat mais le chuchoteur, dans son message, parle lui d'enlèvement. Le roi ne connait sans doute pas toute la vérité...!
Le changement de personnalité d'Ely est curieux. Enfin, pas curieux au sens "pas approprié", curieux parce que je me demande pourquoi...
Tiens, la dame de chambre a changé (je fais une fixette sur elle, ah ah).
Une petite chose : pourquoi Ely n'a-t-elle pas plus peur ? A sa place, et compte tenu de son âge, je serai probablement terrifiée...
A bientôt !
Cocochoup
Posté le 29/03/2020
Ah ah tu te poses de bonnes questions et j'espère que tu trouveras les réponses dans les prochains chapitres 😉
_HP_
Posté le 21/03/2020
Ce chapitre est très bien écrit ! Un petit moment de calme après une tempête, et avant une seconde ^^
Tu as bien raconté l'introduction d'Ely à la cour, et le passage sur le balcon était touchant. Forcément, au bout de 20 ans, ce n'est pas qu'un chuchoteur...
Quand il parlait des potentielles raisons de ce meurtre, "Je ne sais pas si ce meurtre était destiné à me destabiliser ou... peut etre des gens qui veulent voir la fonction de Chuchoteur disparaitre ?", j'ai pensé, et je ne suis peut-être pas la seule, à Lotaire de Silvaran ^^
J'ai hâte de connaitre la suite des aventures d'Ely, ses futurs liens avec tout ce monde, pourquoi pas une romance avec le roi, même s'il doit être bien vieux :p
Et évidemment, le moment où les deux mondes vont se rejoindre, parce que pour l'instant j'ai presque l'impression de lire deux histoires différentes ^^


"la présence d’un sofa rouge et d’un fauteuil crapaud de couleur assorti confirmant sa pensée." → je mettrais 'confirma'
"les tentures brodés aux murs." → brodées
"chacun de ses membres pesaient si lourd" → pesait
"Mes yeux ont été brulé" → brûlés
"mon odorat brulé" → brûlé
"les différentes tortures que j’ai enduré" → endurées
"filles elle-même" → elles-même
"qu’elles avaient été choisi" → choisies
" la baignoire remplit d’eau bouillante" → remplie
"les pigments du fard à paupière, puis se fut le tour" → paupières / ce fut
"C’est finit et…" → fini
"par les pigments rosé déposés" → rosés
"la longue lignée de bouton placé dans le dos" → placée ou placés
"Ils étaient émus et fier" → fiers
"Madame, vous êtes attendu" → attendue
"Le doux chuchotement du velours sa robe" → de sa robe ^^
"la concentration d’excitation mélangé" → mélangée
"et annoncer leur arrivé." → arrivée
"Monsieur de Monssac accompagnée" → accompagné
"intensifiant la bienveillance qui y était logé" → logée
"les coupes de champagne savamment montée en pyramide se remplissaient sous une cascade de champagne" → montées (répétition du mot champagne)
"leur plateau remplit de douceurs" → rempli
"elle faillit passer à coté du message" → côté
"destiné à me destabiliser ou... peut etre des gens" → déstabiliser / peut-être
"j’ai bien assez usé de votre patiente" → patience
Cocochoup
Posté le 21/03/2020
C'est vrai que pour l'instant le lien entre Ely et UJU n'est pas encore bien clair... Mais les réponses vont arriver petit à petit !
Et pour Ely et le roi, suspens 😉
Alice_Lath
Posté le 21/03/2020
Holaaaaa! Deux petites choses au moment de commencer, rapidement: À un endroit, tu as écrit 20 -> Je te conseille de l'écrire en lettres, pour plus de fluidité. Ensuite, je trouve un peu dommage que le Roi ne soit pas plus caractérisé, on sait pas grand chose de son apparence et du coup j'ai un peu de mal à me le représenter huhu. Troisième point: je suis intriguée par le fait qu'Eux se sentent aussi honorés par le roi, alors qu'ils ont une magie aussi puissante? C'est pas du tout une critique hahaha juste une question que je me suis posée. D'où vient le fait qu'ils se sentent obligés d'aller voir le Roi? Ce sens du devoir? Le sentiment d'honneur? Après, peut-être que la réponse viendra plus tard huhu
Sinon, c'est toujours aussi bien écrit. Ely fait plaisir à voir, soudain sûre d'elle et affirmée même si je regrette un peu la petite chose d'avant, ça fait plaisir de voir qu'elle a bien mûri comme ça. La scène dans les appartements posent un super contexte pour la suite, c'était vraiment une très bonne idée!
Cocochoup
Posté le 21/03/2020
Coucou Alice !
Pour la relation entre les chuchoteurs et le roi, tu en apprendras plus, plus tard 😉
Je retiens de modifier le 20 en lettre et caractériser un peu plus le roi !
PetraOstach - Charlie O'Pitt
Posté le 20/03/2020
Hello Cocochoup !

Tu t'en es bien sortie sur ce chapitre ! ;)

Je n'ai rien à redire sur le style. Tu écris toujours très bien, même si je préfère ta plume sur UJU. Mais pas d'inquiétude, c'est une préférence personnelle, je suis toujours plus accrochée sur les narrations à la 1ère personne.

Ensuite, sur le fond, il n'y a pas autant d'événements importants que les chapitres 8 et 10 qui marquaient un grand tournant dans l'histoire. Ici, on se repose un peu avant de repartir de plus belle avec de nouvelles péripéties. J'ai presque envie de dire à Ely de bien profiter de ce moment de calme :D

J'ai juste un doute par moment sur l'époque dans laquelle on se situe. J'imaginais une époque médiévale et du coup certains éléments m'ont semblé un peu anachroniques :
- le lavabo dans la salle de bain (quelle utilité s'il n'y a pas d'eau courante ?),
- le fer à frisé (je ne peux m'empêcher de me demander comment elles l'ont chauffé dans la chambre),
- le champagne (le champagne a été inventé par Dom Pérignon au 17ème siècle il me semble. Du coup on n'est plus dans l'époque médiévale que j'imaginais).
Mais peut-être que je me suis projetée dans une époque médiévale à tort, et que j'ai tout faux !
J'ai été surprise et de toute manière je ne connais pas très bien ces époques ni comment les gens vivaient, mais ces petits détails m'ont fait un peu tiquer. C'est sans grande importance, ça n'a aucun impact sur l'intrigue, juste sur l'imaginaire du lecteur.

Attention à Alexandre qui au début s'appelle de Moissac et ensuite de Monssac.

J'ai une dernière remarque sur Ely que je vais venir te faire en privé sur Discord.

Autrement, tu t'es bien débrouillée sur cette suite. Bravo ! :)
Cocochoup
Posté le 21/03/2020
Alors oui oui oui... Comme d'hab tu met le doigt sur un truc qui cloche 😂
En fait l'époque n'est pas définit. On est dans un mix de médiéval et de renaissance. Vu que c'est du fantastique, je me suis pas trop posé la question sur la cohérence du mélange des 2 époques. Mais tu me dis si c'est vraiment gênant pour la lecture ?
Et pour l'évier, j'avais noté initialement qu'il y avait l'eau courant mais je trouvais lourd en terme de description.... Mais du coup je vais revoir ça pour clarifier !
PetraOstach - Charlie O'Pitt
Posté le 21/03/2020
J'ai envie de te dire que tu as le droit de créer le monde que tu veux. L'écriture offre cette liberté. Mais il faut que ce soit assumé pour que ça s'impose au lecteur.

A titre d'exemple, je me souviens vaguement du film "Chevalier" avec Heath Ledger sorti en 2001. Ca racontait l'histoire d'un jeune paysan, je crois, qui voulait devenir chevalier, sauf que c'était réservé aux nobles. L'action prenait place au temps médiéval. Mais ce qui faisait l'originalité du film, c'est qu'il empruntait des références modernes, comme le public qui assiste aux joutes qui se met à taper des mains et des pieds au rythme de la chanson "We will rock you". J'ai un vague souvenir de ça (pardonne-moi ma pauvre mémoire, j'avais 12 ans lol) Ou une autre scène où ils font une chorégraphie très moderne au lieu des danses traditionnelles propres au Moyen-Age.

Ce qui fait que ça va marcher ou pas, c'est si dès le début, dès le 1er chapitre tu plantes le décor comme tel et que tu l'assumes. Comme ça ton lecteur ne sera pas surpris 10 chapitres plus tard.

Autre exemple, dans Harry Potter le 1er élément étrange que J.K Rowling introduit c'est un chat qui lit une carte, puis ensuite un panneau de rue. Donc, on se demande quel est ce monde et on l'accepte on va plus loin. Je ne pense qu'il y ait beaucoup d'enfants qui ont refermé le livre en disant "Non mais n'importe quoi, un chat qui lit une carte !"

Mais bon, tu pourras t'occuper de ça plus tard :)
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