11 - Une soirée

Notes de l’auteur : Je suis à la bourre pour publier, mais c'est la course en ce moment.
Petit chapitre bien sympathique. Lisez le bien, il a son importance. Le diable se cache dans les détails. Je cache toujours beaucoup d'indice dans mes romans. Bonne lecture.

Janvier 2019

Aurora Skies

« Mémorial pour notre collègue et amie Amanda Sterling.

Une cérémonie a eu lieu à la mémoire d’Amanda, retrouvée assassinée dans son appartement sur le campus de Robotics. La commémoration était ouverte à tous les membres du personnel, ainsi qu’aux amis et à la famille d’Amanda, qui était venu de Virginie. Près de trois cents personnes étaient rassemblées dans la chapelle d’Aurora.

Le meurtre, pas encore élucidé, a profondément traumatisé notre communauté et a occasionné de nombreuses démissions dans la société ou de transfert dans d’autres filiales du groupe. Toutes nouvelles embauches ont été gelées pour cette nouvelle année 2019. Après la cérémonie, la police a demandé aux personnes présentes le soir du crime, de se soumettre à un relevé d’empreintes digitales et à un test ADN. En cas de refus, une ordonnance du tribunal sera publiée pour forcer toute personne récalcitrante. A l’heure actuelle, la police ne semble pas avoir de suspect sérieux, même si la dernière déclaration officielle fait état de « pistes prometteuses ».

Très peu de détails ont filtré sur la manière dont Amanda Sterling a été tuée. Cela a, par conséquent, conduit les îliens à quantité de spéculations quant aux motifs, aux moyens et au responsable du crime. Bien que Robotics est passablement renforcé sa sécurité en se dotant de caméras de surveillances de dernière générations, renforcer les tours de garde des vigiles, les employés préfèrent quitter l’île le soir pour éviter de se retrouver seul et de courir un risque. Une aide psychologique leur a été proposée.

La Gazette d’Aurora Skies, 14 janvier 2019. »

Calience et Alexander se tenaient devant la porte de l’appartement d’Amanda, contemplant les douzaines de bouquets rassemblés par terre.

— Je n’arrive pas à y croire, murmura Cali.

Plus tôt, les Wilton avaient assisté au prélèvement ADN devant les caméras, pour montrer l’exemple. En sentant l’écouvillon lui frotter l’intérieur de la joue, Cali avait ressentie une forte nausée la secouer. Elle s’était retenue de dégueuler devant tous les journalistes et les flics présents dans la pièce.

— Allez, viens Amour, allons boire un verre, proposa-t-il en lui prenant la main.

Ils allèrent dans leur pub favori à Riverview et commandèrent deux cafés.

— Tiens, Matt est là-bas, dit Alex.

Il se trouvait à l’autre bout du bar, les bras croisés et ne lâchait pas Ben du regard. Ce dernier était assis seul sur une banquette, devant son sempiternel ordinateur. Cali perçu la tension de Matt et à la façon noire dont il le regardait.

— Oh, risque d’orage… laissa-t-elle échapper.

— Je vais aller lui parler, suggéra Alex en embrassant les cheveux de sa femme. Ça lui fera peut-être oublier la mauvaise idée qui est en train de germer dans sa tête.

Il se leva et se dirigea vers son adjoint. Cali balaya le bar du regard et aperçut Abby et Léo, son fiancé. Avec ses cheveux roux, elle était repérable à des kilomètres. Son amie croisa son regard et lui fit signe de la main pour qu’elle vienne la rejoindre. Elles se serrèrent dans leur bras.

— Comment ça va ? Tu as passé les fêtes de fin d’année avec tes beaux-parents ? Tu as été gâtée par le père noël ? demanda Abby.

— Nous allons bien, autant que possible. Alex m’a offert ce magnifique bijou, répondit Cali en montrant le cœur en pendentif orné d’un diamant au bout d’une fine chaînette en or blanc. Nous avons fêté le nouvel an dans notre villa à Anguilla.

— Vous n’avez pas beaucoup bronzé, remarqua Abby.

Cali rougit violemment.

— Non… nous avons eu de la pluie tout le temps de notre séjour. Alors… nous sommes restés enfermés.

— Je vois… vous avez profité d’une seconde lune de miel, se moqua-t-elle ce qui fit accentuer le malaise de Calience.

En fait, ils avaient passé cinq jours à manger, dormir et faire l’amour. Son corps en portait encore des marques et elle était toute endolorie entre les cuisses.

— Nous, on a passé les vacances au Mexique, annonça Léo.

Cali arrêta un instant son regard sur lui, il portait un poncho.

— Les moustiques là-bas, c’est une sacrée vermine. Et j’ai passé la nuit de noël à vomir après avoir ingurgité un burrito avarié. En plus, on n’avait qu’un hamac pour dormir. Mais, les mexicains sont très chaleureux, relax, ils ne se prennent pas au sérieux… si on passe sur le fait que tout là-bas n’est que corruption et mafia… renchérie Abby.

— On dirait que vous vous êtes bien amusés, plaisanta Cali.

— Bon sang, c’était super ! Pour le jour de l’an, on a baisé dans le désert et on a regardé le soleil se lever !

Cali eut un petit rire.

— Finalement, vous avez tous les deux passé de bonne vacance. Malgré les circonstances…

La jeune femme fut interrompu par l’entré bruyante dans le pub par le couple le plus original de la côte Est, Rob et Liza Denison. Cette dernière avait changé d’avis sur son déménagement dans son pays d’origine en Australie. Elle voulait repartir pour échapper au malade qui avait assassiné son amie Amanda. Ça lui avait pris quand Rob, ennuyé à l’idée de se passer de sa partie de jambes en l’air quotidienne, lui avait offert un collier en diamants. Il lui avait promis que ce ne serait pas son seul cadeau et l’affaire était réglée.

Le couple se dirigea vers eux. Dans le coin, Alex parlait toujours à Matt qui buvait verre sur verre. Après s’être salué et passé commande, ils décidèrent de partager une table. Liza assise sur les genoux de son mari, en mini-jupe de cuir, décolleté plongeant et cuissarde au long talon pointue, était à côté de Cali.

— Je fais des cauchemars toutes les nuits depuis ce qui s’est passé, confia-t-elle à Calience. Parfois, je me réveille en sanglots. Je fais toujours le même rêve…

Rob leva les yeux au ciel. A l’évidence, elle le lui avait déjà raconté.

— Je cours dans un très long couloir, pourchassée par quelque chose. J’essaie d’ouvrir toute les portes, mais elles sont fermées. Enfin, je trouve une ouverte et j’entre. Et dans la chambre, il y a Amanda en chemise de nuit blanche, couverte de sang et mal en point. C’est un zombie, elle essaye de me bouffer. Derrière moi, j’entends du bruit, je me retourne et je me retrouve face au tueur qui a un long couteau. C’est là que je me réveille.

La chair de poule couvrait le bras de Liza. Cali lui prit la main et la serra.

— Ça doit être horrible. Quel rêve affreux !

Rob éclata de rire.

— Pas aussi affreux que mon rêve de Trump en chemise de nuit blanche !

— Homosexualité refoulée, diagnostiqua Abby en riant.

— Avec Tony Blair, c’est quand il veut, répondit-il en lui adressant un clin d’œil.

— Bref, toi, tu penses que c’est qui l’assassin ?interrogea Liza.

— Je n’en sait rien, répondit Cali. Quel drôle de question. On dirait un quiz sur Agatha Christie !

— Tu dois avoir ton idée là-dessus, non ? En tant que femme du président et avocate, tu dois en savoir plus que nous ! Tout le monde a ses soupçons…

— Vraiment ? Qui est le mieux placé sur la liste, alors ? Et pour ta gouverne, je n’en sais pas plus que vous, et Alex non plus.

— Ben Hobbes, murmura Liza en louchant dans le coin, où le gars était partit aux toilettes. Mais, il y a un bruit qui circule concernant des fréquentes disputes entre Amanda et Matt. Quand à Rob, lui, il pense que c’est Laurence.

— Laurence Merner ? Le type de la comptabilité ? s’exclama Cali en regardant Rob.

— Tu délires ! renchérie Léo. Ce mec est tellement bigleux, qu’il ne trouverait pas sa bite pour pisser !

— Oui, celui-là même, confirma-t-il.

Rob avait l’air sérieux.

— Ils se sont disputés avec Amanda lors du bilan annuel.

— A quel sujet ?

— Un truc comme quoi il détournerait l’argent de la société. Sur les fiches de paies, il arrondit toujours le chiffre au supérieur. A raison de dix cent par semaines pendant dix ans, il se paye sa retraite en Floride. Il a rétorqué qu’elle apprenne d’abord à compter ses doigts avant de lui apprendre son métier.

— Ouille ! Mais ce n’est tout de même pas une raison pour la tuer, remarqua Cali. En plus, Laurence a été blanchie de cette histoire.

— En tout cas, il avait un sérieux problème avec elle. Il la connaissait à peine, et pourtant, il l’a traitée de débile tout ça parce qu’elle est une simple secrétaire. Pourquoi détesterait-il autant quelqu’un à qui il n’a presque jamais parlé ?

— Je n’en sais rien. C’est un mystère, commenta Cali.

A cet instant, Ben reviens dans la salle, un Fish and Chips, le plat local, dans la main. Il se dirigea vers un coin de table vide, toujours avec son ordinateur. Il s’assit seul et mangea avec application. Cali se mettait sans difficulté à la place du pauvre garçon. Elle avait connu la même chose dans son adolescence : la mise à l’écart, la solitude, être observé comme une bête curieuse. Elle pensa aller s’asseoir à côté de lui et discuter un peu. Mais, elle ne lui avait parlé avant. Il trouverait bizarre que la femme du président veuille discuter avec lui. Cali revient sur ses amis et termina son café. A ce moment-là, son mari la rejoignit accompagné de Matt. Tout le monde se poussa pour faire de la place. Il s’assit à côté de sa femme et la prit dans ses bras.

— Comment ça va ? demanda Cali à Matt

— Pas bien, répondit-il en agrippant sa bière. Et vous ? De quoi vous parliez ?

— A ton avis ? On parle du meurtre, renseigna Liza.

— Bien évidemment, marmonna Matt.

— Vous avez réfléchi à qui aurait pu faire ça ?

Cali et Alex échangèrent un regard.

— On n’arrive pas à imaginer quelqu’un capable d’une chose pareille, dit Alex.

— Ah oui ? Et Ben Hobbes ?

— Tu ne crois quand même pas que Ben aurait fait ça ? s’exclama Rob en posant son scotch.

— Pourquoi pas ? Il est trop bizarre ! Et il en pinçait pour Amanda.

— Matt, la moitié des gars triquaient pour elle, plaisanta Léo.

— La police l’a interrogé pendant des heures, s’emporta Matt.

— Et alors ? Elle m’a interrogé aussi, tu crois que c’est moi ? Bon sang, ils ont interrogé tout le monde de la boite ! Que Ben soit un solitaire et un marginal ne signifie pas qu’il soit un meurtrier ! argumenta Alex en défendant son employé.

— Alexander, il n’est pas net. Tu es déjà entré dans son bureau ? Il y a des bougies noires et il fait pousser un cactus sur un putain de crâne. Il se teint les cheveux en noir, il n’écoute que du métal, des groupes qui prônent la joie de décapiter des gonzesses. Léo m’a dit qu’il lui avait un jour lu l’avenir dans un jeu de tarot !

Alex se retient d’envoyer balader son collègue et ami. Cali remarqua que son mai avait soudain l’air tendu.

— Matt, on ne peut rien en conclure, tenta-t-elle d’apaiser la tension de sa petite voix douce. Il faut laisser la police faire son travail. Ils vont finir par coincer le meurtrier, c’est sûr et certain. On doit garder la tête froide et continuer à avancer. C’est ce qu’Amanda aurait voulu, j’en suis sûr.

Le silence s’installa entre les membres du groupe, perturbé par le bruit des verres, des boules de billard qui s’entrechoquaient et de porte qui se refermait derrière Ben Hobbes. Liza termina son Cosmopolitan et le posa sur la petite table basse devant elle.

— Bon, c’est bien gentil tout ça, mais ça serait bien de changer de conversation. Vous m’avez foutu le bourdon avec vos conneries. Je voudrai organiser une soirée ce samedi. Alex, Matt, Léo et Rob partent en séminaires à Boston ce week-end. Les filles ça vous dit une soirée alcool, film et rock and roll ? On pourrait profiter du sauna et du jacuzzi ! proposa Liza.

— Trop cool ! Ça nous ferait du bien ! s’exclama Abby.

— Mon cœur, je peux y aller, s’il te plait ? murmura Cali à son mari.

Elle regarda Alex avec des yeux suppliants. Son mari sourit, lui caressa le bras et lui glissa dans l’oreille : « Tu peux y aller mon amour si ça te fais plaisir, mais il va falloir être très gentille avec moi. ». Elle acquiesça en silence. Elle savait qu’elle passerait la journée de dimanche au lit, rajoutant de nouvelle marque de sa passion sur son corps. Il l’embrassa gentiment sur les lèvres. Il lui glissa discrètement la main sous sa jupe et la caressa entre les cuisses. Cali frissonna de plaisir anticipé et resserra les jambes. Elle savait également, qu’il exigerait un remboursement dès ce soir.

Alex était un joueur dans l’amour comme dans les affaires. Il aimait par-dessous tout pousser sa femme à ses extrêmes limites, entre douleur et plaisir. Un de ses jeu favori était de l’obliger à insérer un petit vibromasseur, juste avant une grosse réunion importante. Pendant toute la durée du meeting, il jouait avec la télécommande, augmentant progressivement les vibrations. Cali, transpirante, rougissante et au bord de l’implosion, devait se retenir de gémir devant ses collègues, impossible de se concentrer. Alex jouissait du spectacle de sa femme, s’efforçant de ne pas s’humilier devant les autres. Il savait qu’il était le seul à savoir la satisfaire pleinement et cela lui donnait une trique d’enfer. Par la suite, ils s’enfermaient dans leur chambre secrète et là, il la comblait à la faisant hurler de plaisir. Heureusement, la pièce était totalement insonorisée.

— Ok j’autorise Calience à se joindre à vous. Uniquement, s’il n’y a pas de mec.

— Pfff ! T’inquiète Alex, on veillera sur la vertu de ta femme, plaisanta Liza.

***

La nuit étant tombée depuis longtemps quand le couple Wilton rentra sur le continent. L’hélicoptère privé de Robotics se posa sur le toit de leur immeuble, juste au-dessus de leur Penthouse dans l’Upper East Side. Le vent s’était levé et soufflait fort en rafale. Simplement habillé d’une courte robe noire, de son cœur en diamant autour du cou et d’un châle de cachemire rouge à motif japonais, Cali grelottait sous le froid glacial. Son mari avait insisté pour qu’elle porte cette tenue aujourd’hui, elle regrettait de lui avoir obéit. Par un temps pareil, elle aurait voulu mettre un bon jeans avec un gros pull mais Alex ne voulait pas qu’elle porte de pantalon. D’ailleurs, sa penderie n’en possédait aucun. Il lui passa sa veste de costume bleu marine sur les épaules et lui prit la main. Sous les bourrasques, ils s’engouffrèrent dans leur ascenseur qui les menait directement à leur appartement.

Ils rentrèrent et Cali retira son manteau improvisé, l’accrochant sur un cintre dans le placard à chaussures dans l’entrée. Elle vérifia que le vêtement était bien droit, sans un pli. Puis, frissonnante, elle se dirigea vers la cuisine. Leur maître d’hôtel n’était pas là, elle préféra ne pas le déranger et décida de préparer elle-même sa tasse de thé, rallongé par un trait de whisky. Elle prit une capsule et l’inséra dans la machine flamboyante toute en chrome et regarda le thé infusé.

Soudain, Alex arriva par derrière, lui embrassa sauvagement le cou et la prit par la taille. De surprise, elle laissa tomber sa tasse bouillante qui s’écrasa sur le sol en marbre. Ses yeux se fermèrent. Sans s’en préoccupé, elle leva les bras, puis passa les mains dans ses cheveux châtain. Leurs respirations et le bruit sourd de la ville, en dessous, brisaient seuls le calme de la cuisine.

— Retournez-vous, mademoiselle Ainsworth, ordonne-t-il d’une voix calme.

Cali et Alex aimait les jeux de rôles dans leurs ébats sexuelles. Celui du patron et de la secrétaire était, certes un cliché, mais aussi un de leur préféré.

Elle pivota lentement sur ses talons, sa main la parcourut rapidement et glissa sur sa hanche. Elle la sentit se déployer, le bout de ses doigts dans son dos, et son pouce qui pressa la peau douce de son pelvis. Sa poitrine montait et descendait, sa respiration était rauque, anticipant le prochain geste de son mari. La mâchoire d’Alex, bien dessinée, eu un mouvement convulsif au moment où son pouce bougea, lentement, d’avant en arrière. Ses yeux ne la quittaient pas. Il fit coulisser sa main plus bas. Ses doigts sillonnaient sa cuisse, jusqu’à l’ourlet de sa robe. Il la remonta, ses mains redessinaient l’élastique de sa jarretière, la dentelle de ses bas retenu par un porte-jarretelle en cuir noir. Cali était brûlante. Le désir montait entre ses jambes. Il arriva au bord de son string et passa ses doigts sous le tissu. Elle le sentit glisser contre la peau douce de son sexe finement épilé et frôler son clitoris avant de la pénétrer. Elle mordit ses lèvres, essayant, sans succès, de réprimer un gémissement.

— Tu es trempée, grogna-t-il. Ne te retient pas, tu sais que je n’aime pas ça. Je veux t’entendre exprimer ton désir.

Il enfonça profondément son majeur à l’intérieur de son corps, et Cali poussa un cri qui résonna dans la pièce. Satisfait, il retira son doigt et écrasa la dentelle de son sous-vêtement dans sa main. Il trembla en la regardant, il avait une expression furieuse. Il déchira le tanga d’un geste sec. Alex était primaire dans l’amour. Pendant un temps, elle pensait ne plus couvrir ses parties intimes pour lui laisser le libre accès quand il le voulait, mais il adorait ses strings affriolants et encore plus de les massacrer.

Il l’attrapa par les hanches sans ménagement, la souleva et la posa sur l’îlot central. Sensation du marbre froid. Il lui écarta les jambes. Cali gémit au moment où ses doigts revenaient en elle, glissaient sur ses jambes puis la fouillaient. Alex posa ses lèvres sur sa chatte et la lapai avec application, aspirant son clito dans un bruit de succion. Sa tête tomba sur le côté alors qu’elle s’allongea sur ses coudes, sentant un orgasme s’approcher à vive allure.

— Encore… murmura-t-elle en sentant son pouce s’enfoncer dans son anus.

Elle attrapa sa cravate de soie et l’attira brusquement sa bouche contre la sienne. Ses lèvres étaient parfaites, fermes et douces, elle mordit dedans, retrouvant l’odeur de son sexe. Leurs langues se mélangèrent avec frénésies. Avec des gestes saccadés, elle lui arracha sa chemise, les boutons de nacres s’éparpillèrent partout dans la pièce, ses mains ouvrirent sa ceinture.

— Vous avez intérêt à être prêt à finir ce que vous avez commencé, monsieur Wilton.

Un bruit sourd, de rage contenue, monta de sa gorge. Il prit l’encolure de sa robe entre ses mains et l’ouvrit en la déchirant, laissant apparaitre son soutient gorge de dentelle et de lanière de cuir noir. Il baissa les bonnets, libérant ses tétons qui pointèrent vers lui.

— Je compte faire plus que ça, mademoiselle Ainsworth, fit-il en prenant à pleine bouche ses mamelons.

Le lendemain, après une nuit en pointillés où il lui a fait l’amour à peu près toutes les heures telle une machine infatigable, il la laissa se reposer et partit se préparer pour son voyage à Boston. Il sortit de leur appartement, les couilles vidés, les yeux brillants et le sourire aux lèvres. Il était le plus chanceux et le plus heureux des hommes. Il avait trouvé la femme idéale.

***

— La commandant Cooper en ligne pour vous, annonça la réceptionniste de Beverhill.

— D’accord, passez-la-moi, répondit Ethan.

C’était le cinquième coup de fil de la semaine concernant le meurtre d’Amanda Sterling.

— Nous avons les empreintes et l’ADN de pratiquement tous les salariés de Robotics, déclara Jo. Quelques crétins ont refusé de coopérer, mais on leur a collé des mandats.

— Tu as des soupçons sur ceux qui ont refusé ?

— Non, pas vraiment. C’est plutôt le genre de petits cons à principes. Je ne peux pas leur en vouloir… Moi non plus, je n’aimerai pas que mon profil ADN soit fiché quelque part. D’autant plus si je n’ai rien fait de mal…

— Pas d’éléments concordants pour l’instant ?

— Oh pour ça oui, on en a ! Le problème c’est que ça vient toujours de personnes qui avaient de bonnes raisons de se trouver chez la victime. Tu te doutes bien qu’on trouve les empreintes de tous ses copains dans sa chambre. On n’avait qu’une seules empreinte ensanglantée sur le mur qui devait forcément appartenir à une personne présente pendant ou après le meurtre. Mais elle appartient à Mme Webb.

— Webb ?

— La femme de chambre. Elle a dû la laisser là quand elle a trouvé le corps.

— Pas de chance, lança Ethan en poussant un soupir.

— Et l’ADN dans le sang trouvé dans la tuyauterie de la salle de bain venait d’Amanda. Tu avais raison, le meurtrier s’est lavé après le meurtre.

— Ça veut dire qu’il était très calme. Il a pris le temps de couvrir ses arrières, et n’a pas paniqué…

— Le légiste affirme qu’il lui a fallu une vingtaine de minutes pour exécuter toutes les mutilations post-mortem. Il a sans doute pensé qu’il avait le temps. Il se sentait en sécurité.

— Ça confirme qu’on a affaire à un tueur froid et organisé, conclut Ethan. Pourtant, cette quantité de mutilations correspond en général à un caractère plutôt désordonné. Le tueur doit être capable de cacher cet aspect de sa personnalité admirablement bien.

— On a interrogé tout le monde pour savoir s’ils pensaient connaître un cinglé, expliqua Jo. La plupart ont ri et se sont contentés de répondre : « quoi, à part moi ? ».

— Très drôle. Et dans la salle de bains, vous n’avez rien trouvé à part le sang dans les tuyaux ? Des cheveux, des poils pubiens peut-être ?

— Oui, mais les siens pour la plupart. Pour ce qui des autres, ça va être l’enfer pour les analyser. Tu sais, elle fréquentait comme même beaucoup…

Ethan savait que ce n’était pas une mince affaire pour identifier un cheveu. Sans le bulbe à la racine, on ne pouvait que dire de deux cheveux qu’ils étaient similaires, mais pas affirmer qu’ils venaient de la même personne.

— Bref, nos pièces à conviction ne valent rien, se plaignit Jo. Elle paraissait pourtant étrangement contente d’elle-même. Mais on dirait que notre meurtrier n’est pas le petit génie qu’on soupçonnait…

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

— L’imbécile a laissé à Amanda une note dans sa chambre, écrite à la main…

***

Calience était allongée sur un des canapés dans le salon de Liza, blottie sous la couette, prise dans la chambre d’ami. Abby avait allumé des bougies. Elles écoutaient « Don’t Fear the Reaper » des Blue Oyster Cult, et se racontaient des légendes urbaines effrayantes.

— Donc, elles avaient mis au point un code, racontait Abby, ses pupilles se dilatant dans la lumière des flammes. Si l’une d’elles ramenait un gars, elle plaçait un foulard sur la poignée extérieure de la porte d’entrée et alors, la coloc savait qu’elle ne devait pas déranger. Un soir, l’une d’entre elles rentre d’une longue soirée passée à bosser sur ses dossiers. Elle rentre et voit le foulard, mais elle est tellement fatiguée qu’elle refuse d’aller se balader pendant deux heures. Elle décide d’entrer malgré le signal. Elle va dans la chambre, mais n’allume pas la lumière pour se faire la plus discrète possible. Elle se couche et essaye de s’endormir malgré les gémissements qu’elle entend dans le lit à côté. Le sommeil l’emporte finalement. Le lendemain matin, la lumière qui passe à travers les rideaux la réveille. Elle se tourne pour dire bonjour à sa coloc. Mais, elle baigne dans une mare de sang. Ses tripes sont répandues partout. Sur le miroir, écrit avec du sang : « Tu as bien fait de pas allumer la lumière ».

D’un coup, Cali devient blême.

— Abby ! protesta-t-elle, se cachant sous sa couette. C’est complétement horrible ton histoire !

— A toi, dit Abby, ravie de son effet.

— Pas question, je suis déjà trop effrayée. On ne pourra plus dormir si on continue !

Abby s’assit sur son divan et frotta ses bras fins en quête de réconfort.

— Je sais… ça fait plus d’une demi-heure que j’ai besoin d’aller aux toilettes, mais je flippe de sortir toute seule ! Ils sont à l’autre bout de la maison et elle fait plus de 400m².

— 456 m², précisa Liza en se manucurant les orteils. Le meurtrier ne rôde pas chez moi et encore moins dans les chiottes.

— Qu’est-ce que tu en sais ? Il peut être partout. En plus, on est seules, les hommes sont pas là, paniqua Cali. Imagine qu’il nous espionne et dès qu’une de nous est seule, hop, il nous trucide.

— Tu veux que je t’accompagne ? demanda Liza à Abby.

— Oh oui, s’il te plait. J’ai peur de me perdre dans ta baraque. Cali tu viens avec nous, je ne te laisse pas seule ma poulette.

Hilares et emmitouflées dans leurs couvertures, les trois femmes sortirent du salon et longèrent le couloir pour aller aux toilettes.

— Il est quelle heure ? chuchota Abby.

— Deux heures dix, murmura Cali en regardant son portable qui ne la quittait jamais, de peur de louper un appel ou un texto de son mari. Si elle avait le malheur de ne pas lui répondre dans la seconde, il se mettait dans une colère noire.

— Pas la peine de parler bas, les filles. On est toutes seules, ricana Liza.

Elles tournèrent à l’angle du couloir et poussèrent un hurlement en tombant sur une silhouette qui hurla à son tour. Elles reconnurent Serena.

— Putain Serena ! s’écria Liza. Qu’est-ce que tu fous ici ?

— Tu as oublié que tu m’as invité ?

— Non, je n’ai pas oublié mais je sais aussi que tu ne voulais pas venir.

— Ouais, bah, j’ai changé d’avis, dit-elle en balançant ses longs cheveux peroxydés derrière ses épaules.

— Comment tu es rentré ?

— J’ai demandé au gardien de me laisser passer.

— Tu aurais pu sonner ! Tu nous as fait une belle frayeur.

Abby entra dans les toilettes pendant que Cali restait en retrait. Elle aurait difficilement imaginé pire compagnie pour passer une nuit blanche mais elle était coincée.

De retour dans le salon illuminé où un bon feu flamboyait dans le vaste poêle moderne au centre de la pièce, Liza prépara du chocolat chaud avec un bâton de cannelle pour tout le monde. Elles avaient picolé en début de soirée en matant des films d’horreur et elles en avaient marre de l’alcool. Serena débarqua dans son déshabillé de satin rose. Ses faux seins pointaient avec arrogance sous l’étoffe. Cali se sentait ridicule dans son pyjama en pilou blanc avec ses chaussons assorties en forme de licorne bleu ciel. Toute les nuits, elle dormait nu. Elle avait envie, pour une fois, à du réconfort loin des bras de son mari. Heureusement, ils s’étaient appeler durant une heure en début de soirée, se racontant leur journée et faire un débriefing sur le séminaire. Ensuite, il lui avait envoyé des sextos, lui disant toute les choses coquines qu’il allait lui faire demain en rentrant de voyage. Cali rosissait de plaisir et d’embarra quand Abby lui prit son portable et répondit à Alex de la laisser tranquille pour qu’elle profite de sa soirée entre femmes. Depuis silence radio. Elle savait que le couperet serait demain.

— Alors les filles, vous connaissez des histoires à glacer le sang ? demanda Liza. Abby nous a raconté celle de la coloc assassinée dans la nuit…

Serena ne sembla pas choquée le moins du monde et ce fut elle qui prit l’initiative :

— Vous avez déjà entendu celle de la vieille dame et de son chien ?

— Non, répondirent-elles toutes en chœur.

Après une longue histoire truffée des pires clichés, Serena laissa enfin tomber sa chute : « au-dessus de l’armoire, elle trouva son chien découpé en deux. Et la vieille se demande, si c’est son chien ça, qu’est-ce qui est dans le panier en train de lui lécher la main ? »

— Beurk ! C’est glauque ! lança Liza.

— C’est trop tordu, remarqua Calience. Je ne crois pas qu’on peut qualifier ça de légende urbaine, on voit trop que c’est de la fiction.

— Parce que l’histoire des araignées qui se reproduisent dans la coiffure d’une fille, c’est crédible peut-être ? s’offusqua Serena.

— Si, c’est vraiment arrivé à une amie de ma tante, confirma Abby.

Liza et Cali se regardèrent et éclatèrent de rire.

— Eh ! Vous savez ce qu’on devrait faire ? On devrait se faire une séance de spiritisme ! suggéra Liza.

— On n’a pas besoin d’une oui-ja pour ça ? s’enquit Cali.

— On peut en fabriquer une, répondit Serena. Tu as une grande feuille de papier Liz ? Une A4 au moins.

Liza sauta sur ses pieds et fonça dans le bureau de Rob. Elle revient avec quatre feuilles A4 prise dans l’imprimante, du scotch et des crayons. Elle accrocha les feuilles entre elle pour un format A3. Elle y écrivit l’alphabet et les chiffres de zéro à dix.

— Je ne sais pas si c’est vraiment une bonne idée, commenta Cali. Sérieusement, j’ai vu l’Exorciste, c’est comme ça que la fille a fini possédée.

— Quelle trouillarde celle-là, se moqua Serena.

Puis, elle inscrivit les mots « oui » et « non » en bas de la page. Liza prit un verre sale sur la table basse.

— Les filles, je vous en prie, ce n’est pas une bonne idée ! insista Cali.

— Calience, tu n’as qu’à retourner dans ta chambre, si tu n’as pas envie d’assister à la séance. Et si tu restes, alors ferma-là, gronda Serena. Des fois, je me demande ce qu’il a bien pu te trouver.

Humilié, Cali sentit les larmes lui monter aux yeux. Le pire, c’est qu’elle se posait la même question. Comme d’habitude, sa meilleure amie vola à son secours.

— Ta gueule Serena ! Il l’a choisi parce qu’il ne voulait pas d’une pouf coller en permanence à ses basques, répliqua fermement Abby. Ne l’écoute pas, ma chérie, c’est toi qu’il aime.

Cali renifla en hochant la tête. Liza voyant sa petite soirée tourné à l’affrontement, décida d’intervenir.

— Allez les filles ! Ce n’est pas le moment de se chamailler. Vous allez faire fuir les esprits. Bougez votre cul, on commence.

Les jeunes femmes s’accroupirent autour de la feuille, formant un cercle. Cali suivit le mouvement à contrecœur.

— Maintenant les filles, posez un doigt sur le verre, leur dit Liza. Mais ne bougez pas.

Elles s’exécutèrent

 Nous voulons parler à l’esprit d’Amanda Sterling, appela Liza. Amanda, tu es parmi nous ?

Silence.

— Il ne se passe rien, lança Abby. Dans le film, la fille avait un truc triangulaire avec des roues, pas un verre.

— Où est-ce que tu veux qu’on se procure un machin pareil ? s’énerva Serena. A l’école des sorciers ?

— On a besoin d’un objet lui appartenant.

Serena s’assit quittant l’inconfortable position accroupie. Elle fit mine de réfléchir un instant, puis retira la chaîne qu’elle portait autour du cou. Une pierre de lune y pendait, accrochée à un anneau en argent.

— C’était la bague d’Amanda, expliqua-t-elle. Elle l’a oubliée chez moi avant sa mort. Je n’ai jamais pu lui rendre…

Serena posa la bague sur la feuille et remit son collier autour du cou.

— Amanda, répéta Liza. Es-tu là ?

Elles retinrent leur respiration quand le verre esquissa un mouvement vers le mot « oui ». Cali poussa un petit cri et retira brusquement sa main.

— Vous essayez de me faire peur !

— Cali, remets ton putain de doigt sur le verre ! siffla Serena.

— Ça va peut-être fonctionner sans elle aussi, intervint Liza. Amanda, tu vas bien ?

— Comment veux-tu qu’elle aille bien ! Elle est morte ! s’emporta Serena.

— Je lui demande juste si elle est heureuse là où elle est.

Le verre partit vers le mot « non ». Liza prit un air attristé.

— Amanda, qui t’a assassinée ? demanda Abby.

Le verre ne bougea pas.

— Matt ? interrogea-t-elle.

Le verre resta sur le « non ».

— Laurence Merner ?

Silence.

— Ben Hobbes ?

Cette fois, le verre glissa vivement vers le « oui ».

— Bon sang ! s’exclama Abby. Qu’est-ce qu’on demande maintenant ?

— C’est l’une d’entre vous qui le bouge, admettez-le ! s’exclama Cali en tremblant. Je ne crois pas aux fantômes et je sais que vous non plus. L’une d’entre vous se fout de nous !

— Honnêtement, Cali, je te promets que je ne fais rien, assura Abby.

— Moi non plus, renchérit Liza.

— Alors posons-lui une question à laquelle elle seule saura répondre.

— Amanda, pourquoi t’a-t-il tuée ?

Le verre resta inerte. Elles essayèrent encore dix minutes mais rien ne se passa.

Cali était troublée. Elle avait mal dormie, sa nuit ponctuée de cauchemar où Amanda l’appelait en sanglotant. Au matin, elle avait cherché dans le lit les bras protecteurs de son mari mais n’avait trouvé que les draps froids. Elle s’était retenue de pleurer. Après s’être apprêtée, elle était descendue rejoindre les autres. Son portable émit un bip, elle avait reçu un texto de son mari, lui donnant l’heure de son vol de retour, suivit d’une liste d’exigence sur comment elle devait être habillée et coiffée pour le rejoindre à l’aéroport. Ensuite, ils rejoindraient ses beaux-parents pour le brunch dominical. Cali avala rapidement son café et sauta dans sa berline où son chauffeur l’attendait, laissant ses amies en plan.

 

 

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