11. Le paysage hurlait

 Chapitre 11 - Le paysage hurlait

 

Le jour se levait. Chaque fois qu'Andrev ouvrait les yeux, toutes les demi-heures environ, la lumière était un peu plus forte à l'extérieur de la grotte. Il se redressa, les paupières alourdies de sommeil. De l'autre côté du feu de camp, dont les braises rougeoyaient faiblement, Nilssen dormait assis contre le flanc de Svart. 

Sans bruit, Andrev se mit debout et fit quelques pas vers le fond de la grotte. Endrin était toujours là, allongée là où ils l'avaient couchée la veille au soir. Elle ne bougeait pas. Pendant la nuit, il avait cru l'entendre se retourner quelques fois, mais quand il allait voir elle était toujours immobile, le visage caché à sa vue. Seules les boucles emmêlées de ses cheveux émergeaient de sous les deux couvertures qu'il avait étendues sur elle.

Andrev recula, reprit sa place à l'entrée de la grotte. Au loin, il entendait le clapotement faiblissant de la pluie, qui l'avait accompagné toute la nuit. 

-       Toujours rien ?

Nilssen était réveillé, son regard perçant braqué sur le nomade. Celui-ci secoua la tête.

-       T'as une sale gueule, gamin. T'as pu dormir un peu quand même ?

-       ... Et vous ?

Le mercenaire se pencha pour fouiller dans son paquetage.

-       Pas des masses non plus, admit-il.

Il sortit son paquet d'herbe et sa pipe, qu'il bourra soigneusement. Andrev détourna le regard. Hors de la grotte, une brume humide s'était installée sur la forêt. L'herbe luisait, d'un vert vif où quelques touches de couleurs signalaient la présence de jeunes fleurs. Plus loin, la pluie gouttait lentement des arbres. Le tableau était si paisible. Il frissonna.

L'odeur de fumée lui parvint quand Nilssen souffla sa première bouffée.

-       Bon, gamin, dit-il après un moment à fumer en silence. J'suis désolé d'avance, mais j'ai des questions à te poser et ce coup-ci, je veux que tu répondes franchement.

Andrev plissa les lèvres, sans se tourner vers le mercenaire.

-       Sérieusement, insista celui-ci. Jusqu'ici, j'ai pas été trop exigeant, non ? J'ai fait comme j'ai pu avec vous deux. Mais là je... On arrive à un point où y a trop de trucs qui s'accumulent. J'peux pas juste faire comme si de rien n'était, tu m'entends ?

Le nomade se tourna vers lui, sourcils froncés. Il entendait. Mais il se méfiait, ce que Nilssen parut enfin comprendre.

-       Hé, je sais pas quelle idée tu t'es fourré dans la tête, mais je vous veux aucun mal, précisa-t-il d'un air contrarié. Ni à toi ni à ta copine. J'essaye juste de capter dans quoi je me suis embarqué en acceptant de vous guider. 

Il souffla une nouvelle bouffée par le nez. Ses grands yeux jaunes perçaient la fumée dont il s'entourait. Andrev prit une inspiration puis se redressa, déjà fatigué.

-       Qu'est-ce que vous voudriez savoir ?

-       Disons trois choses, répondit le mercenaire. 

Il y avait visiblement réfléchi pendant la nuit. Comme Andrev ne réagissait pas, il continua : 

-       D'abord... Très simple. Mais va falloir que tu sois complètement honnête. C'est dans notre intérêt à tous. 

Soutenant son regard, Andrev croisa les bras avec un geste du menton pour l'inviter à poursuivre.

-       Je veux que tu me dises si, à ton avis, Endrin risque de nous mettre en danger ou de se mettre elle-même en danger, et si y a quoi que ce soit que je puisse faire pour m'assurer qu'on arrivera au Sud en un seul morceau.

Le nomade cilla. Il ne s'attendait pas à ça. 

-       Parce que comme tu me l'as si aimablement rappelé, ironisa le mercenaire, mon boulot c'est de vous amener là-bas sains et saufs. J'ai pas l'intention d'y laisser ni ma peau ni les vôtres. Mais vu ce qui s'est passé, ‘me semble que je suis en droit de m'inquiéter. Alors ?

Andrev serra brièvement les poings. Tant pis - il allait faire le choix de s'en remettre à la décision d'Azar. Il allait décider que s'il avait fait confiance à Gil Nilssen, il devait lui faire confiance aussi. 

-       Endrin ne mettrait personne en danger volontairement. Vous avez vu ce qu'elle a fait l'autre jour avec le Brann - elle nous a protégés. 

-       Moui, enfin, cette saloperie est quand même apparue à cause d'elle.

-       ... On n'est pas sûrs de ça. Et même si c'était le cas, ce n'était pas volontaire - je le sais - c'est juste qu'elle ne va pas bien. Mais ce n'est pas quelque chose comme une blessure ou une maladie - ça ne rentre pas dans vos attributions.

-       Mes attributions ? fit Nilssen en arquant un sourcil. Ce serait bête qu'elle nous clamse entre les mains à force de déprimer, tu penses pas ? 

-       Ça n'arrivera pas. C'est pour ça que je suis venu. Vous, vous pouvez nous guider - c'est-à-dire aussi nous abriter et nous nourrir. Le reste, laissez-moi m'en occuper.

Nilssen le considéra avec l'acuité d'un oiseau de proie. Puis il tira une bouffée de fumée qu'il recracha lentement par les narines.

-       Deuxième question, marmonna-t-il.

Andrev jeta un bref coup d'œil en direction du fond de la grotte. Endrin ne bougeait toujours pas. Dehors, la brume s'était un peu dissipée. 

-       L'autre jour, t'as demandé si « on m'avait rien expliqué ». Ça voulait dire quoi ? Qu'est-ce qu'on aurait dû m'expliquer ? 

Voyant que l'expression d'Andrev se fermait à nouveau, Nilssen leva une main conciliante devant lui.

-       T'sais, Andrev, je suis un étranger mais ça fait longtemps que je visite le Nord pour mes affaires. J'connais un peu les Nordistes. Je sais que chez vous, on blablate le moins possible et qu'on est pas censé poser des questions de but en blanc à des gens qu'on connaît pas bien. Je peux comprendre ça. Mais là, c'est moi qui te demande de comprendre : j'suis paumé.

Le nomade hésitait toujours. 

-       Alors dis-moi, conclut le guide. On m'a caché un truc que j'aurais dû savoir ?

-       ... Je ne sais pas. Qu'est-ce qu'on vous a dit exactement ?

-       Bah, que vous partiez tous les deux pour l'Université. Qu'il vous fallait quelqu'un qui connaisse le trajet et le pays, là-bas. Et j'ai accepté parce que ça fait partie de mon boulot, de guider des gens - en plus le paiement était plus qu'honorable. 

Andrev resta muet, un peu ébranlé. Effectivement, Azar avait omis une bonne partie de la vérité - ce n'était pas un simple départ pour l'Université. C'était un voyage vers quelqu'un qui appelait Endrin à lui. 

Mais ce n'était pas à lui de dévoiler cela - c'était le secret d'Endrin. Alors il hocha rapidement la tête, espérant que le mercenaire ne décèlerait pas son trouble. Peine perdue : il le dévisageait.

-       Alors, Azar m'a menti ? grommela-t-il.

-       Non, répliqua Andrev. Non, simplement il ne vous a pas tout dit sur Endrin. Et c'est normal. Ce sont des choses dont on ne parle plus depuis longtemps. C'est...

-       Mais pourquoi ? Pourquoi garder des trucs enfouis comme ça ? Vous avez jamais remarqué que ça avait tendance à mal tourner ?

Andrev plissa les lèvres et secoua la tête.

-       Vous ne comprenez pas. Parfois, ça ne sert à rien de... de blablater, comme vous dites. De poser des questions à tort et à travers. Parfois ça ne sert à rien parce que personne n'a de réponse. Dans ces cas-là, il vaut mieux l'accepter et vivre avec, vous ne pensez pas ?

Ils s'affrontèrent du regard. Ils ne pouvaient pas le savoir, mais c'étaient le Nord et le Sud qui se faisaient face là, dans leurs yeux. Deux continents aux peuplades trop diverses pour être simplement regroupées en deux unités opposées ; pourtant deux nations tout de même, vastes et bigarrées, mais nettement séparées par cette même ligne invisible qui opposait, à cet instant, le nomade et le mercenaire.

-       Bon, céda Nilssen le premier. Ce que je comprends moi, c'est que vous tous, là, au Rassemblement, vous partagez un secret qui tourne autour de ta copine ici présente. J'ai bon ?

-       ... Non. Il n'y a pas de secret. 

-       Ah ! s'exclama Nilssen en appuyant sa main contre son genou. Parfait, alors ! Tu vas pouvoir répondre à ma troisième question : d'où sort cette gamine ?

Andrev ne put retenir un mouvement de recul et un nouveau coup d'œil vers l'intérieur de la grotte. Le mercenaire parlait trop fort - mais il ne voyait toujours rien bouger.

-       D'où elle sort ? C'est quoi son problème avec les esprits ? 

-       Elle n'a pas de problème avec les esprits.

-       Bah justement, gamin ! C'est précisément ça le problème ! s'énerva Nilssen dans un grand frémissement de narines. J'ai pas rêvé, l'autre jour, hein ? Elle a calmé un Brann qui s'apprêtait à attaquer ? Qu'est-ce que c'est que ça, sérieux ?

Son regard jaune était furibond - peut-être un peu apeuré aussi. Andrev décroisa les bras. Ses épaules lui faisaient mal. Il essaya de les détendre.

-       Écoutez, dit-il le plus calmement possible. Les esprits vous font peur, c'est normal ; mais ici et maintenant, vous n'avez rien à en craindre. C'est tout ce que vous avez besoin de savoir.

-       Mais c'est des conneries, gronda Nilssen. Encore l'année dernière en passant par là, j'ai manqué me faire écharper par des, des trucs - je sais plus si c'était des Lytts ou des Pans, j'les confonds tous...

-       Endrin n'était pas avec vous à ce moment-là. C'est ce qui fait la différence.

L'un des jeunes munnins émit alors un long bâillement. Nilssen tiqua, hasarda un regard vaguement inquiet vers le fond de la grotte, puis reporta son attention sur le Nordiste qui lui faisait face.

-       Je sais que c'est difficile à croire, admit Andrev. Mais c'est comme ça. Il existe quelque chose de spécial entre les esprits et Endrin. Lorsqu'elle est là, ils n'attaquent pas - jamais. C'est comme ça depuis qu'elle est née.

-       ... Mais gamin, qu'est-ce que tu fais de... la fille, là, au début de cet hiver-ci ? La shaman. Tu vas me dire qu'elle s'est pas fait découper par des esprits, elle ?

-       Vale des Beltt, murmura le nomade. Si, c'étaient des esprits. Les Beltt étaient encore trop loin de l'auberge quand ils ont attaqué.

Nilssen resta interdit, ses yeux d'oiseau de proie fouillant le visage du nomade comme dans l'espoir d'y trouver le signe qu'il plaisantait.

-      On m'avait pourtant dit que les esprits agissaient de façon imprévisible, fit-il remarquer en tirant nerveusement sur sa pipe presque éteinte.

-      Oui. Sauf en présence d'Endrin.

Nilssen secoua la tête. 

-      Alors quoi, ils la protègent, c'est ça l'idée ? fit-il d'un ton qui se voulait ironique.

-      ... Quelque chose comme ça.

Le guide considéra son protégé quelques instants supplémentaires. La vague d'épouvante qui avait brièvement envahi son regard était passée ; à présent, il réfléchissait. Toussant un peu, il cracha sa dernière bouffée d'herbe à pipe et vida les cendres dans le foyer où agonisaient les braises.

-      Bah tu sais quoi ? lança-t-il ensuite. Au moins, ça explique certains trucs. Par exemple qu'on ait toujours pas croisé de ces sales bestioles qui traînent dans les parages d'habitude. Les esprits ont dû leur demander de dégager, hein ?

-      ... Ça ne marche pas vraiment comme ça. Mais vous avez peut-être raison.

-      J'ai forcément raison. Ce voyage est trop facile. Aucune emmerde jusqu'ici, aucune bête ni rien d'autre... C'est pas normal. Je devrais pas m'en plaindre, mais c'est pas normal. T'es pas d'accord ?

Andrev cilla. Si, bien sûr qu'il l'était. Tous les Wa l'auraient été, eux qui voyageaient contre le vent, dans leurs chariots grinçants, avec leurs montures fatiguées. À chaque trajet, il y avait des imprévus, du retard, des accidents. Des blessés, parfois. Et d'autres fois, des cavaliers qui disparaissaient, des vies qui s'éteignaient sans que personne ne puisse rien y faire. Sonja dessinait dans la terre en chantant, peignait des pierres, les yeux brouillés par les larmes ; Baïr restait des nuits entières à chercher les morts - et rien n'y faisait. Sonja et Baïr...

Andrev réprima un frisson. 

-       Voilà, fit Nilssen avec un regard appréciateur. C'est flippant, hein ?

Le nomade ne répondit pas. Le mercenaire se pencha en avant.

-       Admettons tout ça, marmonna-t-il. Tu m'as toujours pas dit d'où elle sortait, l'Endrin.

-       ... Elle est née au Nord. On ne sait pas qui sont ses parents.

Nilssen émit un petit grognement.

-       Ouais, ça m'aurait étonné. Mais alors, gamin... Est-ce que tu peux me dire ce que c'était, ce cirque hier soir ? J'en ai vu, des gens qui réagissaient mal au passage des États, mais c'était quand même quelque chose...

-       Vous les aviez déjà vus ?

Andrev sentait la tension de retour dans ses épaules. 

-       Vus, c'est beaucoup dire, répliqua le mercenaire. Mais ouais, c'est arrivé. Une fois, je les ai aperçus de loin - enfin je pense que c'était eux - et quelques autres, je suis passé par des coins qu'ils venaient de survoler. Pas les meilleurs voyages de ma vie, si tu veux savoir.

-       Pourquoi ?

Nilssen soupira.

-       Parce que les Hommes sont des créatures bizarres. Ou parce que les États Suspendus sont des choses bizarres - j'sais pas. Les gens changent quand ils passent. Certains se mettent à avoir peur de tout. D'autres deviennent obsédés par l'idée de s'élever jusqu'aux États. T'as jamais entendu parler de ça ?

Andrev hocha la tête. C'était ce dont Georg Maam et Asgeir des Venn avaient discuté à sa table, au début de l'hiver. On parlait bien d'une attraction inexplicable, un désir soudain et profond de savoir - que sont les États, où vont-ils, et pourquoi, et comment...

-       Et Endrin, reprit Nilssen, elle s'est mise à courir, c'est bien ce que tu m'as dit ?

-       Oui, marmonna Andrev. Mais elle n'avait pas l'air de voir où elle allait. Elle pleurait. 

Les yeux caves d'Endrin l'avaient hanté toute la nuit. 

-       Vous pensez qu'elle va développer la même chose ? demanda-t-il sans pouvoir se retenir. Maintenant qu'elle les a vus, est-ce qu'elle aura changé, elle aussi, est-ce qu'elle voudra les atteindre ?

-       ... J'en sais rien, garçon. Désolé. C'est possible.

Andrev se mordit les lèvres.

-       Mais après tout, fit le mercenaire en haussant les épaules, même si elle se découvre une soudaine lubie pour les États, ça changera pas grand-chose dans l'immédiat. Puisque vous vous dirigez déjà vers l'Université - et c'est là-bas qu'ils vont, tous.

-       Ça changera quand même beaucoup de choses, marmonna Andrev.

Nilssen l'observait, l'air embêté.

-       ‘Coute, on verra quand elle se réveillera. En attendant, j'suppose que pour ça non plus, t'as pas d'explication, hein ? 

Le nomade secoua la tête et Nilssen haussa les épaules avec agacement. Puis il médita quelques instants avant de lancer, comme sur un coup de tête :

-       C'est quoi le lien entre les États et les esprits, selon toi ?

-       ... Il n'y en a pas. Pas à ma connaissance.

-       Ah bon. J'me disais juste que les choses les plus bizarres qu'on connaisse avaient des chances d'être liées entre elles.

Andrev réfléchit à la question. Les esprits, les États Suspendus, l'Université... Et Endrin quelque part au milieu, inexplicablement reliée à tous les mystères de ce monde. Il secoua la tête, pris par un léger sentiment de vertige. 

-       Oh, fit le mercenaire d'une voix un peu différente. Euh, salut.

Andrev se tourna. Là-bas au fond de la grotte, assez nettement visible dans la lumière du petit matin qui faisait fuir la brume, Endrin se tenait assise. Elle les observait.

 

*

 

L'arrivée à Van-Verdann aurait dû représenter pour Endrin un épisode exaltant. Elle aurait écarquillé les yeux en voyant la forêt, soudain, se transformer en ville, elle aurait senti les battements de son cœur s'accélérer au fur et à mesure que les arbres s'espaçaient. Elle aurait poussé Gulv en avant le long du large chemin de terre qu'était devenu le sentier et humé à pleins poumons l'odeur enivrante des gigantesques tas de troncs qui s'accumulaient sur ses bordures. 

Elle aurait tout observé avec une avidité secrète : les maisons de bois peintes en rouge, les portes et les fenêtres d'un blanc immaculé, la cohabitation de la ville et de la forêt, les carrés de terre où s'affairaient des gens pas beaucoup plus vieux qu'elle, les ateliers dont émergeaient un réjouissant vacarme et des senteurs de fumée et de sciure. Les habitants de Van-Verdann lui auraient rappelé les Rassemblés ; c'étaient aussi des Nordistes, pâles et aux longs cheveux coiffés en tresses ou roulés en chignon. 

Mais ce jour-là, les habitants de Van-Verdann ne ressemblaient pas aux Rassemblés. Pas alors que les États Suspendus avaient, la veille, survolé la ville dans la forêt. 

Endrin non plus ne se ressemblait pas ce jour-là. À ses yeux, tout était couvert de brouillard. Elle ne vit de Van-Verdann qu'un ensemble de couleurs floues et ne remarqua qu'à peine l'agitation qui s'était emparée de certains des habitants - elle ne vit pas l'empressement dans leur allure ni l'étrange éclat dans leurs yeux. Elle suivait Nilssen depuis le matin sans faire attention à rien d'autre qu'à la tempête qui l'avait envahie, reflet de l'orage de la veille. 

Ils me manquent. Les échos n'avaient pas cessé. 

Ils approchaient de la gare. Endrin fit un effort pour émerger - quelque part en elle-même, elle savait qu'une autre Endrin, en d'autres temps, aurait absolument voulu voir cette gare - mais le monde extérieur était très loin et trop bruyant. Elle aperçut un bâtiment de métal enfumé où se pressaient une anormale quantité de gens. 

Nilssen immobilisa les munnins et se pencha pour s'adresser à ses protégés. 

-       Ils veulent tous descendre au Sud, évidemment, grinça-t-il. Les places vont être hors de prix. J'vais voir ce que je peux faire, bougez pas de là.

Puis il descendit du dos de Svart et se faufila comme il put à l'intérieur de la gare. Gulv renâcla, comme il l'avait fait à plusieurs reprises pendant la journée, mais Endrin ne fit rien d'autre que de s'accrocher un peu plus étroitement aux rênes.

Il lui sembla qu'Andrev lui demandait comment elle allait, mais elle l'ignora. Une douleur sourde pulsait dans sa poitrine. Ils me manquent. Des visages se succédaient confusément dans sa tête : Azar et les Nordistes et Azar à nouveau, et puis des ombres - les Rassemblés ? les esprits ? qui d'autre ? Elle se sentait comme sortant d'un très long rêve. Ses souvenirs s'effilochaient.

-       Ho, gamine !

Elle tourna la tête. Le mercenaire et le nomade avaient mis pied à terre - ils la regardaient avec cette expression inquiète qui ne se détachait plus de leur visage depuis... depuis quand ?

Endrin les suivit docilement vers l'intérieur de la gare, contournant la foule grouillante et hurlante. L'ambiance n'était pas plus calme ici et les jeunes munnins s'agitèrent. Menés par Nilssen, ils longèrent des quais d'une triste couleur grise - tout était gris, marchandises, travailleurs et jets de fumée. Endrin se souvenait vaguement qu'elle avait espéré voir une vraie locomotive, mais ce désir avait disparu avec tout le reste. Il n'y avait plus rien.

Juste le trou béant dans sa poitrine. Ils me manquent.

Ils grimpèrent dans un wagon de marchandises. Endrin s'assit sur une caisse en bois pendant que les deux autres installaient les munnins dans des stalles. 

-       Ce sera pas confortable, disait le mercenaire à Andrev, mais au moins on a des places. Prépare-toi mentalement, garçon, on en a pour jusqu'à demain soir.

Ils s'installèrent tant bien que mal entre les tas de bois et les sacs de sciure, puis des hommes vinrent fermer les portes et le train s'ébranla peu après. 

-       Endrin...

Elle leva les yeux. Andrev avait pris place en face d'elle et l'étudiait du regard. Dans la pénombre, elle vit son visage plus distinctement que tout ce sur quoi elle avait posé les yeux depuis le matin. Elle vit aussi ce qu'il y avait derrière son visage. Elle vit l'anxiété, dévorante. Les questions. Et tout au fond, la tendresse.

Endrin rabaissa les yeux.

-       Comment tu te sens ? demanda le nomade. Tu ne veux pas me parler ?

-       Non.

-       ... Pourquoi ?

Parce qu'elle ne savait plus parler. Parce qu'elle ne voulait plus jamais rien prononcer, parce que tous les mots mentaient ; parce qu'aucun d'entre eux ne pouvait exprimer ce qu'elle ressentait ; parce que ce qu'elle ressentait dépassait les limites de son corps - elle n'était plus personne. Elle errait. 

Ils me manquent.

-       Endrin, tu pleures ?

Et elle entendit la note d'incrédulité, la note de chagrin ; elle aperçut la couleur de la tendresse qu'Andrev ne demandait qu'à laisser sortir.

-       Non, répéta-t-elle.

Ensuite elle se tourna et grimpa sur une deuxième caisse.

-       Gamine, qu'est-ce que tu nous fais encore, était en train de dire le mercenaire. S'il te plaît, fais un effort, dis-nous ce qui...

Mais il se tut peu après. Tant mieux. Ils ne comprenaient pas. Ils ne pouvaient pas comprendre. Comment auraient-ils pu.

Recroquevillée sur sa caisse, Endrin se pencha vers la petite ouverture pratiquée en haut du wagon, juste à sa hauteur. La vitesse du train lui arracha ses larmes des yeux.

Le paysage hurlait, hurlait sans cesse, sans jamais s'immobiliser, sans jamais lui laisser le temps de trouver un point où fixer ses yeux. Vert - gris - taches de terre et de roche - maigres trouées de ciel entre les frondaisons - odeur prégnante de fumée - cahotement des roues sur les rails... 

C'était ça. C'était exactement comme ça qu'elle se sentait. Indistincte et rapide et terrifiée comme un train lancé à toute allure - et seule, et infiniment triste, comme le paysage là-dehors qui hurlait sa détresse.

Ils me manquent.

 

*

 

Lorsqu'ils arrivèrent à Van-Arvor le lendemain soir, Endrin était toujours dans le même état. La seule chose qui avait changé, c'est qu'elle avait des courbatures à force de rester assise dans le wagon qui brinquebalait. Les protestations de ses hanches et de son dos quand elle bougeait l'empêchaient de s'immerger complètement dans l'état végétatif où elle s'était épanouie depuis deux jours.

Ils s'arrêtèrent pour la nuit dans une auberge que Nilssen connaissait et le guide les y laissa profiter des salles de bains pour s'aventurer vers le port.

Il revint pour le dîner, fatigué mais content. 

-       C'est tout bon, déclara-t-il alors qu'ils s'attablaient devant une grande marmite de ragoût servie directement dans leur chambre. J'ai trouvé mes potes marins, ils nous prendront.

Ensuite il se tut. Ils étaient tous affamés et fourbus. L'odeur doucereuse des lampes à huile étourdissait Endrin. Quelque chose pesait sur ses paupières. Son assiette terminée, elle alla pour se lever mais le mercenaire l'arrêta d'un geste. 

-      Reste là, petite. J'ai deux-trois trucs à vous dire et t'es particulièrement concernée.

Son regard était sévère. Endrin se rassit sans rien dire.

-      Que ce soit bien clair : le cirque que tu nous fais depuis deux jours, j'y capte rien et je cautionne pas. T'as pas l'air de te rendre compte que ton copain est en train de se rendre malade d'inquiétude pour toi, là.

Il désignait Andrev. 

-      Donc je sais pas ce que c'est ton problème, ça te regarde, on a fait ce qu'on a pu pour toi ; mais là, va falloir que tu fasses des efforts. J'espère que tu m'entends bien, insista Nilssen.

Endrin le regardait, le visage inexpressif. Sous ses yeux noisette et rien, des cernes violets avaient pris place. Andrev se sentait mal rien qu'à les regarder.

-      Les marins qui nous emmènent demain sont des vieux potes. Des gars corrects, dans l'ensemble. Ils me font un prix d'ami ; ça signifie qu'il sera pas question de se la couler douce sur leur bateau, ils auront du boulot pour nous. Faudra y mettre du tien, gamine. Pigé ?

Personne ne disait rien. Nilssen continua, les narines frémissantes.

-      Deuxième chose : c'est des marins, purs et durs. Et qui dit marins dit superstitions. Vous verrez vite qu'entre eux et les munnins, c'est pas le grand amour - ils me font une fleur parce qu'ils me connaissent, c'est tout. Alors vous deux, faites gaffe à jamais prononcer le mot oiseau, ou n'importe quel nom d'oiseau. Parlez pas des munnins non plus. Dites les bestioles

Andrev s'agita sur sa chaise, mal à l'aise.

-      Pourquoi en vouloir aux munnins ?

-      J'en sais rien, c'est des trucs à eux.

Le mercenaire se leva pour aller farfouiller dans sa besace à la recherche de sa pipe. 

-      Dernière chose, reprit-il en leur tournant le dos. Quand on sera à bord, faudra laisser tomber tout ce qui risquerait d'inquiéter nos marins. Tout ce qui sort de l'ordinaire, donc. C'est capté ? Vos trucs magiques, tes promenades avec les esprits, notre petite altercation avec les États Suspendus - vous oubliez. Faudra abandonner tes manières de sauvageonne, gamine. 

Il se retourna.

-      C'est compris ? maugréa-t-il à l'attention d'Endrin.

Elle hocha la tête, se leva et rejoignit sans un mot la chambre attenante où se trouvait son lit. Quand la porte se referma sur elle, Nilssen étouffa une exclamation exaspérée.

-      Mais qu'est-ce qui lui prend, bon sang ? J'vais pas supporter ça beaucoup plus longtemps !

Les narines frémissantes d'indignation, il se prépara sa pipe en ronchonnant. Puis son attention se porta sur Andrev.

-      Garçon... Va te coucher, tu veux ? Te torture pas. Y a rien à faire.

-      Vous êtes sûr qu'on ne peut pas... je ne sais pas, voir quelqu'un comme un shaman ? 

-      Je t'ai déjà dit non, soupira le mercenaire. Y a pas de shamans ici et un médecin servirait à rien. Écoute, c'est peut-être dur à entendre, mais ton Endrin, là... C'est déjà quelqu'un de particulier en temps normal. Ce qui se passe, c'est qu'elle réagit à sa façon au passage des États - et sa façon, forcément, elle est particulière aussi. Je vois vraiment pas ce qu'on pourrait faire d'autre qu'attendre qu'elle retrouve son état normal.

Andrev serrait les poings contre le bois de la table.

-      Ma mère saurait quoi faire, murmura-t-il.

-      Peut-être, peut-être pas, fit Nilssen. Allez, Andrev. Va te pieuter, pense pas à ça. - Tu vas bientôt avoir d'autres sujets d'inquiétude, tu sais ? Aucun marin ne parle nordique. Va vraiment falloir que t'apprennes. 

Le nomade haussa les épaules. Il savait bien que les maigres connaissances qu'il avait en sudique ne suffiraient pas, mais c'était le cadet de ses soucis.

-      Il y a autre chose qu'on devrait savoir sur l'équipage ? marmonna-t-il.

Nilssen se figea.

-      Comme quoi ?

-      Je ne sais pas. D'autres sujets à ne pas aborder. Je ne veux pas qu'ils prennent Endrin en grippe.

-      Ah, fit Nilssen, l'air soulagé. Non, rien d'autre. Allez, dors bien.

Il disparut dans le couloir et une minute plus tard, un garçon d'auberge vint débarrasser la table. Andrev se coucha dès son départ. Ses appréhensions à l'idée de tout ce qui les attendait le lendemain - un bateau, un équipage inconnu, une Endrin toujours aussi muette - le tinrent éveillé un moment, et puis il céda au sommeil.

 

*

 

Elle court - aussi vite qu'un train lancé à toute allure - le monde ne bouge pas autour d'elle le monde se tait se cache - mais elle continue de courir - ils me manquent - elle doit les rattraper - elle ne sait plus où elle est - la terre est sèche sous ses pieds nus la terre a soif la terre gronde - les couleurs flambent ocre rouge noir cendre - et le ciel - le ciel valse bariolé sa couleur change sans arrêt comme les couleurs dansent dans son œil - et impossible de savoir lequel est le reflet de l'autre

 

*

 

Le port était désert dans la frêle lumière de l'aube. Les voyageurs guidèrent leurs munnins par la bride dans un escalier de pierre glissant, puis progressèrent le long des passerelles. L'eau clapotait doucement contre le bois et l'air avait un goût salé, piquant, poisseux ; des algues flottaient dans les coins d'eau stagnante. Quelques mouettes occupées à dénicher des dépouilles de poisson s'envolèrent à l'approche des munnins.

Menés par Nilssen, les voyageurs dépassèrent des barques et de petits bateaux à voile. Le ciel s'éclaircissait à l'Est. Un croissant de lune projetait son pâle reflet sur le velours gris de la mer. Ils bifurquèrent et s'éloignèrent de la rive, contraints par l'étroitesse du quai d'avancer en file indienne. Le vent commença à jouer avec leurs cheveux.

-      On arrive, annonça Nilssen. 

Ils distinguaient au bout du quai un tas de caisses autour duquel s'affairaient plusieurs personnes. Un homme se redressa en les voyant approcher, tandis que d'autres, les bras chargés, montaient et descendaient une petite passerelle qui menait à bord. La haute taille de Svart bouchait la vue aux Nordistes ; le bateau n'était encore pour eux qu'une masse aux contours indécis. 

-      Serait-ce pas mon vieux Polok ! lança le mercenaire en sudique.

-      Salut, Gil, répondit une voix grave. 

Ils échangèrent une poignée de main affectueuse, puis Nilssen tira sur la bride de Svart et le munnin se décala.

-      Endrin et Andrev, annonça le guide avec un geste vers ses protégés. Des p'tits Nordistes qui descendent vers le Sud. 

Le marin hocha la tête en se tournant vers eux. Ils murmurèrent de vagues salutations.

-      Pas si p'tits que ça, dis, fit remarquer le dénommé Polok. 

Il était vêtu d'un maillot de corps et d'un pantalon en toile retroussé aux chevilles, percé de nombreuses poches et surmonté d'une grosse ceinture. On voyait sur sa peau sèche et bronzée les effets combinés du soleil et du sel. Il avait le menton assez proéminent et le visage de quelqu'un qui aime rire, avec de petites rides aux coins des yeux et deux autres, plus larges, aux commissures des lèvres. Ses cheveux bouclés étaient noués en catogan. Lorsqu'il sourit aux Nordistes, ils virent briller une canine en métal.

Sans prévenir, il mit les mains en coupe et héla en direction du bateau :

-      Ho ! Donovan ! Viens voir un peu !

Aussitôt, une silhouette robuste s'avança sur la passerelle et s'immobilisa à la vue de Nilssen.

-      Et le voilà avec sa sale bestiole, lança le nouveau venu en grimaçant. C'est pour ça que tu me déranges, Pol, sérieusement ?

Ce deuxième marin avait la peau franchement hâlée, une envergure de colosse et des cheveux sombres et ras. Son maintien sévère contrastait avec la nonchalance de Polok. Il tourna rapidement les talons pour regagner le pont principal. Polok soupira et Nilssen, lui, eut un petit rire.

-      Indécrottable, celui-là, commenta-t-il.

-      Il s'habituera jamais, confirma Polok d'un air embêté. Et là, avec trois bestioles, je peux te dire qu'il tire la gueule. Heureusement que tu m'as prévenu hier soir ; sinon, le temps de le calmer, on aurait pas levé l'ancre avant midi.

-      Bah, il a survécu les autres fois, ça ira ce coup-ci tout pareil.

Nilssen mena Svart jusqu'à la passerelle. 

-      À part ça, au cas où ça t'intéresse, tout le monde va bien, informa Polok, les mains dans les poches.

-      ... Ben oui, ça m'intéresse, hasarda Nilssen en grimpant sur la passerelle. Tant mieux s'ils vont bien.

-      T'aurais pu au moins passer voir le petit hier soir, ajouta l'autre d'un ton un peu sec.

-      Ouais, bon, je vais voir tout le monde dans une minute, marmonna le mercenaire.

Il disparut à bord à la suite de Svart. Polok grommela quelque chose, puis il s'essuya les mains sur son pantalon et s'avança vers les Nordistes qui patientaient toujours à quelques pas.

-      Bon, alors bienvenue sur Bulle, les enfants, les salua-t-il, main tendue.

Andrev lui serra la main. Le marin faisait l'effort d'articuler quand il s'adressait à eux en sudique, ce qui était appréciable.

-       Bulle ? répéta le Nordiste.

-       Le nom de notre fidèle coque de noix, expliqua l'autre.

Il fit un geste en direction du bateau. Andrev hocha la tête - le geste était plus compréhensible que l'explication.

-      Moi, c'est Polok, poursuivit ensuite le marin en serrant aussi la main d'Endrin. Le costaud grognon que vous avez aperçu, c'est Donovan. Je suis le capitaine et c'est le second - il aboie pas mal, mais il mord personne d'autre que moi, vous faites pas de souci. Évitez juste de dire oiseauune fois que vous serez à bord - et munnin, aussi, évidemment. Et puiscorde, pareil, ça se dit pas sur un bateau.

Il y eut un flottement. 

-       Vous comprenez ce que je dis ? s'enquit Polok.

-       Oui, ça va. Nilssen nous a déjà avertis, dit alors Endrin dans un sudique très correct.

Andrev lui adressa un coup d'œil étonné. Le capitaine ne le remarqua pas et fit un geste vers la passerelle.

-      À bord, faudra faire le boulot qu'on vous donnera, Donovan et moi - Gil a dû vous en parler aussi, hein ? Pour l'heure, faites grimper vos bestioles, on a presque fini de charger. Donovan vous dira quoi faire quand vous aurez embarqué. J'ai un dernier truc à régler avec les gars du port avant de partir.

Puis il s'éloigna en direction de la terre. 

-       Qu'est-ce qu'il a dit ? demanda Andrev en nordique. 

Endrin avança de quelques pas pour mieux voir le bateau. 

-       Rien d'important, répondit-elle vaguement. On peut embarquer.

Il parut sur le point d'ajouter quelque chose - peut-être pour lui demander si c'était fini, si elle était redevenue elle-même et qu'elle s'était décidée à parler à nouveau - mais se ravisa. Ils observèrent la Bulle en silence, emplis de sentiments très différents.

Ils n'y connaissaient rien en bateaux. Ils purent juste constater que celui-ci était pourvu de deux mâts et d'une coque épaisse, à l'apparence solide. Comparé aux navires qui mouillaient à proximité, il avait l'air plutôt petit, mais il leur parut tout de même très long. 

Andrev songeait aux kayaks qu'utilisaient certains Nordistes pour pêcher. Lui ne s'y était jamais senti à son aise et depuis quelques années, il n'essayait même plus d'y grimper. Aujourd'hui, il n'avait pas le choix. Il serra les dents avant de mener Hvit vers la passerelle.

Endrin, elle, écoutait le vent siffler dans les cordages et faire grincer les poulies. Le monde était moins flou, ce matin-là. Elle reprenait contact avec des émotions qui lui paraissaient à peu près siennes. Elle avait toujours voulu monter à bord d'un grand bateau. L'impression de décalage n'avait pas tout à fait disparu, mais au moins Endrin ne souffrait plus vraiment.

Ils embarquèrent. Nilssen les aida à conduire les munnins dans une cale, tout au fond de la Bulle. Gulv et Hvit étaient encore plus agités qu'avant de prendre le train, aussi Andrev décida-t-il de rester avec eux pour les calmer pendant le départ. Endrin remonta sur le pont en la seule compagnie du mercenaire. 

-      Bougez-vous de là ! brailla Donovan quand ils débouchèrent à l'extérieur.

Une dizaine de marins s'agitaient en tous sens, hissant des voiles, nouant des bouts, parcourant le pont à grands pas. Nilssen entraîna Endrin vers la poupe, où ils ne gêneraient personne.

Les passerelles furent rentrées, les amarres détachées et très vite, la Bulle s'élança vers l'horizon. Les rayons du soleil levant nimbaient d'une pâle lumière Van-Arvor, la ville côtière dont la Bulle s'éloignait, poussée par le vent. Les boucles des cheveux d'Endrin s'agitaient contre ses joues. Sur la côte, un peu plus loin, ils pouvaient distinguer quelques mètres de chemin de fer. Au-delà, on aurait dit qu'il n'y avait plus rien.

-       Voilà, on est partis, fit Nilssen d'un air content.

Il considéra Endrin un instant.

-       Ça va un peu mieux, toi ? 

Un moment, elle resta silencieuse, balayant l'horizon du regard. Les tons gris vert de la côte s'évaporaient dans l'infini bleu de la mer et du ciel. Une ligne d'écume courait dans le sillage de la Bulle comme des traces de pas dans la neige. L'odeur de sel lui piquait le nez.

-       Un peu, souffla-t-elle.

Elle ne savait pas combien de temps ça durerait. Le plaisir de la découverte surpassait le reste pour le moment - elle avait toujours de drôles d'images dans la tête, et les échos qui chantaient le manque, mais ils étaient assourdis. 

-       Bon. Hésite pas à nous donner une explication un de ces quatre, hein, fit le mercenaire d'un ton légèrement ironique.

À cet instant, des exclamations leur parvinrent depuis le pont principal. Les marins hissaient la grand-voile. La voix de Donovan surpassait toutes les autres.

-      Qu'est-ce qu'il gueule fort, grommela Nilssen. 

Quelques minutes s'écoulèrent en silence. Endrin avait la nette impression qu'ils prenaient de la vitesse ; le vent sifflait à ses oreilles.

-      Gil ?

Les voyageurs se retournèrent d'un même mouvement - ils n'avaient pas entendu Polok arriver. Il portait un gros tas de cordages et de filets emmêlés, qu'il déposa par terre près du gaillard arrière.

-      Tout s'est bien passé ? s'informa le mercenaire.

-      Impeccable, ouais. Maintenant, tu pourrais peut-être venir dire bonjour ? Y en a qui seraient contents de te voir.

-      J'arrive, j'arrive, marmonna Nilssen en se frottant le menton. J'allais pas tarder à y aller de toute façon. 

-      C'est ça, fit Polok avec un air circonspect. Toi, Endrin - c'est bien ça ton nom ? Ça m'arrangerait que tu démêles un peu ce bazar, ajouta-t-il en désignant le tas à ses pieds. Ç'a été rangé n'importe comment.

Endrin s'assit contre la cahute et tira le tas de cordages jusqu'à elle.

-      ‘Fait frisquet, ici, fit remarquer Polok. Tu peux te mettre dans la cambuse.

-      Non, ça ira, déclina-t-elle.

Polok hocha la tête et le mercenaire lui emboîta le pas vers le pont principal. Endrin resta là, les mains dans les cordages et les yeux vers l'horizon qui rapetissait.

 

 

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
Louison-
Posté le 21/04/2021
Holà !
Me revoilà :)
Alors, pour être tout à fait franche avec toi, je voulais t'avouer que je regrette un peu mes interventions sur ton jdb. En fait, comme je n'ai pas tout lu de ton histoire, le jugement que j'ai émis n'était pas légitime, dans le fond.
Vois-tu, je pointais du doigt les contours un peu flou d'Endrin, mais ce chapitre-ci ne floute rien du tout. Au contraire, c'est même à travers le grand mutisme d'Endrin (et je ne pense pas que ce soit contradictoire de dire ça) qu'elle se révèle. Comme le disait Isapass je crois? être insondable est une caractéristique, et là qu'elle soit renfermée à ce point... eh bien j'aime bien. Tu vois quand on parlait de personnages qui entrent oui ou non en résonance avec nous, eh bien je pense qu'Endrin entre particulièrement en résonance avec moi et c'est dans ce chapitre qu'elle m'a touchée. Dans le précédent, je ne comprenais pas sa réaction, je me disais whaaaat, mais là, bien qu'il n'y ait pas d'explication claire à propos de sa conduite, on sent qu'elle-même probablement n'a pas plus de clé que nous. Et d'ailleurs elle le dit, à un moment: elle erre.
Donc voilà, moi ce chapitre m'a rapprochée d'Endrin. Sûrement parce que je suis assez comme elle, au niveau de l'enfermement?
Et pour Andrev, qu'on a parfois envie de secouer: en fait son attachement à Endrin est touchant. Quand le terme "tendresse" a été lâché (pour la première fois dans le roman, sauf erreur? Ou du moins pour qualifier la relation d'Andrev avec Endrin), j'étais touchée, parce que le mot "tendresse" fait partie de mon vocabulaire "précieux" haha. C'est de ces mots qui ont une connotation particulière pour moi et que j'emploie de manière très particulière dans mes écrits. Et quand je dis précieux c'est dans le sens que ce sont des mots qui me tiennent particulièrement à coeur. Il y en a d'autres bien sûr, et comme tendresse en fait partie, eh bien ça m'a marquée, tout de suite <3
Donc en fait Andrev je commence à bien l'apprécier, mais je pense que où ça coince, c'est que je comprends pas pourquoi il aime Endrin. Dans le sens où, comme ils ont un passé commun auquel nous, en tant que lecteur, nous n'avons pas accès, je ne comprends pas ce qui, dans ce qu'il a vécu avec Endrin, motive son attachement à elle. Donc pour ça que ça m'irrite peut-être un peu qu'il soit autant dépendant d'elle, donc pour éclaircir ma pensée : ce n'est pas sa dépendance à elle qui me gêne, mais c'est le fait qu'on ne la comprenne pas. Parce que si on aime quelqu'un, c'est normal d'être inquiet et d'être à son chevet. Donc, est-ce qu'il ne faudrait pas évoquer des souvenirs communs pour nous aider nous à les aimer les deux ensemble? Et s'ils ont eu un passé "heureux", ce sera encore plus désespérant pour nous aujourd'hui de voir que leur relation semble se détériorer, comme si on perdait le lien affectif qui les lie.

Pour le reste du chapitre, je voulais saluer le paragraphe en italique d'Endrin, un peu plus libre stylistiquement, celui qui commence par "Elle court - aussi vite qu'un train lancé à toute allure". La ponctuation y est super relâchée et j'apprécie oui :) (ce qui, je pense, ne t'étonnera pas ;)) Et j'ai même furieusement envie de réclamer plus de passage de ce type. Je les aime <3 Simple suggestion : qu'est-ce que ça donne écrit sous "je" ? Je parle toujours des parties en italique hein, qu'on soit d'accord.

Sinon, j'aime aussi la façon dont tu mènes tes dialogues, c'est subtil et ça coule de source, ça aère aussi beaucoup le texte, donc oui, bien !
Ensuite, comme on change de décor avec l'entrée sur le bateau, je trouve cool aussi. Ca fait du bien de changer de décor et diversifie la ligne narrative au niveau du paysage exploré (et l'ambiance marine, une de mes ambiances préférée <3).

Sinon, rien à y redire :)Malgré ce que j'ai pu faire entendre sur ton jdb, je commence à vraiment m'attacher à Andrev et Endrin, ou du moins je l'ai fait dans ce chapitre. C'est peut-être le précédent qui était moins maitrisé? Ou moi qui était influencée par l'avis d'autres plumes et qui m'a fait dire des choses que, dans le fond, je ne ressentais pas, d'autant plus que j'ai même pas tout lu... Donc voilà, je voulais encore m'excuser si certains de mes commentaires aient pu t'offenser, avec du recul je me rends compte que ce que j'ai dit sur ton jdb était sûrement assez cru, et toute cette histoire d'image fulgurante autour des personnages... et bien oui, c'est sûrement ma manière à moi de travailler, mais pas la tienne. Alors excuse-moi d'avoir voulu t'exposer ma méthode au lieu d'essayer de trouver avec toi celle qui te convient le mieux, c'était maladroit de ma part <3

Et je sais que je m'excuse peut-être trop et sûrement est-ce aussi dû que là je me sens particulièrement mélancolique (je crois vraiment que c'est la lecture de ton chapitre à part ça, voir Endrin aussi fermée, comme ça... en fait mine de rien je pense que ça m'a rappelée moi, oui, et là je t'écris ce long message et je suis dans la continuité des émotions d'Endrin et je suis émue pour je n'sais quelle raison et donc, je disais, peut-être que je m'excuse trop et en même temps non, c'est juste que je suis désolée, sincèrement, et que je t'encourage dans la réécriture de ton histoire. Je suis sûre que tu vas t'en sortir avec les personnages d'Endrin et d'Andrev et j'avais ouverte une parenthèse mais je ne vais pas la fermer parce que je ne sais plus où elle finit et elle ne se finit pas et envoyons tous paître la ponctuation et longue vie à nos personnages <3
EryBlack
Posté le 21/04/2021
Louisoooon <3 Comme il est tout chou ton commentaire ! Je suis touchée, ça va être difficile de répondre à tout ça !
Ne t'inquiète pas : je ne suis pas offensée le moins du monde, j'ai adoré cette conversation sur mon jdb, ça m'a motivée de ouf, c'est tellement précieux de pouvoir évoquer profondément mes personnages avec des Plumes ! Je te suis très reconnaissante pour ça, vraiment <3 Certes, tu n'as pas lu l'histoire entière, mais précisément : plein de Plumes m'entendent en parler depuis longtemps déjà, les avis neufs ne sont pas si fréquents, c'est très précieux pour moi d'avoir le tien, d'autant plus que 1) j'ai beaucoup aimé ce que tu écris donc j'ai confiance dans ton jugement scriptural 2) tu sembles avoir réfléchi à plein de trucs concernant la littérature et j'adore me triturer les méninges là-dessus, alors je te propose qu'on continue ça joyeusement sur nos histoires respectives, si tu es partante :D
Je suis très heureuse que tu te sois sentie plus proche d'Endrin dans ce chapitre. Ça me touche sincèrement que tu aies pu te projeter en elle. Ce côté errant, coupé du monde... Tu penses bien que ça me parle aussi. Si ça trouve écho chez d'autres personnes, je suis la plus heureuse du monde :)
Ce que tu dis sur le passé commun d'Endrin et Andrev est très juste et je suis très contente de lire cette remarque, parce que c'est un truc que j'ai amélioré dans la réécriture :D (En fait c'est marrant, enfin, y a plein de trucs que tu recommandes qui seront probablement mieux dans cette autre version, et du coup c'est bien pour moi parce que ça me rassure, mais à la fois je me dis mais zut pauvre Louison elle mérite mieux que cette version plein de défauts xD Enfin, en tout cas, merci beaucoup de partager ton riche point de vue avec moi !) J'ai un peu plus insisté sur de brefs souvenirs lors des Rassemblements, je leur ai fait tenir des dialogues un peu plus naturels aussi, comme deux amis d'enfance quoi, ce qu'ils sont depuis le début mais que je n'avais pas assez montré.
Héhé oui, ces passages en italiques sont un petit plaisir stylistique, ça ne m'étonne pas que tu te sois arrêtée dessus ! Lire ton histoire m'a vraiment fait un choc, j'étais là "Ah mais du coup on a le droit... ? De faire des fantaisies stylistiques... tout du long ? Genre... tout le long du chapitre ??" xD J'adore ça. Mais je crois que ce serait très difficile pour moi. Sur une future histoire, un peu plus simple que celle-ci, peut-être <3
Concernant le "je", j'ai choisi de me le réserver pour autre chose ^^ Pour la narration d'un personnage bien particulier, mais ça n'apparaîtra pas dans ce tome-là.
Je crois que j'ai répondu à à peu près tout... Merci beaucoup pour les compliments, les encouragements, les remarques, tout ! Actuellement je viens de finir la réécriture de la partie 2, que je dois relire, et tes commentaires me portent <3 J'espère qu'on aura encore plein de conversations comme ça, et sur tes personnages aussi :D À très vite !
Louison-
Posté le 22/04/2021
Coucou !
Merci pour ta réponse ! ^^
Oh alors tant mieux si nos échanges t'ont motivée, j'ai eu peur de prendre trop de place et comme j'ai tendance à vite m'emporter... j'ai eu craint de t'étouffer mais alors si tu aimes toi aussi réfléchir un peu sur toutes ces questions qui restent, malgré tous nos efforts pour tenter de les éclaircir, floues, tant mieux ! Et bien sûr que je serai super ravie d'avoir d'autres échanges de ce type sur nos histoires respectives <3 Toujours là pour m'éteeeeendre sur tous ces vaaaaastes sujets ! :)

Ensuite pour revenir sur ton chapitre : oh super heureuse d'apprendre que tu as bossé sur Endrin et Andrev et leur passé commun dans la réécriture, je me réjouis d'avance de la découvrir une fois qu'elle sera toute belle toute fraîche <3
Pour les passages en italique : haha ouiiiii pourquoi on aurait pas le droit d'essayer ces fantaisies stylistiques tout le long? (maaais cela dit ça peut gaver aussi, moi-même je me pose la question si c'est vraiment pertinent sur la longueur. Des nouvelles ou des courts textes, ok, peut-être, c'est cool et tout ça mais sur un roman entier voire sur une saga? On verra comment je m'en sors mais ça peut vite faire pas naturel :/) Mais à voir :)

Pour le je : oh trop bien si tu prévois de l'exploiter ! Me réjouis de découvrir tout ça ! ^^ Même si c'est pas pour tout de suite ;)

Et enfin: bravoooo pour la réécriture de la partie 2, tu peux être fière de toi ! Encore bravo, je suis sûre que c'est une réécriture d'enfer que tu vas nous proposer là <3 ^^

Des bisous !
Envoleelo
Posté le 30/12/2019
Je m'arrête une fois de plus pour te laisser mes impressions à vif !

J'aime beaucoup le personnage de Nilssen mais je crois que c'est seulement dans ce chapitre que je m'en suis vraiment rendu compte. En fait, ce qui est génial dans ton procédé, c'est qu'il prend la place du lecteur : il dit à Endrin et Andrev tout (ou presque) ce que le lecteur voudrait leur dire. Il permet d'exprimer une certaine frustration de ne pas encore tout comprendre. Le lecteur se dit "chouette, si lui ne comprend pas tout, je ne suis pas seul.e !" C'est vraiment une excellente idée, sans compter que c'est un personnage très intéressant avec beaucoup de personnalité.

Pauvre Andrev, quand même. Dans le tas, c'est peut-être lui qui a le pire rôle, mais il s'y tient, courageusement. Il fait preuve d'un dévouement hyper touchant.

Endrin est un peu agaçante dans ce chapitre. Mais en même temps, on comprend aussi beaucoup mieux ses sentiments. J'aime le fait qu'elle ne soit pas une héroïne toute lisse : pour la première fois, je vois poindre un réel égoïsme (même s'il se comprend : après tout, Andrev l'a accompagnée de son plein gré). Une héroïne faillible, chouette !

J'ai aussi remarqué que tu sembles utiliser nordistes / nordiques indifféremment et je dois dire que parfois ça me perturbe un peu.

Bref, voilà quelques impressions en vrac, qui j'espère pourront t'être utiles si tu comptes retoucher à cette histoire !
EryBlack
Posté le 16/12/2020
Re ! Haha oui je me suis aperçue que j'ai besoin de faire ça : Frey, en partie I, était parfois la "voix du lecteur" (quand il disait qu'il pigeait rien aux esprits, quand il demandait qu'on réexplique des trucs...) et là Nilssen a indéniablement ce rôle-là aussi. C'est agréable en fait ! C'est pratique, il provoque des trucs.
Ah là là, entre le dévouement d'Andrev et l'égoïsme d'Endrin, j'ai vraiment galéré avec cette partie II (et je galère encore en fait, je suis de nouveau dessus en ce moment). Ça évolue !
Possible que j'aie fait un peu n'imp' niveau vocabulaire dans la version actuellement postée sur PA ^^' Maintenant, j'ai décidé que Nordistes / Sudistes = les gens du pays ; nordique / sudique = les langues ; et nordiste, sudiste peuvent être utilisés comme des adjectifs pour parler d'usages, d'objets, etc.
Merciiii encore !
Sorryf
Posté le 28/11/2018
Je continue ma lecture petit à petit ! en route pour le Sud ! j'aime beaucoup la confrontation nord/sud qui prend de l'ampleur dans ces chapitres, avec Gil Nilssen.<br /> <br /> les moments qui m'ont marquée : le "ils me manquent" de Endrin, qui passe des gens du Nord aux Etats suspendus, c'est SUPER BIEN FAIT ! <br /> le passage en train, ses réflexions, le parallèle entre son mal-être et le train, les paysages. Quel talent ! <br /> les marins ont l'air supercools ! j'espère que le voyage va bien se passer.<br /> <br /> pour rep a ton commentaire précédent : le fait qu'on en sache à peine plus après les révélations de l'aubergiste, c'était pas un reproche hein ! ça mets du suspense, c'est pas du tout dérangeant ! <br /> et pour le beau tuberculeux, t'inquiètes, j'ai l'habitude. C'est ce qui arrive quand on s'attache systématiquement au galeux de la portée. Il vivra 4ever dans mon coeur ! <br /> <br /> je risque de lire un peu plus lentement maintenant parce que je vais lire des romans IRL dans les transports, pour le jeu du forum. Mais je me suis déjà spoilée dans le chapitre suivant (pas pu résister) que le petit a qui Gil n'a pas dit bonjour la veille est son fils ??!!?? JE VEUX EN SAVOIR PLUUUUUUUUUUUS!!!!
EryBlack
Posté le 28/11/2018
Hello ! Merci pour ta lecture !
C'est très sympa de partager les moments qui t'ont marquée avec moi, c'est cool de voir ce qui a du relief pour les lecteurs :) et le fait qu'on capte bien ce passage des "ils me manquent" d'un objet à l'autre, c'est super important, donc impec !
Je vais tout de suite enchaîner avec la réponse à ton commentaire suivant, mais j'en profite quand même pour te dire que ça me fait super plaisir que tu continues de lire et que je m'en veux de ne pas avoir tenu le rythme avec Kiwi ex machina :'( si ça peut te consoler, dis-toi que dès que j'aurai le temps de zoner sur FPA, ce sera toi que j'irai lire ! 
Quine
Posté le 21/08/2018
Bouh ! <br /><br />Ca devient redondant, je ne sais même plus comment commencer mes messages pour te dire que je suis hyper en haleine, émue, toute transie tellement que c'est beau ! <3 Je suis totalement enchantée par tous ces paysages - bon dieu les aurores boréales, mon coeur a failli lâcher.<br />Je te l'avais déjà dit mais je le répète, je ne me lasse jamais de ses passages de rêves.Je trouve que ça fait un bien fou de voir à l'intérieur de la tête d'Endrin !<br />La passage des Lytts était kqjljqdjllsqk beaucoup trop superbe, celui du Brann m'a tenue en haleine, et celui des Etats Suspendus m'a serré fort le coeur comme quand on descend une pente un peu trop vite. Et ça fait bougrement du bien. 
Ceci dit, j'ai été assez interloquée par les changements d'orthographe de quelques noms, mais je suppose qu'il y a une raison à ces modifications ! Par exemple Gul devbient Gulv (j'imagine que c'est pour les trois munnins aient tous un v dans leur nom ? Ou alors pas du tout ? XD Mais du coup ça fait passer de "jaune" à "étage"?), ou Ul et Vale qui perdent un l, et les Beltt qui prennent un t (héhé). Enfin ce n'était pas du tout dérengeant, seulement surprenant x)
 C'est hyper court comme commentaire, mais vu que le rédige quelques temps après ma lecture, ce que j'avais prévu d'écrire s'est écremé xD Je te dis à bientôt, et t'applaudis avec vigueur <3
EryBlack
Posté le 21/08/2018
Et pour moi aussi ça devient difficile de t'exprimer ma gratitude sans radoter xD Merciiii beaucouuuup toujours <3 
Les passages de rêves ont bien failli disparaître à une époque ! Mais j'ai trouvé une façon de les rendre vraiment pertinents et j'en suis très heureuse, parce que je les aime bien aussi. Je suis contente que tu aies l'impression de "mieux connaître" ndrin grâce à eux (du moins c'est ce que je crois comprendre... ?), c'est vrai que savoir de quoi rêvent les gens en dit déjà pas mal sur eux. Et Endrin est si secrète par ailleurs... Bref, tant mieux ! 
Ça me fait trop plaisir que ça te fasse tant d'effet <3 Je suis impressionnée par ta faculté à "ressentir" les histoires aussi puissamment, et c'est trop chouette que la mienne "fonctionne" à ce niveau-là ^^ 
Ohhhhh nooooon je m'étais pas rendu compte du bazar pour Gulv qui fait étage xDDD Aaaaah. Oui le -v- c'était pour unifier les prénoms des munnins, itchane disait que pour elle ça évoquait la vitesse et ça me parlait bien, du coup j'ai modifié. Hmmm. C'est problématique, il va peut-être falloir que je trouve une autre couleur x) Quant aux lettres ajoutées/enlevées, là aussi c'est pour tenter d'uniformiser : j'ai décidé que tous les clans ont leur nom qui finit par deux consonnes (hormis les Wa et les Fa ; les autres, ce sont donc les Venn, les Beltt, les Vrakk, les Skoll) tandis que les prénoms ne finissent jamais par deux consonnes (dont Ull est devenue Ul et Frigg > Frig). Pour Valle > Vale, c'est parce que "Vale" veut dire "au revoir" en latin (ce que j'ai bien sûr appris après avoir choisi son nom) et que je trouve que ça colle tellement bien au destin du personnage qui "s'en va" dès le début de l'histoire que je voulais l'orthographier exactement pareil. Sorry pour le dérangement du coup xD Ça fait partie des petites choses que j'ai essayé de bidouiller pour qu'on se repère mieux.
Mow, pas de souci, tes commentaires me font très plaisir et je suis sûre que si tu avais un problème monstrueux à me signaler, ça te resterait en tête ! N'hésite pas, hein è.é Merci pour ta lecture, j'espère que ça te plaira jusqu'au bout ! Et je te dis à fort bientôt par-ci ou par-là sur le vaste Internet <3
Isapass
Posté le 20/06/2018
Bon, je vais encore me répéter mais j'ai de nouveau adoré ce chapitre. C'est plutôt un chapitre de transition, me semble-t-il, mais pourtant, comme il comporte dialogues et introspections, il est très important.
Du coup j'entre tout de suite dans le vif du sujet, par rapport à ce que je te disais dans mon commentaire précédent. Le voyage en train, que tu racontes du point de vue d'Endrin, m'a enfin permis de "la toucher du doigt" : d'accord elle est mal, elle n'est pas elle-même, elle est perdue, mais pour la première fois on sait, on sent ce qui se passe à l'intérieur d'elle. Et ça fait qu'on ne la voit plus comme une sorte d'ovni qu'on a envie d'aimer mais qui est trop loin de nous, mais enfin comme une jeune fille avec qui on voudrait être amie. Quand je dis "on", c'est moi bien sûr. Tu connais ma légère tendance à la généralisation mais il ne s'agit, comme précédemment, que de mon ressenti à moi. 
Donc (et je reviens une dernière fois là-dessus, après je n'insisterai plus), je me demande si la scène des états suspendus ne serait pas encore plus forte si ce "rapprochement" avec elle n'avait pas eu lieu plus tôt. Si on l'avait mieux "connue" quand elle est dans son état "normal", est-ce qu'on aurait pas été encore plus touché par ce qui s'empare d'elle à ce moment ?...
Mais en tout cas, pour le reste de l'histoire, je trouve ce paragraphe du train important. Voilà ça y est j'aime Endrin, je ne la regarde plus simplement évoluer.
Quant à Andrev, lui, ça fait longtemps que c'est fait ! Il est parfait. Et Nilssen, apparemment, il cache quelque chose : qui sont ces gens qu'il va saluer ? Une famille ? "Le petit"... ça soulève des questions ! Je trouve ça bien que tu lui aies donné une vie, à lui aussi.
Tes décors, paysages, descriptions, métaphores... me laissent toujours aussi pantoise d'admiration ! Quelle plume ! 
Détails :
"Elle n'a pas de problèmeavec les esprits." : il y a un espace manquant
"J'ai forcémentraison" : idem 
" que sontles États, oùvont-ils, et pourquoi, et comment... " idem. Apparemment ça doit être FPA qui gère mal l'enchainement avec l'italique...
A très vite. 
EryBlack
Posté le 20/06/2018
Coucou Isa ! Je poursuis mon rattrapage de commentaires.
Je suis ravie que ce chapitre t'ait permis un meilleur "accès" à Endrin. Comme je te le disais dans ma précédente réponse, j'espérais que cela puisse se faire progressivement, donc c'est chouette si tu as eu l'impression que ton lien avec elle se renforçait dans ce passage. C'est intéressant ce que tu proposes par rapport à la scène des États... Sans doute que oui, l'empathie serait plus forte. D'un autre côté, c'est un peu comme si c'était la rencontre avec les États qui provoquait en elle tout ce remue-ménage qui fait qu'on l'approche enfin. Ça m'embêterait de perdre ça, mais je trouve qu les deux possibilités ont des avantages. À réfléchir donc !
Très heureuse également de ton ressenti sur Andrev et Nilssen <3 J'espère que ça continuera comme ça ! Merci beaucoup aussi pour ce qu tu dis de ma plume, ça me fait extrêmement plaisir :)
Oh pis oui, j'avais remarqué qu'il y avait un souci avec les italiques mais j'en ai laissé passer quelques-uns. Merci pour ton oeil affûté ! 
Fannie
Posté le 16/09/2017
Chapitre 11
<br />
Coucou Ery,
Il est franchement désagréable, ce Donovan. Son air contrarié après avoir constaté qu’Andrev a fait du bon boulot est éloquent. Quant à Gabriele, elle est... un peu lourde, on dira. Ce ne sont pas des reproches : c’est bien que les personnages éveillent des émotions chez le lecteur, même si elles ne sont pas toujours très positives. C’est comme les gens qu’on rencontre dans la vraie vie.
C’est vrai que ce chapitre est un peu long, mais je ne vois pas de passage à enlever. Il faut bien décrire un peu cette partie du voyage, ainsi que sa préparation, et la suite montre le caractère des personnages et leurs interactions, les relations qui s’établissent entre eux.
L’attitude de Nilssen envers son fils est bizarre ; ça me paraît peu probable qu’il soit simplement indifférent. Alors je me demande s’il ne peut pas lui faire face parce qu’il se sent responsable de la mort de sa mère ou s’il le rejette parce qu’il pense qu’elle est morte à cause de leur enfant…
Concernant la relation des Nordiques aux questions, je n’avais pas compris qu'ils recevaient ce qu'on leur donne sans chercher forcément à questionner. Mais si ça m’a échappé, c’est peut-être parce que je ne suis pas assez observatrice et que j’ai la mémoire courte. Il faudrait peut-être demander d’autres avis.
À propos du verbe « balancer », en lisant le sens que tu veux lui donner, je dirais « assener », mais je ne suis pas sûre que ça corresponde à la phrase où je l’ai relevé.
Pour ce qui est du verbe « lancer » dans les incises de dialogue, ce serait bien en effet de le remplacer par d’autres verbes à certains endroits. Ce n’est pas le seul verbe qui revient souvent ; dans ce chapitre, il y a aussi : demander, répondre, marmonner et surtout dire.
De manière générale, il y a des dialogues où tu as mis des incises dans plusieurs répliques de suite : essaie de les espacer. C’est le seul moyen d’éviter ces emplois (trop ?) fréquents. Je ne peux pas dire que ça m’a dérangée à la lecture. Mais c’est le genre de choses que je corrige dans mes propres textes.
Coquilles et remarques :
Les maisons de Van-Verdann étaient faites de bois peint en rouge, avec de belles boiseries blanches [des maisons en bois avec des boiseries, ce n’est pas très heureux ; des huisseries, peut-être (http://www.cnrtl.fr/definition/huisserie ) ou des (en)cadre(ment)s ?]
Nilssen les guida jusqu'à une auberge de sa connaissance, où ils purent prendre un bain avant de souper [je croyais que le «souper » pour le repas du soir était un helvétisme…]
elle avait rêvé de voyager vers le Sud et de passer les portes de l'Université [« vers » indique une direction, donc « vers le sud » indique un point cardinal (minuscule) ; si tu parles du Sud en tant que région (majuscule), il me semble qu’il vaudrait mieux dire « dans le Sud »]
– Gamine ? appela la voix de Nilssen. Tu t'es pas endormie dans la baignoire, dis ? [comme le mot « voix » revient dans la ligne suivante, je suggère simplement « appela Nilssen » ; tu peux même supprimer l’incise en mettant « quand Nilssen frappa à la porte » parce que de toute façon, l’effet de surprise est vraiment minime]
Y'en a qui font jamais monter d'oiseaux à bord [même remarque que pour « y’a »]
attacha ses cheveux pour ne pas qu'ils la gênent [« pour qu’ils ne la gênent pas » ou « pour éviter qu’ils la gênent » ; http://www.academie-francaise.fr/pour-pas-que-au-lieu-de-pour-que-ne-pas ]
La bateau, marmonna Andrev [Le]
Endrin en Andrev se chargèrent des sacs de provisions qu'il avait achetées la veille et le suivirent jusqu'aux écuries [il manque un point]
Menés par Nilssen, ils dépassèrent des barques et de petits bateaux à voile [on comprend de qui il s’agit, mais on s’attendrait à ce que « ils » désigne les jeunes munnins ; tu pourrais le remplacer par un nom (les voyageurs, le groupe, la petite troupe, etc.)]
Les tons gris-verts de la côte s'évaporaient dans l'infini bleu [gris vert ; adjectif composé sans trait d’union, invariable]
D'un pas chaloupant, il avança jusqu'au Nordique [plus loin, tu dis « chaloupé », (ce qui est préférable) ; ce n’est pas suffisant pour éviter l’effet de répétition. Le seul synonyme que je trouve est « balancé ».]
plongeant ses yeux d'un bleu-gris très clair dans ceux du nomade [bleu gris ; adjectif composé sans trait d’union]
Alors qu'est-ce que raconte-tu le Nord ? [racontes-tu (à moins que le sujet du verbe soit « le Nord »...)]
des cheveux châtain coupés courts [des cheveux châtains coupés court ; « châtain » n’est pas invariable et ici, « court » a valeur d’adverbe]
Cette couleur singulière, et leur forme en amande, parurent familières au Nordique [les virgules sont dérangeantes : c’est comme si « et leur forme en amande » était une parenthèse ; mais comme le verbe est au pluriel, on ne peut pas l’enlever sans rien changer au reste de la phrase, donc ce n’en est pas vraiment.]
Je crois que je vais m’arrêter là...
<br />
EryBlack
Posté le 16/09/2017
Coucou Donna !
J'ai un défaut pour ce qui est des personnages : j'ai toujours le réflexe de les rendre soit sympathiques, soit carrément détestables. Du coup, j'ai beaucoup travaillé sur l'équipage, leurs caractères, motivations, travers, et je suis finalement satisfaite. Alors, c'est très chouette si Donovan et Gabriele t'sinpirent ce genre de sentiments ; j'ai hâte de voir si ça pourra évoluer au fil des chapitres !
Nous sommes d'accord sur la longueur : il faut que je me résigne, mes chapitres sont tout simplement longs... Et tant pis !
Nilssen et Pierrot, c'est une relation compliquée. Je ne pense pas, en effet, que Nilssen soit indifférent ; mais ce qui est certain, c'est qu'il ne sait pas du tout comment s'y prendre avec son fils. Ta théorie sur la mère est intéressante ! 
Pour la relation des Nordiques aux questions, ce n'est pas quelque chose que j'ai suffisamment précisé, je pense. Ça se devine peut-être un peu à travers le dialogue d'Endrin, Andrev et Frey dans l'un des premiers chapitres, mais ce n'est pas facile de montrer ça sans que ça paraisse artificiel. Ce sera peut-être plus aisé quand ils seront confrontés à des Sudistes qui ne fonctionnent pas du tout de la même manière. Je penserai à renforcer les explications là-dessus dans la suite !
Je note tes suggestions sur les incises... C'est vrai que c'est un point de langue qui est toujours problématique pour moi, je suis rarement satisfaite de ce que je trouve ; soit ça ne sonne pas naturel parce que je cherche des verbes plus originaux, soit ça se répète beaucoup. C'est embêtant, mais je travaillerai dessus. Merci pour ton aide :)
Que de remarques pour ce chapitre... Je ne vais pas tout commenter, mais je prends tout et je corrigerais prochainement. On peut tout à fait employer le terme souper en France, même si ça sonne assez vieillot. Je l'ai utilisé ici parce que leur dîner va être composé d'une soupe, et que ça me paraissait donc évoquer la bonne image. Pour les "(verbe)-tu" de Tadi, il va y en avoir beaucoup ; il ne maîtrise pas bien la langue sudique et ces "-tu" sont une particularité issue de son propre langage. Donc ici, effectivement, le sujet est "le Nord".
Merci encore pour ta minutie :) À bientôt ! 
Vous lisez