10 - Un souvenir troublant

Notes de l’auteur : L'histoire commence à prendre une nouvelle tournure. Alors vos pronostiques? A votre avis qui est le tueur? J'attends vos réponses dans les commentaires !

Janvier 2020

Hôpital de Berverhill, New-York.

- Quelle est la dernière chose dont vous vous souveniez, cette nuit-là ? demanda Ethan à Cali.

- Je me souviens être entrée dans le bar pour y acheter une bouteille de vin, répondit-elle. Je crois que je suis sortie après. J'ai retrouvé mon mari et nous nous sommes réconciliés. Nous avons passé la nuit ensemble. Ensuite, tout ce dont je me souviens c'est que je me suis réveillée, seule, dans ma chambre quand ma meilleure amie, Abby, a frappé à ma porte.

Ethan jeta un œil sur ses notes en fronçant les sourcils.

- Avez-vous acheté le vin avant ou après être tombé sur votre mari et Serena Wilcox ?

- Comment ? interrogea Cali. Je ne me souviens pas avoir vu Alex avec Serena. Que faisaient-ils ensemble ?

- Ils discutaient. Alexander m'a dit que vous aviez l'air très en colère. Il a dit que vous aviez une bouteille de vin à la main.

- Je ne me rappelle pas. Je devais être ivre. Il m'a suivi ?

- Il a essayé, mais vous l'avez menacé, raconta-t-il en remontant ses lunettes sur son nez.

- Vous plaisantez. Ça ne me ressemble pas. Jamais je ne parlerais comme cela à mon mari.

- C'est ce qu'a dit Alex lors de son interrogatoire ce jour-là. Il a affirmé que la dernière fois qu'il vous a vue, vous vous dirigiez vers la plage. Mais personne ne vous y a vue par la suite.

- Tout le monde était à la soirée, et les trois quart étaient ivres, dit-elle en haussant les épaules. Je vous l'ai dit, j'étais avec mon mari. Nous étions sûrement les premiers à rentrer.

- À onze heures et demie ?

- Ou peut-être que ceux qui étaient rentrés étaient déjà dans leur appartement.

Ethan essaya une nouvelle fois.

- Vous rappelez-vous ce qui vous a poussée à aller de la cour jusqu'au hall où vous avez rencontré Alex ?

- Je ne me rappelle pas l'avoir vu !

- Ok d'accord. Donc le lendemain matin, c'est Abby qui vous a réveillée ?

- Oui, elle frappait à ma porte et criait mon nom. J'avais la gueule de bois. Je me suis levée que pour la faire taire. Je pensais qu'Alex était dans la cuisine, en train de préparer le petit-déjeuner et qu'il allait s'en occuper. Mais, non, j'étais seule.

- Qu'est-ce qu'elle a dit quand vous l'avez fait entrer ?

- Elle voulait savoir si j'allais bien. Elle m'a dit qu'on racontait qu'il était arrivé malheur à Amanda.

- Elle vous a dit quoi ?

- Personne ne savait vraiment à ce moment-là. On savait seulement qu'il y avait plein de policiers et que personne n'avait vu Amanda la veille. Nous avions appris plus tard, son triste sort. On savait qu'elle était morte mais on ne savait pas de quoi. Josh, je crois, a parlé de crise cardiaque. Léo a rétorqué qu'il y avait trop de flic pour que ça soit une mort naturelle. Personne ne prononçait son nom. On parlait tous « d'elle ». Ensuite, un policier est arrivé et il a lu une liste des gens que la police voulait interroger.

- Votre nom était inscrit ?

- Oui. Ainsi que Matt et Abby. Tous ceux qui étaient à sa table pendant la soirée. Ils avaient déjà interrogé Alex comme il est le PDG, puis Serena et Rob. Et aussi son voisin de gauche, Ben Hobbes, un solitaire, un peu marginal. On ne le connaissait pas vraiment, alors tous nos soupçons se sont portés sur lui.

- Qui d'après vous aurait pu tuer Amanda ? demanda Ethan en la regardant dans les yeux.

- Au début, je pensais qu'il s'agissait de quelqu'un de la société, une personne connue de tous. Mais quand j'ai appris ce qu'on lui avait fait, je me souviens avoir pensé que je ne connaissais personne d'aussi monstrueux. Je me suis dit que ça devait être un étranger, un cinglé qui avait profité de la soirée pour s'introduire sur le campus.

- Qui vous a interrogé ?

- Une femme. Je ne me souviens plus de son nom. Elle était rousse.

- Vous rappelez-vous ce qu'elle vous a demandé ?

- Oui. Elle voulait savoir pourquoi Alex et moi étions disputés après l'afterwork. Un des salariés nous avait entendus et apparemment il en avait parlé à la police.

- Vous avez dit la vérité ?

- Oui.

- Vous n'étiez pas gênée ?

- Si, mais je savais qu'ils avaient demandé la même chose à Alex, alors il valait mieux dire la vérité. Lui n'aurait pas menti.

- Que vous a-t-elle demandé d'autre ?

- Si Amanda avait des ennemis, des gens qu'elle énervait...

- Vous lui avez dit pour Matt et elle ?

- Oui. Je me suis sentie coupable de faire une chose pareille. Surtout avec tous les soucis que ça lui a causés par la suite. En fait, j'imaginais bien Matt perdre son sang-froid et je n'allais pas le couvrir s'il l'avait tuée. Je ne savais pas à quel point elle avait été mutilée.

Ethan fut frappé par l'inconsistance des réponses de Cali. Sachant ce par quoi elle était passée et la raison pour laquelle elle était assise en face de lui, la conversation lui parut surréaliste. Avait-elle oublié pourquoi elle était ici ?

Les yeux turquoise se posèrent sur lui. Sa tête était légèrement penchée vers la gauche, l'étudiant.

- Vous me cachez quelque chose.

Il ressentait la même chose. Il fut traversé par un trait d'adrénaline.

- En fait, je me disais la même chose de vous.

- Je ne sais pas ce que vous voulez que je vous dise.

Ethan s'aperçut qu'elle s'était déchaussée. Elle posa ses petits pieds à plat sur sa chaise et prit ses genoux dans ses bras. Il sentit sa tension montée en flèche. Il regardait ses orteils parfaits, bien alignés et manucurés. Il commença à suer. Ethan avait un secret, son plus noir selon lui. Il était un fétichiste des pieds. Il la contemplait, hypnotisé, quand l'interphone sonna. Il s'empara vivement du combiné.

- Docteur, vous avez plus de vingt minutes de retard, avertit son assistante.

- Karen, c'est important, chuchota-t-il en se tournant. Vous ne pouvez pas m'interrompre comme ça...

- Vous avez une réunion avec le comité exécutif dans deux minutes, rappela-t-elle, impassible.

- Ok merci.

Quand il se retourna, il s'étonna de voir Cali assise droite sur sa chaise. Elle avait remis ses chaussures et ses cheveux étaient coiffés correctement.

- Ça veut dire que mon temps est écoulé, je suppose, lança-t-elle d'un ton enjoué.

***

Alexander avait accepté de rencontrer Ethan une nouvelle fois.

- Je ferai tout pour aider ma femme.

En le voyant, Ethan se dit qu'Alex allait de plus en plus mal. Ses cheveux étaient désormais coupés plus court, de gros cernes noirs s'étaient dessinés sous ses yeux et sa peau était livide.

- Comment ça va Alexander ? Je peux vous appeler Alex ? demanda Ethan, qui s'efforçait de se montrer aussi chaleureux que possible.

Il hocha la tête.

- Bien. Alex j'ai encore parlé avec Cali, hier. Elle m'a dit qu'elle ne se souvenait pas s'être disputée avec vous et Serena à Thanksgiving. Pas plus qu'elle ne se souvient de vous avoir menacé.

- C'est d'elle tout craché, remarqua-t-il avec un haussement d'épaules. Elle oublierait de prendre sa tête.

- Elle est étourdit ? demanda Ethan, sans rire.

Il repensait à la différence entre les deux récits à propos de leur rencontre.

- On peut dire ça comme ça. Le nombre de fois où je lui aie dit quelque chose qu'elle a oublié ensuite... Ou je lui rappelle une conversation ou une sortie et elle se contente de me regarder l'air absent. Elle n'a aucune mémoire, je ne sais pas comment elle a pu obtenir ses diplômes de droit.

- Quelle mention a-t-elle obtenu à celui du passage du barreau ?

- Très bien. Je vous l'ai dit, elle est brillante mais n'a aucune mémoire.

- Elle est un peu... excentrique ?

- Non, elle est seulement un peu ailleurs de temps en temps, corrigea Alex. Mais je l'aime comme ça.

- Vous arrivait-il de ne pas savoir comment la prendre ?

La double connotation de la question fit sourire le jeune homme.

- Ça arrivait, oui, confirma Alex. Un jour, elle était attendrissante, volontaire et... bouillonnante, le jour d'après, je ne pouvais pas la toucher. Parfois, elle était adorable et d'autre, elle disait juste ce qu'il fallait pour m'énerver.

- Alex, je sais que vous êtes revenu dessus des centaines de fois, mais je voudrais quand même que vous me redisiez ce qui s'est passé ce soir-là quand Cali est partie.

Alex poussa un profond soupire et raconta d'un ton monotone.

- Je suis retourné au bar pour prendre un autre verre de scotch. Serena a mis sa main sur ma cuisse. Amanda nous a vus et m'a adressé un clin d'œil. J'ai retiré ses doigts et je suis parti aux toilettes. Quand je suis revenu, Amanda et Matt s'engueulaient sans bruit. Il la tenait pas le bras, elle s'est dégagée d'une secousse et s'est enfuie. Matt ne la pas suivie. Il a renversé son whiskey posé sur le bar qui s'est fracassé par terre et est sorti lui aussi. J'ai fini mon verre. Serena était complétement déchirée. Je l'ai aidé à la raccompagner à son appartement. Sur le chemin, elle a essayé de m'embrasser. Je l'ai repoussé. Elle s'est allongée sur son lit et s'est endormi. J'ai fini ma nuit sur son canapé. Je savais que Cali était dans notre chambre, elle allait me refuser sa porte. Le lendemain, je me suis réveillé en entendant des voix dans le couloir et que quelqu'un était en train de vomir ses tripes. Les portiers étaient là. Et j'ai vu le corps. Les gardiens n'ont pas laissé Serena passer, mais lorsqu'elle a vu mon vissage, elle a compris. La police est arrivée à ce moment-là.

Ethan avait écouté l'enregistrement de la déposition d'Alexander, prise une heure à peine après la découverte du corps. Le président s'était montré incohérent. Serena était un bien maigre alibi : elle ne se souvenait pas de l'heure à laquelle elle était arrivée dans sa chambre avec Alex, ni quand elle s'était endormie. De ce fait, Alex avait été, au début de l'enquête, l'un des principaux suspects.

-  Qui pensez-vous capable de tuer Amanda ?

- Je n'étais pas tellement capable de penser, rétorqua Alex.

- Vous ne soupçonniez pas Matt, votre directeur adjoint ?

- Non. Il n'aurait pas pu faire une chose pareille... Je ne connais personne capable de faire ça !

 

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