10. Pas si vite

Par Lydasa.

J’ouvre les yeux, j’ai mal dans tous mes muscles, comme si j’étais tombé de cheval. J’ai une migraine horrible, mon estomac se vrille me donnant la nausée. J’inspire profondément avant d’être secoué par une violente toux, elle accentue mon mal de crâne, me faisant gémir. Je me roule sur le côté, tirant la couette sur moi un peu plus, frissonnant. Avant que je ne reprenne réellement contenance, je m’imagine chez moi dans ma chambre, avec ma mère dans la cuisine. Puis je me souviens que je suis en fait le prisonnier d’un pirate. J’ouvre les yeux, me rendant compte que je suis réellement dans un lit confortable, au chaud sous une couette.

 

Je me redresse péniblement, reconnaissant la cabine du capitaine. J’y suis seul, observant autour de moi et surtout au bureau, il n’y a vraiment personne. Je me sors du lit, gémissant douloureusement encore une fois, je suis habillé, avec des vêtements propres et confortables. Je me dirige vers la fenêtre, je constate que nous sommes amarrés dans un port, j’y reconnais le drapeau irlandais. Je dois saisir ma chance, même si je ne me sens pas au mieux de ma forme, le capitaine doit croire que je suis toujours inconscient dans le lit.

 

Je me traine difficilement vers la porte, m’apprêtant à saisir la poignée quand celle-ci tourne et s’ouvre sur Samuel. Je me crispe de tout mon être, réveillant les courbatures de mes muscles. Je fais un pas en arrière, déglutissant en voyant son regard froid. Il entre dans la cabine refermant la porte à clef derrière lui.

 

— Tu comptais aller ou comme ça, me demande-t-il d’une voix glaciale.

— Je… je voulais prendre l’air… je…

— Tu n’es pas en état de te balader, tu es malade, tu as une pneumonie assez grave alors tu vas me faire le plaisir de regagner le lit.

 

Dans un élan de désespoir, je me jette sur la porte, mais les mains puissantes du capitaine me prennent par les épaules. Je n’ai plus aucune force et je ne lui résiste absolument pas. Il me traine jusqu’au lit ou il m’y allonge de force. Je ne peux retenir un sanglot. Il me met la couette jusqu’aux épaules avant de finalement m’attraper une cheville et l’attacher une menotte en acier directement pris sur le pied du lit.

 

— S’il faut t’attacher pour que tu restes au lit, c’est une chose que je n’hésiterais pas à faire, grogne-t-il.

 

Il s’éloigne de moi avant d’aller chercher une fiole et une cuillère, revenant s’assoir sur le bord du lit.

 

— Nous avons accosté en Irlande pour faire venir un médecin, il nous a donné des médicaments pour te soigner. Tu as une cuillère à prendre matin et soir, me dit-il avec une étrange douceur.

— Si c’est encore une de vos potions ou cachets qui me font halluciner, sifflais-je, je n’en veux pas.

— Tu es pénible, pourquoi es-tu aussi agressif avec moi ?

— Parce que vous m’avez attaché nu dans la cale jusqu’à ce que je tombe malade…

 

Il a une expression que je ne lui reconnais pas, de la tristesse, il a le visage triste et coupable. Baissant la tête, il pose la fiole sur la table de chevet avant de s’éloigner de moi, s’asseyant sur la banquette les yeux tourner vers l’océan. Je le vois se perdre dans sa contemplation, les sourcils froncer tristement.

 

— Je m’excuse, murmure-t-il.

— Pardon ?

 

J’ai bien entendu ? Il s’excuse ? Un pirate sanguinaire au cœur de pierre qui s’excuse, je ne pense pas que les histoires que ma mère me racontait, parlaient de ce genre de cas. Il se tourne vers moi, soutiens quelque seconde mon regard avant de baisser les yeux.

 

— Tant que tu seras malade tu resteras dans ce lit, Marvine te préparera des bouillons adaptés pour toi, avec des protéines pour que tu puisses guérir rapidement.

— Attendez je suis perdu, c’est de votre faute si je suis malade et là vous me soigner ? Vous voulez que je vous remercie pour ça ? De me faire du mal et me caresser le dessus de la tête tout de suite après ?

— Je ne te demande rien, je m’en veux déjà assez.

 

Je fronce des sourcils, il s’est passé quoi depuis que j’ai perdu connaissance ? J’ai l’impression qu’il a changé de comportement. À ce moment-là Marvine toque à la porte, entrant avec une assiette et un bol de bouillon. Il se tourne vers moi me faisant un grand sourire.

 

— Oh ! Tu es enfin réveillé ? Je t’ai préparé un bouillon de légumes frais avec de la viande de bœuf.

 

Il me pose le bol juste à côté de la fiole de médicament, avant de rejoindre le capitaine lui donnant l’assiette. Il y a un beau steak avec de petits légumes à la crème.

 

— Ça devrait passer avec ta gueule de bois, glousse-t-il.

— Ouais, merci, mais c’est bon j’ai décuvé.

— Je vais dire a Elias et Grégoire que Raphaël est réveillé, tu acceptes qu’ils viennent le voir ?

— … Oui, d’accord.

 

J’écarquille les yeux, il autorise mes amis à venir me voir ? J’avoue ne pas comprendre son comportement. Il est tantôt brutal et sans cœur et là il est doux et gentil. Marvine nous laisse avant de revenir avec mes amis qui se rue sur moi, me posant tous un tas de questions.

 

— Tu te sens comment ? Me demande Grégoire en me posant la main sur le front.

— Tu veux qu’on t’aide à manger ? Enchaine Elias.

— Nan, mais c’est bon, je peux me débrouille.

 

J’attrape mon bol, si je ne mange pas moi-même devant eux je suis sûr qu’il serait capable de me gaver. Je vois le capitaine s’installer à son bureau et manger distraitement en regardant dans le vide. Je commence vraiment à me poser une tonne de questions, je le trouve soudainement triste alors qu’il était un fier capitaine. Finalement Marvine demande au gars de revenir avec lui pour aller au marché. Le capitaine a repris sa place sur la banquette. Je regarde la fiole de médicament, je finis par en prendre une cuillère. Je me reglisse sous la couette, le silence de la cabine me fait m’endormir rapidement.

 

Quand je me réveil, c’est quand Marvine toque a la porte pour le repas du soir. J’ai le droit à quelque chose d’un peu plus consistant avec de gros morceaux de viande. Je mange avec appétit. Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas mangé aussi bien. Le capitaine n’a pas bougé regardant par la fenêtre. Son second finit par arriver un peu plus tard, me regardant puis le regardant avec les sourcils froncer.

 

— Samuel ? Tout va bien ?

— Oui, préviens les hommes que demains nous reprendront la mer. Raphaël est réveillé et il semble aller mieux. Je pense qu’il peut rester ici le temps que ça aille mieux, mais nous devons gagner les côtes de Grande-Bretagne. Nous devons rejoindre le capitaine Clark.

— Clark ? Le vendeur d’esclaves ?

— Oui…

 

Je vois Conrad déglutir et me lancer un regard en coin. Il lâche un soupire avant de s’assoir à côté de lui, fronçant des sourcils.

 

— Tu veux vendre tous les esclaves ? C’est tout de même bien pratique tu ne penses pas ?

— Ouais, on va en garder quelqu’un, mais ça fait trop de bouches à nourrir.

— Bien bien, tu me laisses choisir de ceux qu’on garde, sourit-il en se frottant au capitaine.

— Euh… d’accord.

— Youpi merci mon capitaine sanguinaire !

 

Il lui fait un bisou sur la joue avant de partir en trottinant. On aurait dit un gamin à qui on avait donné un gâteau, même Samuel a des yeux ronds, ne comprenant pas son comportement. Il soupire avant de manger, son assiette et cette fois s’allonger sur la banquette avec une simple couverture.

 

— Vous ne… dormez pas dans votre lit ? demandais-je innocemment.

— Non, je te le laisse entièrement, comme ça tu n’auras pas peur que je te fasse des choses horribles.

— Quoi ? Mais…

 

Je ne préfère rien rajouter finalement, me glissant sous la couette en boule. Je suis perdu, il m’attache au lit, mais est respectueux et j’ai des repas plus que copieux. Il s’en veut vraiment ou c’est de la comédie ? Je finis par m’endormir avec tout s’est pensé, ce qui me réveil c’est le tangage de bateau un peu plus fort. Je me redresse d’un coup bondissant du lit, oubliant que j’y suis attaché, je tombe au sol la tête la première. Je gémis douloureusement avant de me redresser, voyant le port s’éloigner. Je me crispe, ma chance de m’échapper vient de s’éloigner de moi. Je regarde la chaine à ma cheville, tirant sur celle-ci, cela ne sert vraiment à rien.

 

Quelque instant plus tard le capitaine rentre et me voie par terre, la lèvre exploser. Il se précipite sur moi et m’aide à me rassoir sur le lit.

 

— Comment tu as fait ton compte ?

— J’ai oublié que j’étais attaché, murmurais-je.

— Ah ce n’est pas possible, je t’attache au lit pour ton bien et tu arrives à te blesser quand même.

 

Il revient avec du coton et de l’alcool blanc pour nettoyer ma lèvre, ce qui me fait grimacer douloureusement. J’essaie de capter son regard, mais il me fuit, fixant mes lèvres pour les soigner, évitant mes yeux. Je fronce des sourcils. Il finit par s’éloigner de nouveau, me laissant ma tranquillité avant de se remettre sur son bureau à remplir la carte. Je me glisse sous la couette l’observant, blottie en boule. Je me permets alors de l’observer plus en détail, Samuel est vraiment un bel homme, des cheveux aussi noirs que ses yeux, tenus en une demi-queue, le tout coiffé en dread et tresse ou des perles s’y perde par-ci et par-là. Il est toujours coiffé d’un tricorne, d’une longue veste en cuir noir et d’un pantalon en velours cacher jusqu’aux genoux par des bottes en cuir. Le soir venu alors que Marvine nous apporte notre repas, je finis enfin par briser le silence qui s’est installé entre nous.

 

— Pourquoi vous prenez autant soin de moi ? Pourquoi vous tenez temps à ce que je guérisse ?

— Pour… rien, dit-il en détournant les yeux.

— Pourquoi vous ne m’avez pas considéré comme un esclave sexuel, abusant de moi, au lieu de me demander de devenir votre amant ? enchainais-je.

— Tu poses beaucoup trop de questions, tu sais.

— J’essaie de comprendre pourquoi. J’essaie de savoir… si vous ne seriez pas tombé amoureux de moi.

 

Il relève la tête brusquement, me dévisageant avant de grimacer entre la colère et la gêne.

 

— Tu te fais trop d’histoire, tu ne me sers qu’a passé le temps sur le navire rien d’autre.

 

Il se lève et fuit la cabine. Du moins c’est l’impression qu’il me donne, car il quitte la cabine subitement, mettant fin à notre conversation. J’ai les yeux écarquillés, me demandant si je n’ai pas visé juste. Comment un homme comme lui peut tomber amoureux d’un homme comme moi ? Lui, est Samuel BlackStone, il a une réputation de pirate au cœur de pierre. Je me demande si ce n’est qu’une légende et qu’en réalité il a vraiment un cœur. Je termine mon repas, prenant mon médicament, je reste en position assise attendant qu’il revienne. Mais au bout d’une heure, c’est Conrad que je vois ouvrir la porte. Il prend mon bol de soupe avant de me faire un grand sourire et de tourner les talons.

 

— Attendez, criais-je.

— Oui ? me sourit-il encore plus intensément.

— Ou… ou est Samuel ?

— A la barre, il a dit qu’il avait l’impression que le bateau dérivait beaucoup et qu’il resterait toute la nuit a vérifié. Pourquoi ? Tu aurais dit une chose qui l’aurait vexé ?

— Je lui… ai demandé pourquoi il prenait soin de moi, en lui demandant… s’il n’était pas amoureux de moi, comme il m’a demandé, avant de m’enfermer, de devenir son amant.

 

Je vois le second ouvrir grand les yeux, avec un sourire jusqu’aux oreilles avant de finalement ricaner.

 

— Si c’était le cas, cela te dérangerait qu’un capitaine pirate t’aime ? glousse-t-il.

— Je… je ne sais pas, dis-je ne comprenant pas pourquoi moi. Je suis quelqu’un de très banal.

— Pour toi, mais pas pour lui. Il ne sait juste pas comment montrer ses sentiments, il est habitué à voler des trésors et a tué des hommes, pas à tomber amoureux.

 

Il tourne les talons et me laisse sur ses dernières paroles. J’ouvre et ferme la bouche plusieurs fois, me retournant sa phrase plusieurs fois dans la tête, avant de rougir jusqu’aux oreilles. Cela me perturbe, il m’a torturé, ma mis au cachot et m’a humilié. En y réfléchissant, je n’ai fait que le provoquer pour qu’il me fasse ça, il a juste réagi comme il avait l’habitude de le faire. Actuellement il s’en veut, je l’ai parfaitement compris, il essaie de se rattraper et au lieu de s’en prendre à moi il a préféré faire. Je ne sais pas quoi en pense, il est quand même un pirate et je suis son prisonnier.

 

Si j’acceptais de devenir son amant, tiendrait-il parole ? Qu’ait j’ai perdre dans cette histoire ? S’il est réellement doux avec moi, s’il prend soin de moi quel intérêt ai-je a lui tenir tête ? Je ne sais pas je suis perdu, il ne me laisse pas indifférent dans sa prestance, mais il m’effraie autant qu’il me fascine.

 

Je finis par me recroqueviller sous la couette, je me sens encore malade, la fièvre ne doit pas être totalement tombée. Je me mets à trembler dans mon lit, m’enroulant encore plus dans la couette pour me tenir chaud. Je finis par m’endormir. Le lendemain je me réveil avec une bonne odeur de tisane et de pain chaud. J’ouvre les yeux et découvre que je suis encore seul, je prends mon petit déjeuner rapidement et mon médicament. Je me lève pour m’étirer, faisant quelque exercice. Je me sens bien mieux, les médicaments sont très efficaces, bien plus que l’opium qu’il m’a donné la dernière fois.

 

Je m’assoir en tailleur sur le lit, essayant de glisser mon pantalon pour ne pas m’abimer ma cheville. Je commence à m’ennuyer, regardant autour de moi. Je commence à fouiller un peu dans la table de chevet, j’y découvre une petite fiole noire. Je l’ouvre et renifle, il y a une bonne odeur de plante. Je me demande ce que c’est, peut-être une drogue qu’il prend ou je ne sais quoi. Il entre à ce moment et me voit renifler la bouteille. Il s’approche de moi avec un sourire sadique.

 

— Tu sais ce que c’est ? glousse-t-il.

— Je ne sais pas, une drogue ?

— Un lubrifiant aux huiles essentielles pour aider à se détendre.

 

Je déglutis, rebouchant la fiole et la remettant où je l’ai trouvé rouge comme une pivoine. Avant d’aller me cacher sous la couette en couinant, ce qui fait rire le capitaine qui retourne à son bureau. Je ressors le fixant froidement, il me regarde en coin, un sourire amuser.

 

— Pourquoi vous m’avez laissé tout seul toute la nuit ?

— Le navire dérivait un peu j’essayais de garder le cap.

— Comme si un navire dérivait alors qu’on a une mer d’huile depuis hier.

 

Il se met à marmonner, avant de soupirer.

 

— Vous n’avez pas dormi, demandais-je.

— Oui, mais j’ai l’habitude.

— Venez dormir un peu avec moi, je dors toute la journée, ça sera mieux que la banquette trop dure.

 

Il me regarde étrangement, pinçant des lèvres avant de se dandiner sur son siège.

 

— Tu n’as pas peur que j’utilise mon lubrifiant aux plantes ? glousse-t-il comme pour changer de conversation.

— Non, vous ne le ferez pas, car je suis encore malade et vous vous en voulez déjà assez de m’avoir mis dans cet état.

 

Je le vois baisser les yeux, rougissant légèrement.

 

— Venez dormir un peu, le lit est assez grand pour deux.

 

Effectivement c’était un grand king seize, je n’avais jamais vu un lit aussi grand. Les draps sont en coton, cela change beaucoup des draps en lin que j’ai l’habitude chez ma mère. Je me recouche tapotant à côté de moi, pour lui dire de venir. Je l’entends grogner avant de se lever, il se met de l’autre côté du lit. Il retire sa veste, puis ses bottes avant de se coucher en me tournant le dos. J’ai un petit sourire aux lèvres, il sent le sel et la mer, ce qui prouve qu’il est resté sur le pont un sacré moment. Je me mets sur le dos et ferme à mon tour les yeux, en écoutant sa respiration, je devine qu’il s’est endormi rapidement. Je me fais bercer par le bruit de sa respiration, m’endormant à mon tour.

 

Quand je me réveil il est toujours là, mais cette fois tourner vers moi, le visage paisiblement endormi. J’entends frapper à la porte, en regardant par la fenêtre je devine qu’on est le midi au vu de l’orientation du soleil. Marvine entre dans la cabine, souriant en me voyant me redresser. Il me pose mon bol sur la table de chevet, avant de regarder le capitaine qui commence à se réveiller en s’étirant.

 

— Bien dormi capitaine, demande Marvine.

— Oui… ça fait du bien de dormir dans son lit.

— C’est sur ça fait presque une semaine que vous n’y avez pas dormis.

 

Il tourne les talons et nous laisse seul, le capitaine attrape son assiette et commence à manger.

 

— Ça fait une semaine que je suis dans votre lit ?

— Oui, je ne voulais pas te déranger.

— Vous avez vu vous ne m’avez pas dérangé. Vous pouvez dormir avec moi, je ne pense plus être contagieux du coup.

 

Il soupire en me regardant.

 

— Tu ne vas pas vouloir me tuer dans mon sommeil ?

— Non la dernière fois que j’ai essayé je m’en souviens. Je me rends compte… quand acceptant que vous preniez soin de moi, tout se passe bien. En plus les amis semblent être mieux traités. Vous êtes… plus gentil que je ne le pensais.

— Je ne suis pas gentil, me répond-il froidement.

— Oui c’est vrai, vous ne l’êtes pas. Mais… j’ai envie d’y croire.

 

Je vois ses joues s’empourprer, je lui fais un beau sourire et j’ai le droit au même sourire de sa part. Il me trouble, cet homme est à la fois effrayant et attirant. J’ai envie d’y croire un petit peu, qu’il soit vraiment tombé amoureux de moi.

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