10. Des prédateurs invisibles

Chapitre 10 - Des prédateurs invisibles

 

Elle court sur le sable gris vacille parfois jamais ne tombe pourtant et au grand jamais ne s'arrête - elle ne craint pas la chute - elle élance vers le ciel ses bras écartés en attendant la rafale qui la fera voler - la rafale qui l'emmènera la ramènera - elle bondit sur les pierres les rochers évite les algues saute par-dessus les flaques baisse la tête pour éviter les vols de mouettes les aigles marins - ce monde est si vaste si encombré - les fjords disparaissent - elle doit courir

 

-      Endrin.

 

elle doit courir un peu plus loin - un peu plus loin... 

 

-      Endrin, réveille-toi, appelait Andrev devant la tente. On s'en va.

Endrin se réveilla avec un léger sursaut, essoufflée. Il faisait sombre mais elle pouvait distinguer, à travers le tissu, la silhouette d'Andrev que découpait la lueur vacillante du feu de camp. Elle se redressa, remua les mâchoires. Sa bouche était sèche et ses jambes bardées de courbatures. Elle passa une main dans ses cheveux - emmêlés et pas lavés depuis plusieurs jours - puis souleva un pan de tissu et s'extirpa hors de sa tanière.

Les premières lueurs de l'aube filtraient à l'horizon. Nilssen était accroupi près du feu, en train de faire chauffer du thé et les restes de la veille. Le nomade, lui, démontait sa tente.

-      Andrev, lança Endrin, contrariée.

Il se tourna vers elle, un air parfaitement neutre sur le visage. Cela faisait deux nuits qu'il ne la réveillait pas pour son tour de garde ; des cernes sombres étaient apparus sous ses yeux noirs. Endrin le fixa - cette manie qu'il avait de la surprotéger était exaspérante. Mais elle n'avait pas envie d'ouvrir les hostilités.

-      Non, rien. Si ça t'amuse de ne pas dormir, c'est ton problème, ajouta-t-elle à mi-voix.

Andrev haussa les épaules et continua ce qu'il était en train de faire comme si de rien n'était. Endrin déplia sa propre tente avec des gestes brusques. Le vent soufflait fort, ce matin - le vent de la lande. Toute trace de neige avait disparu depuis des jours ; en revanche, les plaines s'étaient couvertes d'herbes hautes que les munnins mâchaient parfois distraitement, sans cesser de marcher.

Après avoir mangé, les voyageurs levèrent le camp, Nilssen toujours en tête. Il se montrait plutôt silencieux depuis la nuit des Lytts. Il n'en avait pas reparlé à Endrin, mais elle sentait que le sujet n'était pas oublié. 

-      Aujourd'hui, on devrait arriver à la forêt de Verdann, les enfants, lança-t-il alors qu'ils grimpaient un talus. 

Il jeta un coup d'œil à ses protégés.

-      Vous connaissez ?

Endrin secoua la tête. Elle l'avait seulement vue sur une carte : une grande tache verte au milieu des plaines du Nord.

-      On la longe parfois pendant l'été, avec les Wa, dit Andrev. Mais c'est tout.

-      Bon. Nous, on va aller en plein dedans, prévint le mercenaire. Jusqu'au milieu, en fait - jusqu'à Van-Verdann. Ça, vous en avez forcément entendu parler. La ville dans la forêt.

Les Nordistes acquiescèrent. Le père Maam leur avait raconté la naissance de cette ville quand ils étaient enfants. Il y avait d'abord eu des colonies de bûcherons, qui ne vivaient là que l'été ; leur activité s'était développée peu à peu et ils avaient fini par s'installer définitivement avec leurs familles. Aujourd'hui, Van-Verdann était la plus grande ville de cette région du Nord.

En haut du talus, ils laissèrent les munnins se reposer une minute - la montée avait été plutôt raide. Nilssen plissa les yeux vers l'horizon.

-      Tenez, une fois qu'on aura grimpé la prochaine colline, on devrait apercevoir les premiers arbres.

Endrin suivit son regard. C'était la première fois qu'il prenait la peine de leur expliquer où ils allaient. 

-      Bon, si je vous dis tout ça, poursuivit-il comme s'il l'avait entendue penser, c'est qu'à Van-Verdann, y a une gare. Les chemins de fer sont tout neufs. Et on va prendre le train jusqu'à la côte.

-      Pourquoi ? demanda Andrev avec une grimace. On a les munnins...

-      Ça ira foutrement plus vite qu'à dos de munnin, gamin. On a pas de temps à perdre - je connais des marins qui traversent la mer à cette époque de l'année et ils devraient pas tarder à décoller. Si on les loupe, faudra trouver autre chose. Alors on traîne pas, conclut-il en talonnant Svart qui se remit en marche avec un faible grondement. 

Les Nordistes lui emboîtèrent le pas. Il se passa quelques instants avant qu'ils n'échangent un rapide regard, et Endrin lut dans les yeux d'Andrev un peu de sa propre appréhension.

Jusqu'ici, ils s'étaient trouvés, sinon en terrain connu, du moins dans des régions familières. Ils y reconnaissaient la végétation, savaient s'y déplacer, repérer ce dont ils avaient besoin ; c'était encore leur pays. Mais ce qui les attendait à Van-Verdann dépassait le champ de leurs connaissances. Tout ce qui s'étendait au Sud leur était maintenant inconnu, abstrait, presque irrationnel - des chemins de fer, et quoi d'autre encore ? Ce n'était pas qu'ils ignoraient l'existence de ces choses, mais elles avaient pris pour eux cet aspect indéfinissable, fragile, quasi mythologique de ce qu'on ne connaît que par ouï-dire. Et maintenant ils redoutaient le moment où ils les verraient de leurs propres yeux. 

Nilssen semblait avoir de tout autres préoccupations. Il vérifia le nombre de cartouches qui lui restaient et rechargea son fusil lors de leur halte, au milieu de la journée.

-      On a eu de la chance jusqu'ici, admit-il. Mais dans la forêt, on tombera forcément sur des sales bestioles - c'est la fin de l'hiver, ils auront la dalle. Alors vous resterez vigilants, hein ?

-      Vous l'avez déjà dit, fit remarquer Endrin.

Il se redressa, l'air un peu vexé, et répliqua :

-      Eh ben, ‘semblerait que je doive le répéter si je veux que ça rentre dans ta caboche. Après l'autre nuit, là...

Il s'interrompit et son regard perçant fouilla le visage d'Endrin. Elle posa son bol par terre en un geste plus brusque que nécessaire.

-      L'autre nuit, il n'y avait rien à craindre. Je vous l'ai dit, c'est vous qui leur avez fait peur, rétorqua-t-elle.

Nilssen laissa échapper un rire incrédule.

-      C'est ça. T'as l'air d'oublier que je suis là pour vous protéger, moi...

-      Qu'est-ce qui s'est passé l'autre nuit ? intervint Andrev.

-      Des Lytts ! lâcha Nilssen d'un air atterré. Et cette idiote-là en plein milieu, prête à leur tomber dans les bras - je te jure...

-      Ah, fit Andrev.

Puis il reprit une gorgée de soupe. Le mercenaire le dévisagea, interloqué.

-      Quoi, ça te fait rien de plus ? 

Andrev garda les yeux baissés. Les flammes de leur feu de camp s'agitaient comme si le vent avait soufflé droit dessus. Il leva la tête ; Endrin avait le visage fermé, les poings serrés autour de l'étoffe de son manteau.

-      Ne vous inquiétez pas des esprits, souffla alors Andrev.

-      Mais comment tu veux que je m'inquiète pas ?

Andrev ne répondit pas. Il cherchait le regard d'Endrin mais ne parvenait pas à le capter. Après quelques instants tendus, enfin, il constata que les flammes cessaient de convulser ; le bois craqua, rassurant. Endrin n'avait pas bougé et Nilssen semblait n'avoir rien remarqué de la tension qui s'était emparée d'Andrev. 

Il dévisageait ses protégés, l'air mécontent devant leur silence. 

 

*

 

Les bordures de la forêt de Verdann étaient parsemées de bouleaux très fins, à peine feuillus, quasiment dépourvus de branches, qui s'élevaient là comme de grandes tiges fragiles. Les vents qui s'échappaient des landes venaient les malmener, parfois avec violence, comme en témoignaient les nombreux troncs échoués sur le sol. Les munnins les enjambèrent sans difficulté, leurs grosses pattes creusant de larges empreintes dans la mousse qui recouvrait la terre et le bois.

L'intérieur de la forêt présentait une végétation plus variée. Endrin reconnut des ifs, des genévriers et différentes espèces de pins qui ne lui étaient pas inconnues. Mais contrairement aux bois du Nord, ceux-ci bruissaient de vie alors qu'ils sortaient à peine de leur sommeil hivernal ; l'odeur de terre était prégnante et de petites pousses se multipliaient joyeusement partout où il y avait de la place. Des oiseaux chantaient. Les forêts qu'Endrin avait parcourues par le passé étaient bien plus silencieuses, immuables sous leur manteau blanc pendant la plus grande partie de l'année. 

Ils avancèrent sans parler. Nilssen avait averti ses protégés qu'il ne pourrait rien chasser s'ils faisaient trop de bruit, aussi les Nordistes se contentaient-ils de regarder autour d'eux. Parfois Andrev mettait rapidement pied à terre pour cueillir un champignon ou une herbe qu'il reconnaissait, et puis ils repartaient. 

Il fallut attendre la fin de la journée pour que le mercenaire parvienne enfin à abattre le lièvre qui leur tiendrait lieu de repas. Affamés et épuisés, ils s'installèrent pour la nuit à proximité d'un ruisseau.

-      ‘Devriez faire un brin de toilette, lança le mercenaire aux Nordistes tout en touillant leur ragoût. Faudrait pas qu'on attrape de la vermine.

-      Ça n'arrivera pas, dit Andrev.

Nilssen leva les yeux pour le dévisager.

-      Comment ça ?

-      ... J'ai fait le nécessaire.

Devant l'air méfiant du mercenaire, le nomade consentit à expliquer :

-      J'ai installé des sorts de confinement autour de nous - rien de trop puissant, mais ça maintient les nuisibles à distance. 

Nilssen fit la grimace et se repencha sur la marmite. 

-      J'en ai ras le cul de tous ces bidules magiques, grogna-t-il en sudique.

Andrev, qui ne maîtrisait toujours pas cette langue, fronça les sourcils sans comprendre et interrogea Endrin du regard, mais elle se contenta de secouer la tête. Elle avait la mine basse. Avant qu'il ait pu s'en inquiéter, le mercenaire lui lança :

-      Va vraiment falloir que tu te mettes au sudique, gamin. Si on peut se foutre de ta gueule sans que tu piges rien, tu vas pas faire long feu là-bas. 

-      J'ai appris un peu pendant l'hiver. Je comprends quand on parle lentement.

-      Bah ça suffit pas, qu'est-ce que tu crois ? Là où vous allez, les gens ont l'accent le plus rapide qui soit. - T'as encore le temps, hein, mais faut attaquer maintenant. 

Nilssen pointa alors Endrin du doigt.

-      Gamine, dit-il en sudique en détachant les mots, toi tu te débrouilles bien, non ?

Elle hocha la tête en réponse.

-      Eh ben tu vas aider ton pote. Y a qu'en le faisant parler qu'il apprendra. Ça veut dire aussi que tu vas devoir faire un effort pour causer un peu plus, ajouta-t-il avec un sourire moqueur. Tu penses le supporter, ça ira ?

Endrin ne sourit pas en retour. Le mercenaire attendit une quelconque réaction, puis fronça les sourcils.

-       À moins que tu saches parler qu'aux esprits ? marmonna-t-il toujours en sudique.

Le visage d'Endrin se crispa et elle se leva brusquement. Le mercenaire eut un mouvement de recul, mais elle se contenta de lâcher :

-       Je vais chercher du bois.

Puis elle s'éloigna d'un pas furieux. Nilssen avait l'air penaud.

-       Qu'est-ce que vous lui avez dit ? demanda aussitôt Andrev.

-       Bah, je l'ai un peu taquinée, mais rien de bien méchant... Qu'est-ce qui lui prend ?

Il se repencha sur le ragoût, sourcilla en voyant que le feu avait pris de l'ampleur. Andrev observa les flammes qui léchaient la marmite.

-       Tout doux, fit le mercenaire en ôtant l'ustensile du feu à l'aide de ses gants. On veut pas qu'il crame, notre lièvre.

Le bois pétilla et quelques étincelles jaillirent. Les flammes flambaient haut. À une hauteur inquiétante, même. Nilssen les considéra, sourcils froncés.

-       Vous ne devriez pas provoquer Endrin.

Le mercenaire se tourna vers Andrev. Puis il regarda à nouveau le feu et se mordit les lèvres.

-       C'est elle qui fait ça ? C'est une shaman ?

-       Non. 

-       Comment ça ? C'est bien les shamans qui font ce genre de trucs, non ?

-       C'est différent pour Endrin.

Nilssen avait le front plissé. Andrev se leva pour essayer de mettre un terme à cette discussion qui glissait dans une mauvaise direction.

-       Écoutez, ne vous posez pas trop de questions sur elle. Gardez vos distances, c'est tout.

-       Non mais gamin, tu te rends compte un peu ? J'suis censé vous protéger, moi ! Tu veux que je fasse comme si de rien n'était, comme si ta copine était normale... ? Hé, reviens ici !

Andrev serrait les poings. Il ne pouvait pas se permettre d'expliquer quoi que ce soit à Nilssen ; une chose en entraînerait une autre et ils n'en auraient jamais fini. Au Nord, tout le monde était habitué aux étrangetés d'Endrin. C'était une chose qui appartenait au quotidien des Nordistes et tous l'avaient accepté, à divers degrés. Personne ne s'embarrassait de questions depuis leur enfance. Mais Nilssen ne pouvait pas comprendre ça.

Et Andrev ne lui faisait pas confiance. Le mercenaire était apparu très soudainement, de son point de vue, et au même moment que tous les bouleversements survenus durant l'hiver. Et puis il venait du Sud. Pouvait-on vraiment se fier à un Sudiste, Azar excepté ? Andrev ne parvenait pas à s'enlever de la tête que quelqu'un, là-bas, appelait Endrin à lui pour des raisons encore nébuleuses. Un messager au moins avait été dépêché à l'auberge ; rien ne disait qu'on n'avait pas pu envoyer un deuxième homme.

-       Hé, gamin...

Andrev fit la sourde oreille et entreprit de mettre de l'ordre dans son paquetage. Il entendit Nilssen étouffer une exclamation.

-       Gamin ! Il se passe quoi, là ?

Le Nordiste se retourna - et se figea. Les secousses qui agitaient les flammes étaient de plus en plus fortes et au cœur du foyer, on distinguait les contours d'une silhouette. Andrev sentit les battements de son cœur s'accélérer. Il fit un pas en avant.

-       Reculez lentement, dit-il au mercenaire de la voix la plus calme possible.

-       Quoi ? bredouilla Nilssen. C'est quoi ce truc ?

-       C'est un Brann. Ne faites pas de geste brusque et tout ira...

Il se tut. La silhouette avait bougé. Une colonne de feu la suivait alors qu'elle venait de s'extirper du foyer. Tout autour, il y avait leurs affaires, de l'herbe jeune, des branches mortes - et la forêt. Andrev prit une grande inspiration et avança encore, se remémorant tout ce qu'il pouvait des leçons de sa mère.

-       Je fais quoi ? lança Nilssen, les narines frémissantes.

L'esprit de feu se trouvait à peine à un mètre de lui.

-       Respirez. Gardez vos yeux sur lui. Essayez de reculer le plus lentement possible.

Il vit Nilssen bouger la tête et déglutit difficilement - le mercenaire regardait son fusil, posé un peu plus loin. 

-       Non, dit Andrev. Ne faites pas ça.

-       Si j'ai pas le choix, gamin, je...

Il étouffa un petit cri. Le Brann avait bougé à nouveau - on le voyait à peine se déplacer. Les flammes gagnèrent le tas de brindilles qu'ils avaient rassemblées pour entretenir leur feu de camp. Nilssen tremblait - l'esprit se tenait face à lui, haut à peu près comme son genou - il grandissait presque à vue d'œil. Sa silhouette se dessinait de plus en plus nettement et on aurait dit qu'il avait le menton levé vers l'humain devant lui, comme par curiosité.

Andrev ferma brièvement les paupières - non, il ne devait pas assimiler l'esprit à un être humain, c'était la première erreur à ne jamais commettre. 

-       Pourquoi il me regarde ?

La panique perçait dans la voix de Nilssen.

-       Je ne sais pas. Ne bougez plus.

Andrev commença à marmonner les formules shamaniques enseignées par Sonja. Ne détourne pas le regard. Articule. Tiens-toi droit. Ne cache pas ta peur, offre-la.

Il se sentait bien moins confiant qu'il essayait d'en avoir l'air. Si l'esprit décidait d'attaquer, il ne pourrait rien faire. Le Brann, en l'entendant chanter à voix basse, se tourna vers lui. Andrev leva lentement la main pour faire signe à Nilssen de reculer.

-       Pas de geste brusque, rappela-t-il entre ses dents.

Le Brann approcha, suivi par sa traîne de flammes. Le tas de brindilles se consumait, menaçant de mettre feu à un buisson tout proche. Andrev accrocha du regard la petite silhouette vaporeuse et, doucement, il s'agenouilla. Du coin de l'œil, il vit que Nilssen reculait.

Le Brann l'observait. Du moins c'était l'impression qu'il donnait. Sa silhouette se modifia, comme s'il se courbait en avant. On aurait juré - on aurait dit qu'il se préparait à bondir...

Un claquement se fit entendre et Andrev tressaillit. Les contours du Brann frémirent, mais il ne bougea pas. Le Nordiste détacha un instant ses yeux de lui et déglutit difficilement.

-       Ne faites pas ça, répéta-t-il.

-       Tu seras bien avancé s'il te saute dessus, grogna Nilssen en épaulant son fusil.

-       Ne tirez pas. Endrin va revenir et...

Le Brann avança encore, coupant Andrev dans sa phrase. Il était si proche que le Nordiste sentit des gouttes de sueur se former sur sa nuque et lui rouler dans le dos. Si proche qu'Andrev distinguait des détails qu'il n'avait encore jamais perçus - à l'intérieur de sa silhouette, il y avait quelque chose qui semblait battre à toute vitesse - et là où aurait pu se trouver la tête, il se formait comme un visage...

Un grésillement se fit entendre quand l'herbe prit feu. 

-       Garçon, recule ! tonna Nilssen.

Déséquilibré, Andrev tomba en arrière. Le Brann se dressait plus haut que lui à présent et des traînées de flammes semblaient monter de partout autour et Nilssen était en train de viser...

Des pas précipités se firent entendre et quelque chose jaillit des bois pour se poster pile dans l'axe qui séparait Nilssen et l'esprit de feu. Endrin écartait les mains, face au mercenaire - Andrev la voyait de dos, mais il entendait son souffle court.

-       Posez ça tout de suite, ordonna-t-elle.

-       Pousse-toi, gamine.

Puis Andrev entendit un choc et une exclamation étouffée. Le fusil de Nilssen était tombé à terre. Endrin se retourna aussitôt et Andrev vit son visage s'éclairer. Elle regardait le Brann et le Brann la regardait - quelque chose se passait, quelque chose qu'aucun shaman n'avait jamais été en mesure d'expliquer.

Endrin fit un pas en arrière, puis un deuxième. Le Brann la suivit, comme hypnotisé, et la traînée de flammes derrière lui s'amenuisa - celles qui atteignaient le buisson et les herbes hautes se retirèrent, comme absorbées en arrière ; elles revenaient vers l'esprit de feu. Les brindilles calcinées fumèrent quelques instants, et puis ce fut tout.

Andrev n'avait pas bougé et il voyait Nilssen aussi pétrifié que lui de l'autre côté. Ils regardèrent en silence Endrin mener le Brann jusqu'au foyer. Elle lui murmura quelque chose qu'ils n'entendirent pas. L'esprit, aussi petit à présent que lorsqu'il avait émergé des flammes, avança jusqu'au feu de camp. Sa silhouette était de nouveau indistincte, remuante comme l'aurait été une flammèche. 

Il se fondit au milieu du bois qui brûlait toujours. Endrin le fixait, à genoux, attentive. Après une minute, elle se releva.

-       Il est parti, annonça-t-elle.

Il fallut ensuite un moment avant que Nilssen arrive à prononcer le moindre mot. Andrev l'avait obligé à s'asseoir près du feu de camp et lui avait mis un bol de ragoût dans les mains, mais il restait sous le choc. 

Au bout de plusieurs minutes, il secoua la tête.

-       Dans quel merdier... commença-t-il.

Les Nordistes le regardaient, tendus. Il soupira.

-       Non mais, d'accord. Très bien. Parfait. J'suppose que personne aurait pu me prévenir avant le départ, hein ? Non, ç'aurait pas été marrant. Fichus Nordistes...

Il avala une bouchée de ragoût d'un geste rageur, puis agita sa cuillère en direction d'Endrin.

-       J'ai bien capté l'idée, je m'en ferai plus pour les esprits tant que tu seras là, gamine. Par contre, moins je les verrai, mieux je me porterai. Alors ne les appelle plus, tu veux bien ? C'est trop dangereux.

Endrin baissa les yeux. 

-       Je ne les appelle pas. Ils viennent tout seuls. Mais c'est fini - ils ne reviendront plus.

-       J'ai déjà entendu ça quelque part, répliqua Nilssen. Ah oui, avant qu'ils reviennentet qu'ils manquent de nous brûler vifs. - Débrouille-toi, mais je veux plus les voir. 

Il finit son ragoût en quelques brusques cuillérées et se leva pour gagner sa tente. Endrin resta immobile, assise les genoux remontés contre son menton, et contempla les flammes. Elle était triste. Mais Andrev sentait qu'elle faisait de son mieux pour le cacher, alors il ne lui demanda rien.

Ils mangèrent en silence, écoutant la nuit s'installer sur la forêt et tous les petits bruits qu'elle apportait avec elle. Un oiseau nocturne hulula quelque part ; Andrev leva la tête. Au-dessus des branchages, le ciel lui apparaissait par fractions, noir. Les aurores ne se manifestaient plus.

 

*

 

Le lendemain, ils continuèrent leur progression dans les bois qui devenaient plus denses et touffus au fur et à mesure qu'ils s'y enfonçaient. Les arbres paraissaient aussi plus grands à Andrev, bien plus en tout cas que ceux dont il avait l'habitude. 

Il jeta un coup d'œil derrière lui. Endrin avait toujours l'air malheureuse. Au cours de la journée, il comprit pourquoi en la voyant passer plusieurs fois la main sur les troncs rugueux que son munnin frôlait. Là-bas, dans leur Nord, tous les grands arbres avaient été gravis par Endrin enfant, voltigeant de branche en branche, ou par Endrin adolescente, poussant silencieusement sur ses jambes, goûtant l'odeur des aiguilles et de la sève qui lui collait aux mains. C'était un des passe-temps favoris des jeunes pendant les Rassemblements. À la voir observer les pins gigantesques de la forêt de Verdann, Andrev devinait les souvenirs que leur vision ravivait - il devinait la douleur et le manque. Et il ne savait pas quoi faire pour les soulager.

Ils avançaient, les munnins enjambant les fourrés et louvoyant entre les arbres. Nilssen balançait de temps à autre des phrases en sudique, mais il se lassa vite - Andrev comprenait assez mal et ne faisait pas beaucoup d'efforts. 

La pluie se déclara en début d'après-midi. Au début, les voyageurs n'y prirent pas garde, rabattant simplement leurs capuchons pour se protéger des gouttes qui se frayaient un chemin à travers les branchages. Puis la lumière déclina. La terre sous leurs pieds tourna à la boue. Le martèlement de la pluie au-dessus de leurs têtes s'intensifia et l'humidité s'infiltra jusqu'à leur peau.

-       On va s'arrêter, lança Nilssen à ses protégés. Faites signe dès que vous apercevez un endroit sec.

-       Ce n'est que de la pluie, fit remarquer Andrev.

Nilssen fronça le nez et farfouilla dans son paquetage à la recherche de son briquet, au moyen duquel il alluma sa lanterne d'un geste décidé. 

-       Ce genre de pluie a une vilaine tendance à se changer en orage, gamin.

Andrev rajusta son capuchon et ils poussèrent leurs montures en avant ; Gulv se rapprocha de Hvit, qui se rapprocha de Svart, et les trois munnins avancèrent bravement à travers la tourmente.

La forêt plongée dans la pénombre donnait à leur progression quelque chose d'onirique. Le chant de la pluie et le grondement des nuages couvraient tous les sons qui les entouraient habituellement ; une odeur de moisissure, de terre et de cette saveur indescriptible qu'amènent les orages montait du sol. Ils fendaient les ténèbres, guidés par la lueur vacillante de la lanterne du mercenaire, le froid les transperçant de part en part.

Près d'une heure plus tard, ils firent halte à l'abri d'un arbre qui leur assurait un bref répit, juste le temps de faire souffler les munnins.

-       Vous tenez le coup, tous les deux ? 

Andrev hocha la tête. Endrin gardait les mâchoires serrées. 

-       Gamine ? interrogea Nilssen d'un ton un peu inquiet.

-       Ça va, marmonna-t-elle.

Le mercenaire fit une grimace, pas convaincu ; mais ils ne pouvaient pas rester là. Le feuillage de l'arbre, encore mince, ne suffisait pas à les garder au sec. Lorsqu'ils se remirent en route, Nilssen retint un peu Svart pour se porter au niveau d'Andrev.

-       Qu'est-ce qu'elle a, ta copine ? lui glissa-t-il. Elle va pas nous faire un genre de crise ?

-       ... Je n'en sais rien. Mais il faut qu'on s'abrite. Elle n'a pas l'air bien.

-       J'ai remarqué, mais on peut pas s'arrêter juste comme ça. Tu vois autre chose que de la boue, par ici ? On finira trempés en moins de deux. Il nous faut un coin au sec. J'ai bien une idée, mais la pluie me fiche en l'air mes repères, je sais pas pour combien de temps on peut encore en avoir.

Andrev secoua la tête.

-       Faites votre possible.

Puis il fit ralentir Hvit pour se rapprocher d'Endrin. En silence, ils suivirent le mercenaire. La pluie ruisselait le long des troncs et sur le sol, s'attachait en perles aux branches encore dénudées par la saison froide. Elle imbibait le plumage des munnins ; de temps à autre, ils secouaient leur grosse tête pour chasser les gouttes qui leur coulaient dans les yeux. Les capuchons des Nordistes, leur paquetage et même le cuir de leur harnachement, tout était gorgé d'eau.

Andrev leva les yeux vers le ciel. Les nuages ne semblaient pas vouloir cesser de s'amonceler en masses grises et mugissantes ; ils pleuraient sans discontinuer. Il raffermit sa prise sur les rênes de Hvit. Le sol montait en une pente douce qui se changea bientôt en véritable butte. Çà et là se déversaient de petits torrents de boue entre lesquels les munnins zigzaguaient. Leurs cavaliers le sentirent quand ils commencèrent à peiner, mais d'abord ils se contentèrent de leur tapoter la tête ou leur serrer les flancs en signe d'encouragement. 

Bientôt, toutefois, ils ne purent plus ignorer la démarche de plus en plus malaisée de leurs montures. La montée s'accentuait et, en conséquence de la pluie, le sol se faisait friable. Andrev vit venir le moment où un munnin ferait le pas de trop et glisserait, projetant paquetage et cavalier pêle-mêle dans la descente qu'ils risqueraient alors de dévaler.

-       Endrin, lança-t-il à voix haute pour couvrir le martèlement de la pluie. Gulv et Hvit n'en peuvent plus, il faut qu'on descende.

Ils parcoururent encore quelques mètres, le temps de trouver un espace où ils pourraient mettre pied à terre sans encombre. Les grands oiseaux haletaient. Immobile quelques pas plus loin, Nilssen les regarda faire en se mordant les lèvres.

-       Ça devenait trop dangereux, lui lança Andrev, sur la défensive. Pour eux comme pour nous.

-       Je sais bien, gamin. Mais il reste encore une trotte d'ici au sommet, si je me trompe pas. Vous allez galérer, à pied avec toute cette boue...

-       Partez en avant. Voyez si vous pouvez trouver un abri. On avancera comme on peut.

Le mercenaire fronça les sourcils.

-       J'devrais pas vous laisser tous seuls. 

-       Ça ira, allez-y. Trouvez-nous un endroit où on sera au sec. 

Nilssen n'argumenta pas plus longtemps et Andrev se dit que l'épisode de la veille devait y être pour quelque chose. Après d'ultimes recommandations - suivez la trace de Svart, allumez vos lanternes, sonnez le cor en cas d'urgence- il s'engagea à nouveau dans la montée. Son munnin progressait avec prudence et efficacité, visiblement habitué à de telles conditions de voyage. 

Les Nordistes se remirent en route, menant leurs munnins par la longe. La piste tracée par Svart n'était pas difficile à repérer, mais ils ne devaient pas se laisser distancer plus que de raison, ou alors la pluie balayerait les larges empreintes de pas. 

Quand la silhouette de Nilssen eut disparu au loin dans la pente, Andrev se retourna pour faire face à Endrin, qui marchait toujours derrière lui et toujours en silence.

-       Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il.

Il vit son visage se crisper brièvement, comme traversé par quelque chose - peine, mécontentement, douleur ? Il voyait ce qui se passait. Il voyait Endrin se recroqueviller lentement, au fil des jours, autour d'un nœud de souffrance. Et il ne pouvait plus faire comme si de rien n'était.

Les arbres du Nord, la forêt du Nord, les esprits, l'auberge et Azar et tous les autres... Chaque pas qui l'en éloignait, chaque mètre parcouru creusait dans la poitrine d'Endrin un trou noir qui menaçait de tout aspirer. Andrev le percevait nettement derrière ses silences.

-       Tu ne dis plus rien depuis des heures. 

Elle baissa les yeux puis les détourna, se cachant derrière sa capuche. Elle n'avait jamais été très loquace, mais c'était la première fois qu'elle se fermait à ce point. Andrev lui-même était le premier à ne pas aimer partager ses pensées avec tout le monde ; en l'occurrence, toutefois, il avait l'impression qu'il n'y aurait qu'en la faisant parler qu'il arriverait quelque part.

-       Je sais qu'ils te manquent, dit-il lentement.

Les épaules d'Endrin s'affaissèrent légèrement et elle lâcha la longe de Gulv. Le munnin émit un petit bruit de gorge inquiet. Autour le monde coulait, coulait sans fin, comme tout entier pris dans le lit d'une rivière.

-       Je sais que c'est dur mais... ça va aller, ajouta doucement Andrev.

-      Tu as déjà dit ça, répliqua Endrin en s'animant soudain. Tu as dit que ça passerait, que ça s'atténuerait. Mais ça ne passe pas du tout !

Elle le fixait, poings serrés, tremblante sous la lumière grise que déversaient les nuages.

-      C'est normal, Endrin. Ça peut prendre du temps...

-      Ils me manquent, articula-t-elle d'une voix étranglée. 

Les nuages grondèrent comme pour ponctuer sa phrase. 

-      Je sais. Ils me manquent aussi.

-      Mais toi, tu aurais pu rester. Et tu peux toujours repartir, souffla-t-elle amèrement.

-      Toi aussi.

Elle le considéra, lèvres closes, et il vit les couleurs tourbillonner dans son œil. 

-      Non, d'accord, admit-il à mi-voix. Tu ne peux pas.

Il aurait voulu connaître un sort qui lui aurait permis d'aspirer toute la tristesse d'Endrin - ça n'aurait pas changé grand-chose pour lui. 

-      Je suis désolé, articula-t-il. Mais je... Tu n'es pas toute seule. Je reste là.

Endrin ouvrit la bouche comme pour répliquer, mais la referma aussitôt. Elle secoua la tête, reprenant le masque derrière lequel elle cachait sa peine.

-      Il faut avancer, marmonna-t-elle.

Andrev hésita. Mais elle avait raison : la pluie ne cessait pas et un nouveau grondement venait de retentir. L'orage se rapprochait. Ils reprirent l'ascension, un peu plus aisée maintenant que les munnins avaient pu souffler. 

La pente restait obstinément raide et la boue semblait vouloir leur aspirer les pieds. Endrin suivait Andrev mécaniquement, sans chercher à repérer elle-même la piste laissée par le mercenaire. Quelque chose d'insidieux était en train de naître dans sa poitrine.

Le ciel s'assombrissait ; leurs lanternes grinçaient, avec leurs pauvres flammes oscillantes captives dans leur prison de verre. Ils progressaient à l'horizontale dans la pente, louvoyant entre les arbres. 

Ce qu'Endrin éprouvait à cet instant était un sentiment très ancien, quelque chose qui tenait du cauchemar enfantin - quand le monstre apparaissait dans ses rêves et qu'elle sentait sa présence avant de le voir - et aussi de la peur ancestrale qu'avaient pu ressentir les premiers Hommes face à tout ce qu'il y avait d'hostile dans le monde. Un sentiment dont elle pressentait qu'il serait dangereux de le mettre en mots, car cela ne ferait qu'accroître sa puissance. 

Ils me manquent, avait-elle dit. Des échos lui tournaient dans la tête. Ils me manquent.

-      Du nerf, tous les deux !

Elle sursauta. Elle n'avait pas vu Nilssen revenir ; il était là, une dizaine de pas en surplomb. Son paquetage avait disparu, laissant son grand munnin plus libre de ses mouvements.

-      Vous avez trouvé un abri ? lança Andrev avec espoir.

-      Ouais, là-haut - c'est plus très loin maintenant. Filez-moi votre barda, vous avancerez plus vite.

Ils chargèrent sur le dos de Svart la plus grande partie du paquetage des Nordistes, puis Nilssen fit demi-tour vers le sommet, non sans leur avoir adressé de nouveaux encouragements et des indications pour parvenir à bon port.

Endrin ne les entendit pas. Le monde était flou. Ils me manquent. Son cœur battait trop fort et sa respiration s'emmêlait - la pente était trop longue, trop ardue - ils me manquent

Quand enfin ils parvinrent au sommet, ce fut pour se trouver dans une vaste clairière où hululait le vent. À l'autre bout, ils apercevaient un affleurement rocheux avec, à sa base, une cavité où se devinait la lueur dansante d'un feu de camp. 

Andrev soupira de soulagement.

-      Une grotte. On y est, Endrin. 

Elle ne l'entendit pas. Son capuchon était tombé et la pluie lui roulait dans les yeux. Andrev s'engagea dans la clairière, sans tout de suite se rendre compte qu'Endrin ne le suivait plus. Quelque chose avait changé, quelque chose bougeait - ils me manquent- un sentiment glacial l'avait saisie de l'intérieur.

Quelques pas plus loin, Andrev se retourna.

-      Qu'est-ce que...

Sa voix mourut dans sa gorge. Endrin tremblait sous la pluie, les yeux écarquillés. Andrev voulut se rapprocher, mais ce fut elle qui avança, comme une somnambule. Alors, au-dessus de la clairière, le monde se déchira.

Soudain l'obscurité n'était plus immobile. Soudain on aurait dit que la forêt tremblait. Les nuages qui bardaient le ciel n'avaient plus le même visage et la terre sous les pieds d'Endrin vacillait. Et ils l'entendirent : un grondement, sifflement, bourdonnement avait envahi les bois, sans qu'ils puissent en déterminer l'origine.

Les munnins battirent des ailes, pris de panique, et Endrin tenta péniblement de mettre encore un pied devant l'autre. Ses jambes tremblaient et son souffle était court. 

-      Ne bouge pas, voulut dire Andrev - mais sa gorge se noua.

Il y avait dans l'atmosphère quelque chose qui leur hérissait l'échine. Le nomade jetait des regards nerveux dans toutes les directions, comme une bête traquée, se tenant instinctivement tout près d'Endrin. 

L'air s'était empli d'yeux inquisiteurs qui les observaient de loin ; autour d'eux rôdaient des prédateurs invisibles dont le bruit des pas ne leur parvenait que fugitivement. Les Nordistes faisaient volte-face, l'un après l'autre, suivant les murmures et les frémissements de l'air pour débusquer les choses qui se cachaient - mais en vain, en vain.

Ils ne voyaient rien. L'obscurité s'était faite plus impénétrable et sa couleur se modifiait - de grise, l'obscurité devenait rouge et des éclairs de lumière traversaient les nuages. Endrin braqua ses yeux vers le ciel et l'évidence la frappa de plein fouet - ses genoux se dérobèrent sous son poids.

Le ciel n'était plus vide ; il y avait quelque chose derrière les nuages, quelque chose qui déversait sur la terre un torrent écarlate, qui emplissait l'air d'un vacarme inaudible, de présences insaisissables. Et Endrin avait compris : c'était eux

Et déjà ils s'éloignaient !

Les États Suspendus volaient au-dessus du monde à toute vitesse et ne s'arrêtaient jamais, jamais, indifférents à ce qui se passait dans leur sillage. Endrin ne distinguait rien là-haut - des volutes de fumée, peut-être les contours de quelque chose derrière les nuages - des terres, des tours, toujours plus de nuages - mais ce qu'il y avait à l'intérieur refusait de se laisser voir. 

Les jambes d'Endrin s'agitèrent toutes seules et elle se mit à courir - et ce n'était pas simplement ellequi courait, c'était surtout quelque chose en elle - quelque chose qui hurlait, désespérément, quelque chose qui refusait d'être laissé derrière. Ils me manquent, ils me manquent. Elle ne voyait pas où elle allait, ses yeux étaient aveugles, capturés par des images depuis longtemps disparues - des cris, des flammes - elle ne voyait rien - soudain le sol sous ses pieds s'affaissa et elle se sentit chuter.

-      Endrin !

Ils s'éloignaient... Endrin s'agita, tenta de se relever, mais Andrev la tenait par les épaules, Andrev ne la laissait pas courir à leur poursuite - elle l'aurait fait pourtant, elle aurait pu courir jusqu'au bout du pays, sans s'arrêter, jamais s'arrêter...

-      Endrin, tu m'entends ? Endrin !

Ils s'éloignaient - la grisaille reprenait sa place - ils disparaissaient. Endrin cessa de se débattre et sa conscience rebascula du bon côté. 

-      Endrin...

Ils étaient partis, et elle ne pouvait rien faire pour les retenir. Ils étaient partis - ils avaient fui pour toujours. Elle resta là, à terre, tandis que la sensation glacée de la boue qui imprégnait ses vêtements s'imposait lentement.

-       Parle-moi, s'il te plaît, souffla Andrev en essayant de la relever. 

Mais elle en était incapable. Elle n'entendait qu'à peine ce qu'il lui disait. Il la hissa sur ses pieds qui ne soutenaient plus son poids. Nilssen était là aussi, accouru elle ne savait quand, et il criait, l'inquiétude perçait dans sa voix, il désignait le ciel et ce qui s'éloignait dans le ciel et Andrev adressait à Endrin un regard plein d'horreur, puis Endrin ne vit plus rien. 

 

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Codan
Posté le 04/07/2021
Ce chapitre est hyper intéressant. La dangerosité du Brann et le fait qu'Endrin puisse lui parler avec autant d'aisance accroche l'attention et fait qu'on veut davantage creuser à son propos, on veut savoir.
Andrev est vraiment un pilier, je trouve. Son regard sur elle, la façon dont il la comprend sans qu'elle n'ait à dire quelque chose, sa bienveillance silencieuse et son effacement... Je trouve ça super beau.
Et encore une note pour le Sud, qui dans les mots et l'attitude de leur guide, ne donne pas envie de découvrir... J'aime comment tu distilles des éléments pour bien différencier Nord et Sud, la magie et le monde moderne, l'acceptation, l'entraide, et la moquerie... On dresse déjà un tableau de cet endroit sans y être arrivé. C'est vraiment bien fait !
Louison-
Posté le 18/04/2021
Coucou !
Encore une fois, un bon chapitre ! C'est chouette quand on entre un peu plus dans la "psychologie" des personnages. Enfin bien sûr, là Endrin reste trèèèèès secrète, mais on sent qu'émotionnellement, quelque chose se passe en elle. Et je trouve bien aussi que ce soit comme en entonnoir, ce chapitre. Dans le sens : d'abord on la sent juste un peu nostalgique, puis la fin du chapitre annonce une couleur différente. Donc bon point pour l'évolution de ses "états d'âme" si je puis dire haha :)
Ensuite belle description de leur petit périple, et l'événement avec l'esprit Brann était aussi joliment trouvé, je trouve. Enfin je trouve que c'est assez poétique en fait, cette petite flamme qui sort du feu, ressemble à un humain, puis retourne dans son petit brasier (petite flamme, lol, petite flamme susceptible de brûler toute la forêt hahaha). Je trouve l'image très belle ^^
Donc en somme, en lisant là je n'y trouvais pas tant à y redire, mais je t'avoue qu'en lisant un peu en diagonale quelques commentaires dans ce chapitre, j'ai commencé à me poser des questions sur le personnage d'Endrin haha. Il me semble que c'était l'un des points qui ressortait des diverses opinions? Et donc, ça m'a fait poser la question : qu'est-ce qui rend un personnage attachant? la fameuse question que tout écrivain se pose haha, mais je crois que j'aimerais bien entendre ta réponse avant de te donner mon avis sur le personnage d'Endrin. Et aussi, comment tu as construit son personnage? Je sais que y'en a qui sont adeptes des fiches personnages, d'autres pas du tout, et je me posais la question comment toi tu travaillais :)
Donc voilà, je te parle des personnages parce que c'est peut-être seulement là que je vois un axe d'amélioration. Pour le reste, c'est toujours un énorme plaisir de te lire ! <3
EryBlack
Posté le 18/04/2021
Coucou Louison !
Intéressant, l'image de l'entonnoir, c'est un peu ça ^^ J'admire les œuvres qui font monter la tension, même si je trouve ça très difficile. Cet entonnoir, c'est une tentative, haha !
Alors oui, comme je te l'avais dit, cette deuxième partie a beaucoup de défauts et ils se cristallisent notamment autour d'Endrin et Andrev. Pour la première, beaucoup ont du mal à la suivre et à lui rester attaché ; pour le second, c'est mou (en très très résumé xD). Tu poses de bonnes questions. Mes personnages se sont construits au fur et à mesure de l'écriture. Je n'avais pas envie de faire de fiche, j'avais l'impression que ça m'enfermerait. Du coup, je n'ai pas vraiment caractérisé leur personnalité. Je les fais agir et je vois si c'est cohérent, s'il y a une progression aussi.
Quant à savoir ce qui rend un personnage attachant, alors là... J'aime toutes sortes de personnages, donc j'aurais du mal à mettre le doigt dessus. Je pense que la cohérence est essentielle. Les persos que j'aime le plus sont ceux où je retrouve des bouts de moi-même, parce qu'ils me font comprendre ou envisager des choses intéressantes. Ainsi, je mets toujours un peu de moi dans mes personnages, même si ce n'est que quelques petits détails. (C'est assez égocentrique comme procédé, mais j'ai décidé de l'assumer parce que je ne vois pas trop comment faire autrement.)
J'ai beaucoup retravaillé sur les personnages dans la réécriture (donc pas la version que tu es en train de lire... :/). Je n'ai pas encore assez de recul pour savoir si c'est mieux ou pas, du coup n'hésite pas à me faire partager tes idées si tu vois des choses à améliorer, ça peut beaucoup m'aider !
Louison-
Posté le 19/04/2021
Merci pour ta réponse ! :) Concernant les personnages, alors je comprends le ressenti de certains, quand ils disent qu'ils ne la suivent plus et qu'Andrev est mou. J'aimais bien Endrin dans la première partie, Andrev aussi, mais c'est vrai que dans les deux chapitres de la partie II, Endrin devient assez insondable et Andrev m'irrite un poil à toujours être au chevet d'Endrin, mais ça c'est encore un autre question de soulevée et, dans le fond, irriter un mot un peu fort.
Pour ta réponse à qu'est-ce qui rend un personnage attachant, je me dis qu'en fait, je crois que j'aurais plutôt dû poser la question autrement, à savoir qu'est-ce qui fait qu'un personnages est réussi? Même si les deux réponses se recoupent, ce n'est pas exactement la même manière d'appréhender la question du personnage. Parce que, comme tu dis, finalement l'attachement à un personnage est assez subjectif et tout dépend de comment on entre en résonance avec lui. (Et non, ça n'a rien d'égocentrique comme procédé de mettre dans nos persos des parts de nous-même ! Je pense que tout le monde le fait, même inconsciemment. Pour ma part, j'ai beau essayer de varier un max mes personnages entre différentes histoires, j'ai remarqué une énoooorme constante qui à chaque fois les lie. Pourtant c'est pas les même intrigues, pas les mêmes interactions entre personnages, pas les mêmes évolutions, pas les mêmes enjeux, mais à chaque fois ça revient. Et j'ai beau essayer de m'en détacher, j'y arrive pas x)) Tout ça pour dire que : merci pour ta réponse sur la question de l'attachement au personnage, j'ose te poser cette autre question alors? Qu'est-ce qui fait qu'un personnages est réussi ? (Un personnage est réussi quand il est attachant ! Ouais ! Superbe le cercle vicieux ! haha :')) Je pense que c'est en cernant mieux ce problème qu'on arrivera à débloquer tes soucis sur les persos d'Endrin et Andrev (soucis que tu as peut-être résolus avec ta réécriture, ceci dit)
Pour la question des fiches personnages: je vais y rebondir aussi, mais avant, aaaaautre requête qui va te sembler bizarre mais :
- est-ce que je peux te demander de me citer un des personnages qui t'a le plus marqué dans toutes les histoires que tu as lues? Et de m'en faire un bref descriptif? (que j'ai la référence ou pas importe peu).
En fait, en te demandant ça, j'aimerais vérifier 1) ma propre théorie sur "comment faire un bon personnage" (parce que des théories, bon, avouons-le, il en existe 67584392058392 et toutes se valent (encore que) et la mienne ne doit pas être considérée comme LA théorie et elle ne l'est certainement pas et enfin bref, j'ai pas envie de me poser comme celle-qui-sait-tout-mieux-que-tout-le-monde mais c'est juste qu'à l'échelle de ma petite expérience, j'ai remarqué que certains trucs marchent et que d'autres pas. Et 2) En pédagogie je privilégie la méthode ouverte haha, toi qui es prof tu comprendras peut-être? (Ok là on a vraiment l'impression que je suis le maître et toi l'élève, mais s'il te plaît crois pas ça, c'est pas comme ça que je vois la chose. C'est dans la seule optique du partage et c'est juste qu'en réfléchissant plus en profondeur sur les personnages d'Endrin et d'Andrev ainsi que sur leur relation, j'aurais quelques suggestions à te faire mais là encore, tout n'est pas bon à prendre, je suis pas l'écrivaine-du-siècle et tu restes l'auteure de ton texte, qui sait mieux ce qu'elle veut en faire <3)

Voilà, j'espère que mon commentaire ne te paraîtra pas prétentieux de ma part, mais c'est juste que cette histoire de personnage... c'est complexe dans le fond, et oui comme je l'ai déjà dit, parce que j'ai bien quelques romans qui prennent la poussière dans mon ordinateur, j'ai appris de mes erreurs et avec un peu de chance, j'ai acquis quelques bons mécanismes pour créer un bon personnage (du moins je l'espère du fond du coeur mais bon... dans le fond je ne sais pas?)

Des bisous !
Envoleelo
Posté le 30/12/2019
J'ai terminé ce chapitre hier soir, mais je n'ai pas pris le temps de laisser ma trace ici (je crois que si je m'étais écoutée, j'aurais continué !). C'est un chapitre beaucoup plus sombre mais ô combien riche dans ce qu'il apporte à l'histoire : un véritable enjeu. La première partie n'en manquait pas, mais là, on comprend vraiment à quel point Endrin peut être différente et mystérieuse et tout ce que cela peut impliquer pour la suite.

Je rebondis sur un élément que j'ai lu dans les autres commentaires : le fait qu'Endrin est justement tellement mystérieuse qu'on ne s'attache pas à elle. Je ne sais pas si je suis attachée à elle à ce stade de l'histoire, mais il est clair que le regard d'Andrev aide énormément à la rendre intéressante, justement parce qu'il a cette tendresse très touchante pour elle. Je me faisais une remarque : si tu souhaites la rendre plus attachante dès le début, tu peux peut-être te servir de souvenirs. Je veux dire, le lecteur peut accepter sans peine que les années passent et la rendent de plus en plus silencieuse et mystérieuse (après tout, son instinct doit lui dicter que sa vie va changer, et puis la nécessité de choisir un chemin se fait de plus en plus pressante - en plus, elle est mal à l'aise à cause des aveux d'Andrev). Donc ce n'est pas un problème si dans le présent de ton roman, elle est comme elle est. Mais le lecteur pourra sans doute s'attacher davantage à elle si tu nous laissais entrevoir des souvenirs, des moments d'insouciance lorsqu'elle était plus jeune. Il ne faut pas qu'on puisse se dire qu'Andrev l'aime sans raison particulière. Je pense que tu gagnerais à laisser entrevoir ce passé qu'ils ont en commun. J'en suis vraiment à chipoter parce que très franchement, cette histoire est d'une excellente qualité. Mais bon, le diable est dans les détails à ce qu'il paraît ! ^^

Je suis très impatiente de lire la suite !
EryBlack
Posté le 16/12/2020
Re ! Alors c'est vraiment drôle. Comme je t'ai dit, j'avais bien lu tous tes commentaires mais sans prendre le temps d'y répondre ; et plus tard au cours de cette année 2020, je me suis lancée dans une réécriture sérieuse de ce roman. Sur le moment je savais ce que je voulais, donc je n'ai pas été relire les commentaires sur PA. Mais ce qui est marrant, c'est que j'ai appliqué le conseil que tu me donnais : évoquer le passé commun d'Endrin et Andrev pour renforcer leur relation et dévoiler un peu plus Endrin. C'est par petites touches (je ne raconte pas vraiment de longs souvenirs) mais je suis contente du résultat. Donc merci beaucoup ! C'était un super conseil :D (je l'avais peut-être enregistré inconsciemment ??)
Isapass
Posté le 19/06/2018
Ce chapitre est indéniablement plus lourd. Je ne parle pas du style, hein ! Ton style est toujours aussi délicat et percutant. Je parle de l'ambiance : on sent la tension qui monte et les difficultés qui s'enchainent, comme pour leur faire regretter définitivement de leur faire quitter le Nord.
Pour répondre à une question dans ta réponse à mon commentaire précédent : Nilssen EST intéressant. Tu lui as donné suffisamment de personnalité pour que ce soit le cas, et il ne donne pas du tout l'impression de n'être qu'accessoire. Je ne le trouvais déjà pas qu'accessoire dans le chapitre précédent, mais encore moins dans celui-là. Il a un côté "mercenaire" et individualiste, mais parfois de l'empathie pour ses deux "protégés", et ça donne envie de lui accorder du crédit. L'impression que j'ai, c'est qu'il peut être à la fois un garde-fou (il leur trouve l'abri, il harcèle Andrev pour le sudique, il planifie l'initinéraire...) et l'étincelle qui peut mettre le feu aux poudres. C'est particulièrement vrai pour la scène avec le branns. La peur peut lui faire faire une grosse bêtise, et je n'ai pas pu m'empêcher de me demander ce qui se serait passé si Endrin n'était pas intervenue.
D'ailleurs cette scène permet de mesurer enfin l'étendue de ses étranges "pouvoirs". Finalement, depuis le début, on ne sait que par ouï-dire qu'elle n'est "pas comme les autres", mais c'est la première fois qu'on le voit. Elle est remarquablement menée, cette scène. La tension monte progressivement, bien qu'assez rapidement, et on sent bien qu'il peut y avoir un gros clash, mais sa résolution semble naturelle. Pas du tout tirée par les cheveux.
Ensuite, tout le cheminement dans la forêt et également super bien écrit. On se représente très bien la pluie et l'humidité qui envahissent tout. On sent la morosité qui les prend, et qui se transforme en déprime pour Endrin et en inquiétude pour les autres. Moi qui ai une tendance à l'empathie, j'ai déprimé avec eux ! 
Toute la fin, la course pour trouver un abri, l'apparition des états suspendus et la "transe" d'Endrin, c'est très marquant. Avec "Ils me manquent" dont on ne sait plus à qui ça s'adresse... trop fort !
Bref, encore un chapitre que j'ai dévoré !
Maintenant, je voudrais te faire part de deux remarques que je me suis faite, d'ordre plus général.
La première c'est que je trouve que tu manies admirablement les détails. Que ce soit dans les descriptions de paysages, de décors, ou dans les postures, les petits gestes ou encore dans les introspections. J'admire parce que de mon côté, je ne suis ni observatrice ni minutieuse dans ma personnalité, et j'ai tendance à voir les choses dans leur ensemble. Du coup quand j'écris, je ne m'attarde pas sur les détails. Or, je constate en te lisant que c'est grâce à eux qu'on parvient à immerger son lecteur dans une atmosphère ou un univers, à provoquer l'empathie pour un personnage. A faire ce fameux Show don't tell. Donc, bravo pour ça !
La seconde remarque sera peut-être moins sympa à lire, j'espère que tu ne m'en voudras pas. Ca ne m'avait pas marquée jusque là, mais je me suis rendue compte dans ce chapitre qu'on ne savait rien de la personnalité d'Endrin. Je sais que ça tient au fait qu'elle est très secrète, mais en ce qui me concerne, je pense que ça limite mon empathie pour elle. Andrev aussi est secret, mais lui, on le devine plus, et surtout on connait ses motivations. Evidemment, je comprends bien que tu ne peux pas révéler les motivations d'Endrin. Pas sûre qu'elle les connaissent elle-même d'ailleurs. Mais du coup, le fait qu'on n'ait pu découvrir jusqu'ici ni ses motivations, ni sa personnalité, ça la tient un peu à distance. 
Par exemple pendant la scène de la fin, j'avais plus d'empathie pour Andrev qui s'inquiétait pour elle, que pour Endrin qui pourtant avait l'air déchirée et très remuée.
Cette remarque est une simple constatation : c'est peut-être un parti pris de ta part. D'ailleurs, tu vois, ça ne m'empêche pas de dévorer ton histoire et d'avoir très envie de connaître la suite ! Mais je me rends compte que j'ai envie d'aller plus loin surtout pour comprendre comment est ce fameux Sud, et l'université, les états suspendus, et pour suivre Andrev. En ce qui concerne Endrin, je suis curieuse de voir ce qui va lui arriver, mais je n'ai pas envie de "ne pas la quitter". Je ne sais pas si je suis claire...
Il suffirait peut-être de lâcher un peu de lest dans la première partie sur ses goûts, ce qui l'émeut, ce qu'elle s'était fixé comme but dans la vie avant de ressentir cet "appel" du Sud... Un peu d'introspection qui ne spoilerait pas mais permettrait de la comprendre un petit peu plus, sans enlever son côté mystérieux. Oui bon, facile à dire...
Encore une fois, ça ne m'empêche pas d'être toujours absolument fan de ton histoire ! Je soulevais ça parce que je ne sais pas ce que tu veux que le lecteur éprouve pour Endrin. Et bien sûr, ce n'est que mon avis.
Pas de problème pour en rediscuter si tu le souhaites.
A+ pour le prochain chapitre
EryBlack
Posté le 19/06/2018
Coucou Isa ! Désolée, j'ai beaucoup tardé à répondre à tes derniers commentaires, mais c'est pour la bonne cause, j'avais abandonné mon ordi pour aller en vacances ^^ Je vais tâcher de vite rattraper tout ça ! 
Un énorme merci pour toutes ces impressions que tu partages avec moi. Ce sont des commentaires très détaillés et ça me fait vraiment plaisir de les recevoir, d'autant plus qu'ils doivent te prendre un certain temps ! J'apprécie vraiment beaucoup et je suis très heureuse que tu sois entraînée dans cette histoire !
Tes impressions sur Nilssen m'ont rappelé une petite anecdote. En général quand je donne un prénom à un personnage, il a un minimum de signification, soit dans le sens soit pour la sonorité ; pour Gil Nilssen, je n'ai pas beaucoup réfléchi, c'est venu tout seul, pareil pour Andrev d'ailleurs. Et par la suite, j'ai quand même été vérifier la signification de leurs prénoms (enfin, des prénoms Gilles et André, puisque les leurs en sont tirés) : eh bien, Gilles pourrait signifier "bouclier" et André "courage" xD Comm quoi, cette idée de garde-fou que tu évoques (et c'est bien vu !) était déjà présente dans son prénom sans que j'en sois consciente. C'est merveilleux parfois l'écriture :p
Je suis très contente de ton ressenti sur la scène avec le Brann. Elle est toute récente : c'est Lou, suite à sa BL du tome 1, qui m'a fait remarquer que plutôt que de répéter qu'Endrin était spéciale et avait une relation particulière avec les esprits, je pouvais l'illustrer dans une vraie scène. J'ai trouvé que c'était parfaitement juste et je suis donc ravie que la scène fonctionne en ce sens.
Merci beaucoup pour ce développement sur les détails ! C'est très intéressant, ça me rappelle une remarque de mon père suite à sa lecture des premiers chapitres. Il trouve que je décris beaucoup, qu'il y a un luxe de détails, peut-être presque trop ; je lui ai dit que c'était drôle, parce que souvent les gens qui me lisent disent qu'ils apprécient ça justement, cette immersion dans une ambiance. Nous avons donc conclu que c'était une chose à laquelle mon père n'était pas très habitué, n'étant pas du tout lecteur des genres de l'imaginaire. Bref, moi je les aime beaucoup tous ces détails et je suis heureuseque ça passe bien pour toi aussi :) D'autant plus si ça te fait réfléchir sur ta propre façon d'écrire ! Je pense qu'on peut écrire sans tous ces détails, mais en tant qu'autrice comme en tant que lectrice, j'ai tout de même un faible pour eux ^^
Merci aussi pour ta remarque sur Endrin, très intéressante elle aussi. D'une certaine façon, c'est un parti pris de ma part, en effet ; j'ai commencé cette histoire en me disant "je ne connais pas mon héroïne, elle est un mystère pour moi, je vais apprendre à la connaître au fur et à mesure". C'est ce qui a provoqué la création du personnage d'Andrev : il fallait qu'on puisse voir Endrin à travers les yeux de quelqu'un qui l'aime. Je ne suis pas parfaitement sûre de moi sur ce point, évidemment, parce que l'attachement au personnage principal fait quand même partie des "impératifs" (?) d'une bonne histoire, ou en tout cas moi c'est ce que je cherche en lisant. Mais je cherche aussi des personnages et des narrations atypiques. Je crois que j'avais envie de tenter une expérience, de faire en sorte qu'on ne s'attache pas à elle immédiatement parce qu'on ne la connaît pas assez ; qu'on ne soit pas "en elle", mais plutôt qu'on chemine à ses côtés en l'observant du coin de l'oeil, plus parce que l'histoire nous emporte que parce qu'elle nous attendrit. Et j'espère aussi que, au fur et à mesure, un attachement se dessinera presque inconsciemment. Mais alors je ne suis pas du tout certaine que ça marchera xD
Quoi qu'il en soit, à ce stade, je suis plutôt content de la façon dont tu la perçois. Si on est attaché à Andrev plutôt qu'à elle, c'est une bonne chose, je pense. Il a cette place un peu bizarre de side-kick amoureux qui frise le personnage principal... je le comprends bien mieux qu'elle ! Merci d'avoir à ce point développé ton avis, c'est une remarque très importante. Viendra peut-être un jour où je devrai me résigner à révéler un peu plus Endrin dès le début, ça ne serait pas dramatique ; tout est encore en réflexion !
Merci encore et à très vite pour les commentaires suivants :) 
Carvage
Posté le 20/11/2017
Ils étaient attachants. Et lui, il était attaché, maintenant. C'était lui qui était censé les guider, mais c'étaient
Hormis ce passage avec un peu trop de verbe être, je trouve ce chapitre tres bien écris.
 
EryBlack
Posté le 16/12/2020
Pas faux ! Merci !
EryBlack
Posté le 16/12/2020
Pas faux ! Merci !
Fannie
Posté le 13/09/2017
Chapitre 10
<br />
Coucou Ery,
Heureusement que Nilssen parle, même si ses tentatives d’engager un dialogue ont un succès limité ; il est quasiment le seul à animer ce chapitre.<br /> À sa place, je ne saurais pas trop comment interpréter le silence d’Endrin ; je me demanderais si elle fait la tête ou si elle est triste. C’est le genre de question qu’on se pose face à un être humain ordinaire.<br /> Je comprends son agacement. Il se trouve un peu comme un parent confronté au mutisme que lui opposent des ados.
Quant à l’attitude d’Andrev face aux questions que Nilssen pose à Endrin, c’est peut-être une attitude protectrice, mais j’ai aussi l’impression qu’il a peur de la réaction qu’Endrin pourrait avoir s’il insistait trop. J’ai le sentiment aussi que le mutisme d’Endrin le dérange et qu’il est (ou se sent) obligé de l’accepter (probablement de crainte d’être rejeté) ; alors Nilssen n’a qu’à l’accepter lui aussi et arrêter avec ses questions. Après tout, pourquoi se permettrait-il de demander à Endrin ce qu’Andrev n’ose pas lui demander lui-même (et qu’il brûle probablement de savoir) ? Non, mais !
Apparemment, l’entourage d’Endrin l’a toujours acceptée telle qu’elle est, mais c’est peu vraisemblable qu’ils ne la considèrent pas comme un peu spéciale. D’ailleurs, la conscience de cette différence transparaît quand Sonja lui parle près du feu. Ce qui m’amène à dire qu’Endrin elle-même ne peut pas ne pas se rendre compte qu’elle est différente. Ne serait-ce qu’à travers sa relation aux esprits : c’est tellement flagrant qu’elle est exceptionnelle. Elle se pose vraisemblablement des questions à ce sujet et comme elle n’a pas les réponses, elle adopte souvent une attitude de fuite et elle se réfugie dans son silence.<br /> Nilssen fait à Andrev la remarque pertinente que les Nordiques ne se demandent surtout pas d’où sort Endrin ni pourquoi elle est différente. Est-ce un tabou ? (D’ailleurs y a-t-il un tabou qui entoure les esprits ?) Ou peut-être que chacun croit être le seul à ne pas comprendre et chacun se sentirait bête de demander…
J’ai aussi remarqué la phrase : « Au fond de la grotte, le clapotement de la pluie s'assourdissait, se faisant presque tendre. » (Non, je ne copie pas Eilish.) C’est beau.
Coquilles et remarques :
Il se passa une minute avant qu'il n'échangent un rapide regard [qu’ils]
Des Lytts ! balança Nilssen d'un air atterré [cette acception du verbe « balancer » n’est mentionnée dans aucun des dictionnaires que j’ai consultés ; dans ce sens, je pense que c’est un équivalent familier ou populaire de « lancer ». Je propose s’écria, s’exclama]
Les Belt n'étaient pas encore à l'auberge quand ils se sont faits attaquer [quand ils se sont fait attaquer ; « fait » est invariable quand il est suivi d’un infinitif. Grevisse dit : « Le participe fait suivi directement d’un infinitif est toujours invariable, parce qu’il fait corps avec l’infinitif et constitue avec lui une périphrase factitive. »
et tous les petits bruits qu'elle apportait avec elle [« apporter avec soi » est considéré comme un pléonasme]
comme elle l'était depuis hier soir [dans ce contexte, « la veille au soir » serait préférable à « hier soir »]
Le bruit de la pluie et du grondement des nuages couvrait tous ceux qui les entouraient habituellement [Cette formulation me paraît bizarre : elle sous-entend « le bruit du grondement » ; j’attendrais et j’écrirais « Le bruit de la pluie et le grondement des nuages couvraient ». D’ailleurs, le « grondement des nuages » est une belle image.]
Nilssen, lui resta à l'entrée avec Svart [il faudrait mettre « lui » entre deux virgules ; c’est probablement ce que tu ferais si tu remplaçais « lui » par « quant à lui »]
et que quelques instant plus tard [instants]
Les flammes faisait fumer et pétiller les branches détrempées [faisaient]
Il s'interrompit. Il avait l'impression de s'engager sur un chemin sans possibilité de faire demi-tour. Peut-être qu'il aurait mieux fait de la boucler et de laisser ces gamins se démerder avec tous ces trucs. D'ailleurs il l'aurait sans doute fait, s'il n'y avait pas eu dans leur attitude quelque chose de familier, et d'un tout petit peu attendrissant. Ça, il ne l'avouerait pas. Mais ils étaient attachants. Et lui, il était attaché, maintenant. C'était lui qui était censé les guider, mais c'était eux qui l'entraînaient - vers quoi, il en savait foutre rien.<br /> [Je reste profondément dubitative quant à cette rupture de style qui consiste à exprimer les pensées d’un personnage en employant son langage parlé dans la narration. Je ne vois pas ce que ça apporte au récit. Je note « c'était eux » ; « c’étaient eux » serait préférable.]
De l'eau s'écoulait dans un doux murmure entre les fissures dans la roche [il me semble que c’est plutôt « dans les fissures de la roche » ; pour éviter la répétition, on peut dire « en un doux murmure ».]
Moi, pinailler ? Non, jamais !  ;-)
EryBlack
Posté le 13/09/2017
Coucou Donna !
Très clairement, il était nécessaire que Nilssen soit un minimum bavard (et donc plutôt Sudiste) ; sinon, il ne se serait rien passé pendant plusieurs chapitres. Je ne trouve pas ça évident d'introduie un "personnage-prétexte" qui ne sonne pas trop creux ! J'ai besoin de Nilssen pour provoquer un peu nos Nordiques, mais j'ai essayé de lui donner aussi une existence propre. En attendant, il est exactement comme un parent désemparé, oui.
Oh, ton analyse sur l'inquiétude qu'Andrev pourrait avoir quant à la réaction d'Endrin est très intéressante, je n'y avais pas pensé mais ça me plaît qu'on puisse interpréter ça comme ça. Pour ce qui est de sa crainte d'être rejeté, en revanche, c'est tout à fait clair dans ma tête, et j'ai essayé de l'expliciter un peu plus dans les chapitres qui suivront. Mais il y a aussi quelque chose de très Nordique dans son attitude. J'ignore si je l'ai suffisamment fait paraître dans l'histoire, mais les Nordiques, en tant que peuple, ont une relation particulière aux questions. L'idée, c'est qu'ils reçoivent ce qu'on leur donne sans chercher forcément à questionner. Ça a ses limites, bien sûr, mais c'est quand même assez enraciné dans leur culture. Ça explique pourquoi même les particularités d'Endrin ne créent pas de débat - par le passé, quand elle était toute petite, certains Nordiques ont pu tout de même avoir des doutes, mais en fait chez eux c'est assez mal vu de poser des questions. Ils considèrent que si quelqu'un a quelque chose à leur dire, il le dira lui-même si c'est important. Et évidemment, Azar n'a rien dit... Alors tout le monde se doute de quelque chose, mais leurs moeurs font qu'ils ne se sont pas focalisés dessus et que ça s'est tassé avec les années. Nilssen, en revanche, vient du Sud, où on fait preuve de beaucoup moins de pudeur et de discrétion. Là-bas les gens ne se gênent pas pour pointer ce qui les fait s'interroger ; Nilssen n'arrive donc pas à réprimer sa curiosité-méfiance à l'égard d'Endrin. 
Peut-être que je n'ai pas suffisamment explicité ça dans l'histoire... Qu'en penses-tu ? je ne voulais pas y aller avec de gros sabots, mais c'est tout de même important qu'on le comprenne, même à demi-mot.
Pour ce qui est des esprits, non, on ne peut pas vraiment parler de tabou. Mais là encore, les Nordiques reçoivent (donc les choses "bonnes", comme la chaleur pendant l'hiver, et aussi les choses "mauvaises", comme quand les esprits attaquent) et ne questionnent pas, ou peu. Ça dépend ensuite de leur éducation. Frey, par exemple, posait des questions lors d'une scène avec Endrin et Andrev ; c'est parce que lui, on lui a plutôt appris à se tenir loin des esprits et à laisser faire les shamans en ce qui les concerne. Andrev, en revanche, a été élevé par sa mère shaman, donc il éprouve plus de respect que de crainte pour eux, et il ne remet pas en question leur attitude, quoi qu'il arrive. Endrin, c'est encore autre chose, mais je crois que tu as tout bien saisi là-dessus ^^ 
Voilà pour tes questions ! Merci pour cette phrase que tu as relevée, ça me fait plaisir <3
Je me doutais que "balança" passerait difficilement, mais je ne suis pas parvenue à trouver un verbe qui traduise l'image que je voulais invoquer. Je saurais très bien, à l'oral, te "balancer" cette phrase, mais je suis d'accord que le verbe ne convient pas. C'est qu'il y a cette idée de "jeter" le mot, de "révéler" mais plus fort que ça, et j'utilise "lancer" un peu trop souvent, ce n'est pas tout à fait la même chose... J'ai passé pas mal de temps à m'arracher les cheveux dessus ! 
Pour le "apporter avec elle", ce que j'aime bien, c'est que ça sous-entend comme une discrète personnification de la nuit (je trouve qu'utiliser les pronoms "elle" ou "lui" fait cet effet-là), et j'aime beaucoup glisser ce genre de choses. Du coup, tant pis pour le pléonasme (que je note tout de même, des fois que je trouverais une autre formulation !). 
Quant à ce paragraphe sur Nilssen, je dois dire que ton avis dessus ne m'étonne pas ^^ Ce que j'aime bien, c'est que ça participe d'un effet que quelqu'un a appelé "la narration cacophonique" de mon texte. C'est un truc que je ne suis pas sûre de maîtriser totalement, mais j'en aime beaucoup l'idée. L'écrit permet des incursions dans les têtes des uns et des autres, et j'aime essayer de coller un peu à leur pensée. D'ailleurs, pour être exacte, au moment de l'écriture, je n'intellectualise pas autant, ça se fait tout seul. Et c'est le genre de spontanéité que j'aime bien conserver. Je corrige toutefois le "c'était" selon ta suggestion !
Pour le reste, je corrige tout de suite ! Que de fautes d'inattention ! Merci beaucoup pour l'attention que tu portes au texte, et un merci plus général pour ton commentaire :) Tu m'obliges souvent à revenir sur des éléments importants de l'histoire ou du style, c'est enrichissant. À bientôt !
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