10 - Chercher

Par Seja

La tonalité du téléphone résonne. Une fois, deux fois, dix fois. Alexis attend. Il n’y a rien d’autre à faire de toute façon. Et soudain, elle se coupe, on a décroché.

—  C’est moi, dit-il.

Quelques secondes de silence, puis il entend un soupir.

—  Je sais bien. Tu veux quoi ?

—  Des infos.

—  Oui, je me doute que t’appelles pas pour parler météo.

Il sourit. Ce contact a toujours été très ronchon.

—  Je n’arrive plus à joindre quelqu’un. Ca fait bien trois jours.

—  T’as essayé l’annuaire ?

—  Je suis sérieux.

—  Ouais, je sais.

Un autre soupir lui arrive.

—  Tu sais très bien la raison pour laquelle ton quelqu’un répond plus.

Il le sait. Mais il a envie de croire qu’il se trompe.

—  Je t’enverrai son nom, dit-il. Tu peux chercher ?

—  Je chercherai. Mais t’attends pas à de bonnes nouvelles.

Et la communication se coupe.

Alexis fixe encore quelques secondes l’appareil. La ligne est normalement sécurisée. La preuve en est la relative tranquillité de son abri. Depuis le temps qu’il y est, personne n’est venu l’arrêter.

Dans sa vie d’avant, il était journaliste. Dans sa vie de maintenant, il est fugitif. Mais il n’a pas quitté la ville comme beaucoup. Il a préféré s’y terrer en se disant qu’on ne penserait pas à le chercher ici.

Il ouvre un terminal, compose le nom à chercher, l’envoie.

Tout le groupe de Mathilde a disparu des radars. Jusque là, elle prenait contact une fois par jour. Des groupes comme le sien, il en a plusieurs dizaines. Il les aide comme il peut, il communique les infos qui peuvent leur sauver la peau. Mais avec ce cas précis, il n’a rien trouvé d’inquiétant, pas d’ordres pour les soldats. Rien.

Et c’est tout sauf rassurant. Si ses sources ne remontent plus toutes les infos, ça veut dire que quelqu’un quelque part a eu vent de ses intrusions. Et que ce quelqu’un a changé les canaux de communication.

La sonnerie déchire le silence du bunker. C’est suspect que le contact le rappelle aussi vite.

—  T’as trouvé ?

—  Ouais.

—  Et ?

—  Et c’est ce que je te disais. Ils ont été arrêtés. Il y a trois jours. J’ai des infos pour quinze personnes arrêtées.

—  Quinze ? Ils étaient dix-huit. Certains ont fui ?

—  Pas vraiment. J’ai aussi des dossier pour trois tués.

—  Qui ?

—  Deux gamins, une de treize ans, un autre de dix-sept. Et une femme. Je t’enverrai les noms… Je suis désolée.

Il acquiesce, même si l’autre ne peut pas le voir.

—  Merci, dit-il.

Il est en train de réfléchir à toute vitesse.

—  On sait où ils ont été emmenés ?

—  Mettons. Ca change quoi ?

—  On sait où pas ?

—  Ouais, on sait.

—  Du coup, on pourrait…

—  Rien du tout. Tu sais très bien ce qui va arriver. Les gamins vont bien s’en tirer. Ils vont juste les réintégrer au système. Quant aux autres…

—  On ne peut pas les laisser faire, merde ! T’en parles comme si c’était déjà fait.

—  Tu trouveras pas grand-monde prêt à risquer sa peau. C’est tout ce que je dis.

Une longue pause suit sa déclaration.

—  Mais il peut se trouver quelques suicidaires pour aider.

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
Jupsy
Posté le 18/04/2020
Comme tout bon journaliste, on reste un bon petit fouineur. J'aime bien la mention sur la nature ronchon du contact, qui se confirme sur la fin. Je veux dire y a qu'un ronchon pour te dire que sauver un groupe c'est pas une bonne idée, puis te balancer j'ai bien quelques noms de suicidaires...

Est-ce que du coup, ça veut dire que l'on peut espérer que certains personnages s'en sortent malgré tout ? Ou est-ce qu'au contraire, il faut s'attendre à en voir davantage mourir ? Avec toi, je penche pour la seconde option.

De toutes façons, ce genre d'histoires finit rarement en happy end. Il y aura des morts. Je te les pardonnerais si tu ne me refais pas le coup des pâtes froides :P
Dédé
Posté le 14/09/2019
C'est quand même horrible de voir disparaitre tout un groupe. Un groupe que l'on suivait au début (oui, je percute que maintenant). Je disais dans un précédent commentaire que tu étais gentille à côté de moi. Mais non, tu es cruelle. Tu tues des enfants, et tout. Je ne te verrai plus jamais comme avant. Plus jamais.

J'aime bien ce journaliste, sinon. Autant dire que si je l'aime bien, il ne va pas rester longtemps. Mais, je l'aime bien. Il ne renonce pas. Même quand il a des plans suicidaires. C'est beau, quelque part.

Quelques coquillettes :
- "J’ai aussi des dossier pour trois tués" --> dossiers
- "On sait où pas" --> ou

A bientôt pour la suite !
Seja Administratrice
Posté le 17/09/2019
Owi, je suis cruelle :') Ah bah écoute, les enfants, c'est si fragile. Une balle et paf, ya plus personne.
Tu sais, aucun perso dans cette fic n'a une espérance de vie très élevée. Donc tu peux bien t'attacher, ils auront la même chance de survie que n'importe qui (c'est à dire, assez nulle).
Gracias pour les coquillettes !
Liné
Posté le 26/08/2019
Bordel, je m'étais pourtant juré de suivre la publi quotidienne, mais je suis toujours à la traîne ! Et du coup je gobe plusieurs chapitres d'un coup et ça en revanche c'est chouette x-)

Je trouve ça très intéressant d'introduire des personnages du camp "de la violence légitime". On sent que d'un côté comme de l'autre, les convictions sont fortes et les protagonistes convaincus d'être dans le vrai. Et comme on ne sait toujours pas trop de quoi il en retourne, seule la narration (centrée sur les terroristes/résistants) et quelques éléments du type "on tue les jeunes" nous laissent dans le camp de Lise. En revanche, j'aimerais bien en savoir plus sur les "morts" provoquées par les terroristes/résistants : est ce qu'il s'agit de victimes collatérales, de cibles particulières, ou encore de rumeurs mensongères colportées par le pouvoir en place ?

Coté style, c'est toujours aussi fluide, prenant et, parce que peu de descriptions, nébuleux jusqu'à en titiller l'imagination. J'ai juste eu du mal à raccrocher les wagons au début du chapitre 7, là où j'ai repris ma lecture depuis l'autre fois : comme on ne sait pas qui est Maxime (d'ailleurs c'est un prénom androgyne) et que tu ne rappelles pas qui est "elle", j'ai du relire pour comprendre qui était "il" et qui était "elle". Mais après, il n'y a peut-être qu'à moi et à mon cerveau surchauffé que ça a posé problème !

A très vite !
Seja Administratrice
Posté le 26/08/2019
Le temps, c'est un truc pas toujours là, tu sais :P

Ahaha, j'aime beaucoup me balader entre les deux camps. C'pas forcément tout blanc ou tout noir. Quant à en savoir plus sur les morts en background, on y viendra très certainement. Je constate juste que cette histoire grossit, alors qu'elle devait être petite à la base, donc j'essaie de freiner un peu ses ardeurs :P

Awi, je note pour le chapitre 7, je préciserai mieux. Le "elle" étant Mathilde, si je me souviens bien x)

Merci d'avoir lu !
Keina
Posté le 22/08/2019
Ah, ça y est, ça s'inquiète côté résistance... Est-ce que le journaliste va tenter un truc tout seul? Je me demande ce qu'il va arriver aux adultes, j'imagine un truc comme des camps de redressement, ou des travaux forcés ? Moi aussi, j'attends de savoir la suite ! 😊
Seja Administratrice
Posté le 22/08/2019
Tellement pas une idée de tenter des trucs seul :P
Oh, ils vont vivre heureux pour le restant de leurs jours, tu me connais x)
Contente que t'aies survécu jusque là !
Sorryf
Posté le 22/08/2019
petite coquilles :
dans le chapitre précédent "dit-elle en tentant de rendre son ton aussi rassurent que possible." -> rassurant
dans ce chapitre : "Ca fait bien trop jours."

A part ça, rien a dire ! j’attends la suite !
Seja Administratrice
Posté le 22/08/2019
Haha, les cédilles, j'ai tendance à les rajouter quand je fais une repasse globale :P C'est chiant, une cédille x)
Et pour l'autre, hem, je crois que j'étais fatiguée :P
Sorryf
Posté le 22/08/2019
ah mais c'est pas la cédille que je te signalais ! j'avais meme pas vu ! (moi non plus je suis pas très regardante sur les cédilles et les accents, encore moins quand c'est la première lettre et que le doc supprime tout seul :D) c'est que j'avais l'impression qu'il manquait un mot : "trop de jours", ou "trois jours"
Seja Administratrice
Posté le 22/08/2019
Aaaaah xD Ouais, fatiguée :P
Vous lisez