1 - Une interrogation

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Janvier 2019

- Elle est en état de choc, affirma Ethan.

- Qu'est-ce que ça veut dire ? à l'autre bout du fil, Jo laissa deviner une pointe de frustration. Elle est toujours catatonique ?

- Techniquement non. En fait, elle accuse un retard psychomoteur post-traumatique. Mais, on peut appeler ça de la catatonie si tu préfères. Je lui ai prescrit des antidépresseurs, mais ça va mettre du temps à agir. Et si ça continue, il nous faudra passer aux électrochocs, sinon elle risque de mourir de malnutrition. Heureusement, nous avons pu arrêter l'hémorragie, mais elle a perdu son bébé.

- C'est bien malheureux.

A travers la vitre, Ethan regardait la chambre de Calience Wilton. La jeune femme était allongée sur un lit d'hôpital, étroitement bordée par ses draps blancs. On la maintenait sous perfusion pour éviter qu'elle ne se déshydrate. Les infirmières devaient l'alimenter à la petite cuillère comme un bébé. La moitié de la nourriture finissait sur la serviette en papier posé sur sa poitrine, l'autre moitié était avalée mécaniquement. Ses yeux bleus turquoise restaient dans le vide. Sa robe de soirée avait été retirée et une blouse d'hôpital lui a été passée. Ses bijoux ainsi que son alliance et sa bague de fiançailles avaient été mis au coffre pour plus de sûreté. Elle était plutôt jolie malgré ses pupilles dilatées et sa lèvre fendue. Ses cheveux noirs pendaient inertes sur ses minces épaules. Les traient fins et délicats de son visage avaient perdus toutes expressions. Pour la énième fois, il se demanda ce qui avait provoqué cette réaction chez elle. Le traumatisme de sa fausse-couche? Avait-elle assisté au meurtre ? Avait-elle eu à se battre contre l'assassin ? L'identité du Boucher à la rose était-elle là, quelque part , emmuré dans cet esprit ?

- Bon, la Belle au Bois Dormant te fait perdre ton temps, j'aurais besoin de toi ici sur l'île, déclara Jo. Tu as lu les gros titres aujourd'hui ?

- Non, je suis ici depuis quatre heures ce matin. Je vais retourner à Aurora Skies et j'achèterai le journal sur place.

- Certains voient dans ma promotion au grade de commissaire le fait que les autorités ont enfin accréditer la thèse d'un tueur en série

- J'imagine qu'ils ont raison. Tu dois être contente qu'il ait fini par écouter ...

- non, je suis surtout furieuse que les journalistes aient vu juste avant mes supérieurs. Et surtout qu'ils utilisent mon image d'homosexuels pour s'attirer la bienveillance de la communauté LGBT. Appelle-moi quand tu seras arrivé.

Tous les journaux tiraient sur le meurtre.

« Pas l'ombre d'une piste », narguait le Sun. « Deux meurtrier ? » ironisait le Daily News, et dans le Times, on pouvait lire « la femme du PDG de Robotics dans le coma aurait assisté au meurtre ». Ethan les acheta tous en plus de son New-Yorker. Ses bagages à la main, il s'installa à côté du hublot dans le ferry et ouvrit le journal. En page trois, un long article analysait la promotion de Joséphine Cooper. Apparemment, le quotidien avait une source bien informé au sein de la police. L'article racontait comment Jo avait été désavouée par ses supérieurs après qu'elle avait avancé avec insistance l'hypothèse d'un même meurtrier dans les deux premiers crimes à Robotics. Un autre officier avait été chargé de l'enquête sur le deuxième assassinat. Le flic avait séduit sa hiérarchie en démontrant que les deux affaires n'étaient pas liées malgré la rose laissée sur place. Et Jo était restée sur la touche, privée d'informations essentielles. Maintenant, un an après la première affaire, un cinquième meurtre avait été commis. Le doute n'était plus permis, un tueur en série hantait les couloirs de l'entreprise Robotics.

Ethan replia le New-Yorker et ouvrit Le Daily News. L'article était cette fois centré sur Calience Wilton. La jeune femme qui se trouvait en soins intensifs à l'hôpital de Beverhill, dans le service de psychiatrie qu'il dirigeait. Le journal expliquait à tort qu'elle était dans le coma, dans un état critique, et c'était sans doute dû à l'agression qu'elle avait subie. Le criminologue fut surpris de trouver son nom dans l'article : « le docteur Cooper a refusé d'apporter des précisions ». Janey, son assistante, avait dû leur raccrocher au nez. L'article se terminait par « le boucher pense-t-il l'avoir tué aussi ? Si oui, quelle sera sa réaction quand il apprendra qu'elle est vivante et qu'elle peut maintenant l'identifier ? La vie de Calience Wilton est-elle encore en danger ? »

Ethan se sentit observer. Il baissa son journal et vit à quelques rangées devant lui un homme qui le regardait, l'air hautain. Il portait des chaussures marron étincelantes et sa coupe de cheveux le classait immédiatement dans la catégorie : riche homme d'affaire. L'homme quitta un instant Ethan des yeux pour regarder ostensiblement le journal qu'il avait devant lui. Puis il leva à nouveau son regard vers le psychiatre. Il semblait reprocher à Ethan de s'intéresser aux foutaises que distillent les journaux à scandale. Soudain mal à l'aise, le docteur rangea les journaux dans son attaché-case et se concentra sur l'actualité internationale du Times. Il appela sa cousine en descendant du bateau.

- Rejoins-moi au campus, demanda Jo. Je place un officier dehors pour qu'il te fasse entrer.

L'idée de retourner sur le lieu du crime ne l'enchantait pas. Il avait encore à l'esprit l'odeur tenace du sang et des tripes ... Robotics était une très belle société. Elle était constituée d'une enfilade de bâtiments en forme de cube blanc qui était dans la plus pure tradition moderne du moment, construite de verre et d'acier. Mais depuis cette série de meurtres, Ethan la voyais plutôt comme une toile d'araignée, un piège invisible tendu aux employés ... Un groupe de journalistes campait maintenant en permanence devant les lieux. En approchant du portail dans son taxi, il vit un homme sortir de l'un des bâtiments et se retrouver pris d'assaut par les reporters. Il se fraya péniblement un chemin jusqu'à sa clinquante voiture de sport. Il s'y engouffra avec précipitation sans demander son reste. Les journalistes continuaient à le harceler de questions malgré son silence.

- C'est votre tour, plaisanta le chauffeur de taxi, alors qu'il rendait sa monnaie à Ethan.

Pour toute réponse, le docteur grimaça et descendit du véhicule. Les journalistes le reconnurent immédiatement

- Comment va Cali, Docteur Cooper ? interrogeant l'un d'eux. Est-elle en état d'identifier le boucher ?

- Aucun commentaire, affirma le profiler cherchant des yeux l'officier chargé de le conduire à l'intérieur.

Un policier engoncé dans son uniforme croisa le regard d'Ethan et le reconnut enfin.

- Messieurs, lança-t-il en bousculant les journalistes, veuillez laisser passer le docteur.

En l'agrippant par le coude, il tenta de lui frayer un chemin parmi la meute compacte des reporters. Tout était calme à l'intérieur. On ne percevait que le doux ruissellement de la fontaine située au centre de la pelouse. Deux oiseaux se faisaient la cour à distance, juchés chacun sur un lampadaire

- Par ici, Docteur, la commissaire est dans le bâtiment principal.

Ethan suivi le chemin qu'il avait déjà emprunté le soir du crime. Ce soir-là, Jo et lui était en train de refaire le monde dans les bureaux de la police quand le téléphone avait retenti. A voir la tête de sa cousine, Ethan avait tout de suite compris qu'on lui annonçait un nouveau meurtre. Si seulement ses supérieurs avaient cru en la théorie d'un tueur en série... Il aurait pu y avoir assez de policiers sur les lieux pour refroidir les ardeurs du meurtrier.

Trop tard.

- Vous vous connaissez depuis assez longtemps avec la commissaire, n'est-ce pas ? demanda l'officier.

- Oui, répondit Ethan, c'est ma cousine et on était à la fac ensemble.

- Elle était comment ? interrogea le jeune policier, un sourire au coin des lèvres. Genre bûcheuse, non ? Au lit à huit heures avant un examen ?

Il n'en revenait pas de l'image que Joséphine s'était construite auprès de ses collègues. En fait, la veille d'un examen, c'était plutôt lui qui demandait à Jo d'éteindre la musique qui accompagnait ses parties de poker. Ce qu'il agaçait le plus, c'était qu'au bout du compte, ils avaient obtenu les mêmes notes aux examens finaux...

- Tout à fait, confirma Ethan, ne voulant pas contredire le jeune policier. Elle ne buvait que le week-end et courait à dix kilomètres tous les matins alors que tout le monde était encore au lit.

Sur ce dernier point il ne mentait pas

Ils passèrent sous le cordon noir et jaune qui délimitait la scène du crime. En journée, l'endroit était charmant avec son petit escalier en pierre blanche qui montait vers la bibliothèque et ses rangées de tulipes violettes et de pensées couleur crème.

- Bon, scénario numéro deux ! Ethan entendit la voix de Jo à travers l'une des portes qui conduisait vers le bureau. Le meurtrier couvert de sang sort par cette porte et... ? Non... Comment aurait-il pu s'enfuir sans se faire remarquer ?

Jo était grande et baraquée. Ses cheveux étaient noirs, courts et épais. Elle semblait bien jeune pour avoir déjà de telles responsabilités. Les manches de sa chemise retroussées jusqu'aux coudes, elle paraissait parfaitement concentrée. En voyant son cousin, elle esquissa un sourire ce qui apparaissait comme une moue excédée, donnant un visage particulier.

- Coop ! lança-t-elle en serrant la main son ami. Merci d'être venu. Tu connais Ames et Anderson.

Ethan salua Anderson d'un signe de tête, le gars du Connecticut au visage boursouflé et à la calvitie naissante. Puis, il sourit à Sarah Ames, l'épouse de sa cousine. Il n'était pas trop sûr des convenances dans ce genre de situation. Il avait dansé avec elle à leur mariage, mais dans ce cadre professionnel il hésitait à lui faire la bise , comme il l'aurait fait lors d'un dîner en ville. Prudent , il se contenta d'un hochement de tête poli.

- Nous essayons de reconstituer la scène, expliqua Jo.

C'était la procédure habituelle. Envisager tous les cas de figure possible et ensuite utiliser les lieux, les témoignages et les preuves physiques pour combler les trous de chaque hypothèse, jusqu'à ce que le scénario le plus probable s'impose de lui-même.

- Scénario numéro un, la victime a été tuée par l'un des membres du personnel présent à la réception ce soir-là. Ou les deux. Scénario numéro deux, ils sont innocents et ont trouvé le corps peu de temps après le crime. La victime a été vue à peu près une demi-heure avant que son corps ne soit retrouvé, ce qui ne laisse pas beaucoup de marge à notre meurtrier.

Jo marchait à reculons.

- Reprenons, ajouta-t-elle. Nous savons au moins quatre personnes sont passées dans le couloir pendant cette demi-heure. L'un d'eux a vomi dans ce coin là-bas. Deux autres étaient ici, à se culbuter tellement fort que même si le pape était passé par là, ils ne l'auraient pas remarqué. Ce qui nous laisse monsieur Robert Denison. Selon Abby Devlin, et Léo Sutherland, Denison était assis au bar, juste à côté des ascenseurs et des sorties de secours.

- Donc, soit il a vu l'assassin, compléta Ethan.

- ... soit c'est lui l'assassin, termina Sarah.

- Pas forcément, protesta Anderson, qui pourtant détestait ce petit branleur de riche pourri gâté de Denison. Les bureaux du côté sud ont des fenêtres qui donnent sur la rue.

- Ou encore, continua Jo, le meurtrier s'est caché dans une des pièces, plus bas et il a attendu pour s'enfuir que Devlin, Sutherland et Parrish montent dans l'ascenseur.

- Comment aurait-il pu détaler sans se faire remarquer ? demanda Sarah. Il était couvert de sang.

- Et ce portail ? interrogea Ethan en indiquant le porche, du côté sud du bâtiment. Il donne sur Richmond Street, n'est-ce pas ?

- Oui, mais il était fermé, cette nuit-là, intervient Anderson. C'était la fête de fin d'année, il ne faut pas l'oublier. Toutes les issues étaient bouclées hormis l'entrée principale.

- Nous avons examiné tout le monde sur les lieux, remarqua Sarah. On n'aurait pas pu passer à côté de quelqu'un couvert sang tout de même ?

- Est-ce qu'il aurait pu se débarrasser de ses vêtements tachés ? demanda Jo. Et si oui, où aurait-il trouvé des habits propres ?

- Dans une des chambres, il y a bien des appartements de fonction, non ? Avec un service de conciergerie, suggéra Ethan.

- Exact. La buanderie est au sous-sol. C'est le meilleur endroit, affirma Sarah.

Ils descendirent jusqu'au sous-sol et arrivèrent dans une pièce qui sentait le détergent et l'assouplissant. La chaleur était étouffante, à cause de la rangée de sèche-linge contre le mur. Des étagères croulaient sous le poids de vêtements abandonnés.

- Bon sang ! s'écria Anderson. S'ils n'en veulent plus, pourquoi ne les emportent-ils pas aux bonnes œuvres ? Ces vêtements peuvent encore servir !

- Ils n'avaient sans doute pas l'intention de les abandonner ici, corrigea Ethan en se rappelant ses années passées dans des résidences étudiantes. Ils ont dû les mettre à sécher et les ont oubliés.

- En tout cas, si notre tueur est descendu ici, il n'a eu que l'embarras du choix, grommela Anderson.

- Peut-être, mais il y a peu de chance qu'il ait dégoté une veste de smoking, remarqua Jo. Sarah, je veux bien que tu vérifies les photos des salariés ce soir-là. Cherche ceux qui ont l'air moins habillés que les autres.

- D'accord, patronne, acquiesça-t-elle en écrivant dans son carnet noir à spirale.

- Et demande une équipe scientifique pour analyser les machines à laver. Je sais qu'ils n'ont pas trouvé de vêtements tachés de sang sur les lieux mais le salopard a pu trouver une cachette pour les faire disparaître.

***

Robert Junior Denison avait une grande et magnifique demeure face à l'océan. Ethan et Jo s'arrêtèrent devant l'une d'elles. Ils se garèrent à côté de sa Lamborghini. Ethan se pencha et regarda la maison. Elle ressemblait beaucoup aux bâtiments de Robotics : un bloc de béton immaculé, cubiste, avec d'immenses baies vitrées ouvrant sur la mer, totalement impersonnel et froid. Bref, aucune originalité.

À la porte, Jo frappa. A la grande surprise d'Ethan, l'homme qui vint leur ouvrir était le même qui l'avait regardé d'un air désapprobateur dans le ferry. A en croire sa grimace, Denison l'avait reconnu lui aussi. Il semblait étonné d'être ainsi dérangé par Jo.

- Qu'est-ce que vous voulez ? demanda-t-il.

Il n'y avait pas d'entrée mais un immense salon en marbre leur faisant face. Les murs étaient blancs avec accrochés des tableaux de Picasso et Braque ; deux fauteuils et un canapé en cuir noir, posés sur une moquette noire face à un grand écran plat complétaient la décoration. De grandes baies vitrées ouvraient sur une terrasse, avec en contrebas un jardin et une piscine italienne et, plus loin, la plage et la mer à perte de vue. Le timide soleil hivernal se couchait sur les flots, envoyant ses rayons à travers tout le salon au milieu duquel se trouvait Denison. Ethan frissonna.

Cinq minutes plus tard, Robert était installé, les jambes croisées, dans un fauteuil Régence noir, à côté de la fenêtre qui surplombait l'océan. Il sirotait un whisky pur malt dans un verre en cristal sans proposer à boire à ses invités.

- Non, répondit-il. Bien sûr que personne n'est descendu pendant que j'étais assis au bar. Vous ne pensez pas que je vous l'aurais dit ?

- Peut-être pas, si cette personnes ne vous semblait pas un suspect potentiel, corrigea Jo. Un directeur, par exemple. Ou un ami.

- Non, répéta Denison.

- Est-ce que quelqu'un aurait pu se cacher dans l'escalier de secour, ou peut-être dans un bureau ou dans un couloir ? Quelqu'un qui aurait attendu que vous montiez dans l'ascenseur, pour ensuite descendre vers la sortie.

- Possible, répondit-il en haussant les épaules.

- Vers la fin de la soirée, avez-vous remarqué si quelqu'un s'était changé ? Quelqu'un qui serait arrivé à la réception dans une tenue et qui l'aurait quitté pour une autre ?

Denison regarda Jo par-dessus son verre, sans ciller.

- Non.

Ses réponses trop courtes commençaient à agacer Jo. Cela ne n'échappa pas à Ethan qui connaissait l'impatience légendaire de sa cousine.

- Combien de ce temps diriez-vous que vous êtes resté seul assis au bar ? reprit-elle l'interrogatoire.

- Je n'ai pas été seul un instant, contredit Denison en reposant le verre sur la table basse. Ma cavalière n'était qu'à quelques pas de moi tout ce temps.

- En effet. Mais vu son état d'ébriété avancée, elle n'est pas en mesure d'apporter un témoignage fiable.

Ethan avait lui aussi des questions à poser, mais il se dit qu'ils ne parviendraient à rien si Jo continuait à agresser l'homme d'affaire.

- C'est un Gabor Vechesky, non ? interrompit-il, regardant une peinture sur un des murs.

- Oui, confirma-t-il en se redressant légèrement.

Ethan l'avait pris par surprise.

- Magnifique. Il a dû vous coûter une petite fortune.

- C'est un investissement, déclara Denison en haussant les épaules. Dans quelques années, ses œuvres vaudront dix fois plus.

- Et votre cavalière, ce soir-là ? poursuivit Ethan. Vous vous êtes rencontrés dans une galerie d'art ?

Denison rit, plus détendu.

- Non, c'est l'amie d'une amie. Elle serait bien incapable de reconnaître un Van Gogh d'un Vermeer, se moqua-t-il souriant. Je n'affectionne pas particulièrement les intellectuelles. J'aime bien les filles futée, mais pas celles qui hantent les bibliothèques.

- Ma compagne adore raconter que nous nous sommes rencontrés à une rétrospective Ingmar Bergman, plaisanta Ethan.

- Et c'est vrai ?

- C'était à une représentation de Shining un soir d'Halloween.

- J'imaginais que des gens comme vous n'allaient pas voir de tels films. Vous n'avez pas votre dose de gore pendant vos heures de boulot ?

Ethan vient s'asseoir sur le siège à côté de lui. C'était calculé. En évitant de se mettre face à lui, il excluait Jo de son champ de vision et espérait pouvoir mieux capter l'attention du PDG.

- C'est plutôt les films de Ken Loach que je ne peux pas vois, expliqua-t-il. Je préfére m'évader... Je suppose que vous aussi vous aimeriez avoir la tête ailleurs. Vous connaissiez les victimes, n'est-ce pas, Robert ?

- En effet. Pas personnellement car j'ai aussi ma propre société à gérer mais je les côtoyais durant les réceptions comme celle de noël.

- Mais vous étiez amis, non ? Avec Amanda Sterling, je veux dire ?

- Oui, nous étions amis, répondit-il, d'une voix étouffée. Autant qu'on pouvait l'être avec elle...

- Qu'est-ce que vous voulez dire ?

- Disons qu'elle était assez narcissique. Le monde devait tourner autour d'elle. Elle était intelligente, mais très calculatrice. Elle avait tous les mecs à ses pieds, moi y compris. Mais je crois que ce qui l'excitait c'était les types un peu rustres.

- Rustres ?

- Oui, du genre Matthew Parrish. Même si, au bout du compte, il n'a pas été à la hauteur de ses attentes, lança-t-il avec un petit rire.

- Oui, je connais l'histoire, acquiesça Ethan.

- Mais dites-moi, comment va Cali ? demanda Denison, changeant soudain de sujet. J'ai cru comprendre qu'elle était soignée dans votre hôpital.

- C'est vrai. Nous nous occupons d'elle. Vous êtes amis ?

Rob fixa Ethan un moment avant de répondre.

- En quelques sortes... Nous ne sommes pas proches, mais c'est la femme de mon meilleur ami et elle est fascinante. J'étais le témoin d'Alex à son mariage. Je pense qu'au début, elle était plutôt intimidée par mes études à Harvard, le prestige de la société et tout ce que cela implique. En plus de ça, Tracy n'arrêtait pas de lui répéter que j'étais un sacré connard. Mais elle a fini pas voir qui je suis réellement et par la caricature du petit-bourgeois débile que Tracy faisait de moi. Cali est une femme sympa. C'est vraiment dommage qu'elle soit mariée avec Alex, mais bon, c'est la vie.

- Vous ne les trouvez pas bien assortis ?

- Elle est plutôt introvertie. Elle aurait besoin de s'extérioriser un peu je crois. Mais visiblement Alex aime bien cet aspect de sa personnalité puisqu'il la épousé. Alors il ne fait rien pour qu'elle change. Il la garde pour lui.

- Vous croyez en son innocence ?

- Bien sûr qu'il y croit, dit une voix derrière eux. On croit tous qu'il y est.

Ethan et Jo se retournèrent pour faire face à la femme dans l'embrassure de la porte. De toute évidence, elle avait épié la conversation.

- Serena, ma chère, tu veux une tasse de thé ? proposa Robert, amusé.

Ethan n'avait jamais rencontré Serena Wilcox, la directrice de marketing de Robotics, mais il la reconnut sur-le-champ. Selon les dires de tous, elle était la meilleur ami d'Amanda. Elle portait un jean bleu foncé qui moulait ses formes et un petit chemisier qui ne cachait rien de son bronzage et de ses seins refait. Ses cheveux noirs bouclés flottaient sur ses très minces épaules. Son visage, visiblement botoxé, était fortement maquillé. Elle regarda Ethan.

- Alex n'a rien fait, annonça-t-elle de sa voix profonde. Si vous cherchez quelqu'un pour vous affirmer le contraire, vous avez frappé à la mauvaise porte.

- Vous êtes amis ? demanda Ethan. Il remarqua que la question avait amusé Denison.

- Alex est un homme bien. Rob ne le comprend pas, c'est tout. Il est allé à Columbia, mais avec une bourse, et parfois les hommes qui en ont bénéficié se trimballent des complexes d'infériorité.

- C'est pour ça que vous avez rompu ? demanda Jo.

- Non, répondit Serena en croisant les bras. Cette garce de Cali me l'a piqué. Elle est loin d'être aussi sympa que ce que prétend Rob...

- Arrête, Serena ! Elle ne savait même pas que vous couchiez ensemble.

- Ce que je sais, c'est que tout allait bien jusqu'au jour où elle s'est mise à « tomber sur lui par hasard » toute les cinq minutes entre deux réunions.

- Vous la connaissiez bien ? s'enquit Ethan.

- Pas aussi bien qu'elle me connaissait, elle.

- Qu'est-ce que ça veut dire ?

Denison eut un froncement de sourcils.

- Allons, Rob, ne me dis pas que tu n'as pas remarqué. Elle est venue dans mon appartement de fonction, a examiné ma bibliothèque, mon environnement. Une semaine plus tard, un exemplaire du bouquin que j'étais en train de lire trônait sur son bureau.

- Serena, tu délires ! Tous les avocats en droit des affaires lisent les mêmes livres, en plus de ceux en marketing. Tu ne te souviens pas, quand vous lisiez toutes les inepties de Jackie Collins ? « Le club des lectrices de chiotte » on vous appelait.

- Ok. Certains lancent les modes et d'autres les suivent. Point barre.

- Vous connaissiez Léo Sutherland ? demanda Jo.

- Oui, c'est un mec sympa, super informaticien.

- Abby Devlin ?

- Un peu salope de temps en temps, mais dans l'ensemble plutôt pas mal. C'est la grande amie de Cali.

- Tracy Spadolini ?

- Le genre d'immigré qui pensent qu'ils sont plus cool que vous à cause de leur origine, répondit-elle en faisant une moue dédaigneuse. Elle se foutait de Léo parce qu'il avait des dreadlocks mais qu'il était blanc. Comme si c'était réservé qu'aux Blacks.

- Amanda Sterling ?

Serena fixa Ethan et ses yeux s'embuèrent.

- C'était la meilleur. Qu'est-ce qu'on a ri toutes les deux... et nous voilà, un an après et vous n'avez toujours pas arrêté le monstre qui l'a tuée.

Elle fusilla Jo du regard.

- Serena ? appela Ethan, doucement. Qui d'après vous aurait pu tuer Amanda ?

Elle se tourna vers lui, faisant flotter ses cheveux noirs.

- Hobbes, déclara-t-elle, les mains sur les hanches. Ben Hobbes.

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Éloïse
Posté le 20/02/2021
Hum hum on apprend pas mal de truc dans ce chapitre ma foi. Beaucoup de personnages donc il va falloir que j'organise tout ça. Par contre... Au début je croyais que c'était Amanda la victime d'hier mais là tu viens de dire que ça fait un an. Donc ce n'est pas elle, qui est-ce ?
J'adore tu as vraiment fais le cliché du PDG avec sa maison, sa déco archi cliché et son wishy. Pareille pour Serena qui est refaite.
Bref. Juste, inutile de répéter que le campus est fait de bloc blanc tu l'as déjà dis dans l'autre chapitre et tu fais le parallèle avec la maison du PDG. ^^
limapearl
Posté le 21/02/2021
Et oui, c'est un prologue, juste avant. C'est fais exprès, il y a eu plusieurs meurtres avant. Je vais pas tout dire tout de suite, il a du suspense, c'est le but du livre et ce n'est que le début. Pour les clichés c'est fais exprès la encore. Car les personnages sont assez complexe et j'ai beaucoup développé la psychologie.
Éloïse
Posté le 21/02/2021
Désolé faur juste le temps que je range tout ça dans ma tête. J'aime bien les cliché parfois on peut en faire des trucs cools
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