1. Un écureuil

Notes de l’auteur : Encore merci à Elf ^^

Version 2 du 06/11

Précisions au cas où : Kateline = Kathleen et orphelinat = foyer du Petit Bois ;-)

Chapitre 1

Un écureuil

 

Les écureuils ont toujours incité à la curiosité. Un écureuil cherche des glands. Des noisettes si ça lui chante. Puis il les enterre. Il ne se demande pas s’il les retrouvera un jour, il les enterre, c’est tout. Pas de traces, rien, aucun indice qui lui permettra de savoir où il les a cachés. C’est bien pour ça, qu’arrivé en hiver, il n’en retrouvera que la moitié. Le reste, il ne s’en souviendra plus.

Un écureuil roux s’affairait sous un tas de feuilles mortes. On était en septembre, fin septembre, pour être exact. Les feuilles des arbres tombaient et l’hiver approchait à grands pas. Les jours se faisaient de plus en plus courts, étendaient des ombres sur les chemins de campagne. Ce qui réjouissait grandement Judy : il avait fait si chaud, cet été !

Judy vivait dans la vallée de Dree-Loster, en France. Le pays des râleurs, dit-on à l’étranger. Un pays dont elle ne connaissait qu’un bout de terre plate, un paysage surmonté de points noirs qu’on nommait « des vaches ». Une terre qui prenait des couleurs automnales.

Captivée, Judy ne lâchait plus l’écureuil des yeux. Il passait sous cet arbre tous les jours, à la même heure. Dès qu’elle eut compris la routine de l’écureuil, Judy avait pris l’habitude de venir le regarder. Chaque vendredi, perchée dans un arbre, elle patientait jusqu’à ses heures de pointe.

L’écureuil remplissait ses joues, prenant avec ses minuscules pattes des noisettes. Il plissa son manteau rouquin pour se saisir des plus charnues. Il sautilla dans un tas de feuilles marrons et s’en alla furtivement.  

Judy se retourna sur le dos, en équilibre précaire sur une branche. Elle tournait et retournait dans sa tête un problème qu’elle tentait de résoudre depuis plusieurs mois maintenant. Quelle excuse prétexter la prochaine fois qu’un surveillant la surprendrait en train d’escalader un toit ?

Les surveillants du foyer du Petit Bois ne l’avaient jamais appréciée. Aucun talent, mauvaise à l’école. D’après eux, cette gamine de treize ans ne ferait jamais rien de son avenir. Son passé lui collait à la peau. Elle s’était retrouvée dans leur liste noire avec le temps et quelques maladresses. Par exemple, elle se souvenait d’avoir poussé – sans le vouloir, évidemment – la professeure de français dans les rosiers. Cette dernière ne s’en était d’ailleurs toujours pas remise. Elle avait aussi renversé son bol de raviolis sur la tête de sa voisine quand elle avait dix ans. Elle s’excusait en prétextant que cela était vieux, qu’elle ne recommencerait plus. Mais qui la croirait ?

Ses deux parents étaient morts dans une avalanche dans les Alpes alors qu’elle venait de se fracturer la jambe : les résultats de jouer les téméraires sur une luges en pleine forêt.

« Ce qui m’a sans doute sauvée la vie. Que le destin est ironique ! », songea Judy avec un rire amer, cette fois.

Sa tante, Berthe, avait ensuite insisté pour la garder auprès d'elle, juste avant de s’éteindre, laissant Judy sans famille… et aux soins d’un foyer détestable…

— DRIIIIIIIIIIIIIIIIINNNNNNNNNNNNNGGGGGG !!! 

… Pourvu d’une sonnerie détestable.

La récréation avait pris fin et les cours reprenaient. Judy calcula la distance entre son arbre, en pleine forêt, et la salle de cours de français, dans la partie collège de l’établissement. Il lui fallait une bonne dizaine de minutes pour parcourir l’ensemble des couloirs tortueux qui menaient là-bas. Elle arriverait en retard de toute manière. Elle cueillait la retenue du soir, à coup sûr.

Judy sauta de son refuge d’un bond souple, traversa la forêt, monta les escaliers quatre à quatre et se précipita dans les nombreux corridors du collège. Le plancher grognait sous chacun de ses pas comme s’il était doué de vie. Elle parvint devant la porte close de la classe un peu essoufflée. La voix de la professeure à l’intérieur dictait déjà la leçon.

— Je passerai ma soirée à copier des lignes dans la salle d’étude devant l’œil vigilant de M. Olivertown, soupira-t-elle avec lassitude.

Depuis son entrée au foyer du Petit Bois, elle collectionnait les punitions. Elle n’avait jamais été très ponctuelle. Il y avait bien une autre question qui la taraudait ces temps-ci : Pourquoi, après tant d’années de maladresses, ne l’avaient-ils pas encore renvoyée de l’établissement pour un autre foyer de province ?

« Mme Rotenberg a dû tomber amoureuse de moi, et a dû insister longtemps auprès du directeur pour l’empêcher de me mettre dehors », ironisa intérieurement Judy en toquant à la porte.

— Entre, Judy, ordonna une voix stricte, étouffée par l’isolation des murs.

Judy poussa la porte entrouverte avec le pied, révélant le visage furieux de Mme Rotenberg, la professeure de français, qui la fixait d’un œil méprisant.

Cette femme portait des lunettes rouges éblouissantes dont la monture s’éternisait sur les côtés. Ses cheveux rêches étaient coupés courts et avaient l’immobilité d’une statue de marbre. Autrement, elle n’avait pas le corps d’une jeune sportive et devait avoir dans la cinquantaine.

— Excusez mon retard, madame, ça ne se reproduira plus, murmura Judy, les yeux plongés dans ceux de la professeure.

— Pardon ? « Ça ne se reproduira plus », tonna la professeure, furibonde. Ça doit faire plus de onze fois, depuis le début de l’année, que tu arrives en retard en répétant cette excuse ! Tu te moques de moi ?! Cela fait quatre ans que tu vis ici, Judy ! Quatre ans !

« Cinq ans bientôt… à vivre en enfer, entourée de gens insupportables, froids et orgueilleux. Oui, madame Rotenberg, c’est à vous que je pense ».

— On n’accepte plus ces excuses-là, continua Mme Rotenberg en accentuant de manière très désagréable chaque syllabe. File au bureau du directeur. Une ou deux heures de retenue ne te feront pas de mal, je suppose…

Tous les yeux de la pièce étaient braqués sur Judy. Elle rougit un peu. Le regard vert glacial de Kateline la détaillait, narquois. Judy résista à l’envie de se retourner et de lui adresser une réplique cinglante. Au lieu de cela, elle pivota sur les talons, le feu aux joues, et disparut dans les couloirs.

Judy traîna des pieds jusqu’au bureau de M. Olivertown. Elle hésita un long moment avant d’entrer, jeta des coups d’œil nerveux aux alentours. Le couloir était désert. Elle n’aimait pas se retrouver en tête-à-tête avec le directeur. Assis devant lui, on se demandait sans cesse pourquoi nous regardait-il avec autant d’amusement dans les yeux. Avons-nous mis notre pull à l’envers ? Nous sommes-nous assis sur la bonne chaise ? Avons-nous oublié quelque chose ? M. Olivertown était vraiment un personnage très intriguant.

Elle s’apprêta à frapper, quand :

— Entrez, mademoiselle Blyton…

Judy se para un sourire poli en pénétrant dans la pièce éclairée par le soleil, avant de poser la même question depuis quatre ans :

— Vous le saviez déjà ?

Sauf qu’il ne répondait jamais. Et pour s’assurer que cette fois-ci il répondrait, elle ajoutait toujours bêtement :

— … que je viendrai ici… ?

— Viens t’asseoir, Judy, dit M. Olivertown d’un ton indifférent, montrant du doigt l’une des deux chaises qui se tenait devant son bureau.

Le brusque changement du vouvoiement au tutoiement était paradoxal pour M. Olivertown.

Il était le fondateur du foyer du Petit Bois. Il était grand avec des yeux noirs pétillants, une petite moustache soigneusement pincée sur les côtés et des cheveux qui blanchissaient.

Judy gratta son long nez légèrement retroussé puis frotta son menton, un menton fin et discret tiré vers l’avant.

 — Encore un retard, j’imagine, devina M. Olivertown, amusé.

Il griffonnait sur un bout de papier, ses minuscules lunettes rondes menaçant de lui tomber du nez.

— Oui, soupira Judy.

Un silence s’abattit sur la pièce. On entendait plus que les râpeux coups de crayon sur le papier. Judy promena ses yeux bleus de part et d’autre de la pièce, suivant les rectangles lumineux des fenêtres et les contours sombres des bibliothèques aux moulures anciennes. Elle avait eu l’occasion d’y être convoquée plusieurs fois. Chaque fois, elle songeait qu’elle aimait l’atmosphère Napoléonienne qui se dégageait des tapis rouges et du mobilier.

— Prends, lui intima M. Olivertown en lui tendant le morceau de papier. Tu peux y aller.

Il revenait déjà à ses occupations quand elle quitta son bureau. Elle examina le bout de papier :

 

Retenue

18 heures-19 heures 30, Vendredi 21 septembre

Salle d'étude

Motif : retards trop fréquents.

 

Elle eut une moue ennuyée puis le fourra dans sa poche. Elle regagna la salle de français sans se presser.                                   

                                   

 

 

                      

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sifriane
Posté le 04/11/2020
Salut Prudence

Pour commencer j'ai une question, Judy vit en France mais pourtant tout le monde a un nom anglo-saxon ? est-ce que j'ai compris ?
J'aime bien le passage avec l'écureuil mais il pourrait être plus court à mon avis.
Ensuite, et cela n'engage que moi, je trouve que Judy est un poil cliché : orpheline, mal-aimée, solitaire...Même si ces aspects fonctionnent toujours dans les histoires tu pourrais sans doute lui apporter un petit quelque chose, ou une différence plus marquée. Ceci dit ce chapitre fonctionne bien malgré tout...
Prudence
Posté le 05/11/2020
Coucou sifriane,

Oui, je vais changer certains noms de famille ^^ Mais je n'ai pas d'idées pour le moment, donc je laisse décanter haha. L'orphelinat en revanche deviendra le foyer du Petit Bois et Kathleen deviendra Kateline. Voilà voilà.
Je n'avais jamais reçu cette remarque, j'espère qu'elle se démarquera plus tard...
Je note, je note :-)
Merci beaucoup pour ta lecture et ton commentaire, ça me fait plaisir en plus de m'aider !
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