1. L'expulsion

Diane luttait une fois de plus contre ses pulsions meurtrières. Face à elle, l’aristocrate à l’indécent chapeau fleuri déblatérait des questions sans reprendre sa respiration et triturait nerveusement un encrier sur le bureau. Diane détestait qu’on dérangeât ses affaires, qu’elle gardait alignées par ordre de grandeur. 

Elle s’était améliorée ces quatre dernières années (comprendre : faire taire) les clients, mais ce jour-là elle était distraite, à cause de l’enveloppe qui avait été coincée sous sa porte pendant la nuit. Elle était là, posée sur la table, cachetée avec le seuil de la Couronne. Ce n’était pas par idéologie que Diane rechignait à l’ouvrir — elle n’avait jamais participé aux murmures qui parlaient de renverser la royauté — mais parce qu’elle savait déjà ce que cette lettre annonçait. Elle l’attendait et la redoutait depuis le jour où elle avait claqué la porte de l’Académie.

— Quand est-ce que vous aurez des nouvelles de Tâche ? insista la cliente, en martelant ses ongles sur le comptoir.

— Elle s’en sort très bien, répondit Diane, avant d’ajouter : pour le moment.

La première fois que son patron lui avait hurlé dessus, c’était parce qu’elle avait fait une promesse qu’il n’avait pas pu tenir. Elle avait dit à l’enfant qui la harcelait depuis vingt minutes que son scarabée s’en sortirait parfaitement vivant si elle s’asseyait en silence. L’insecte était mort pendant l’opération. Il avait fallu des heures pour convaincre la petite fille que ça ne servait plus à rien d’attendre muette sur sa chaise, sans compter que les parents avaient hurlé au scandale, au mensonge, à l’imposture. Diane trouvait que c’était un peu exagéré pour un coléoptère, mais elle partait du principe que les capitalins s’ennuyaient ferme entre deux festivités nationales et qu’ils suivaient plus souvent leur caprice que leur bon sens. 

Elle trouvait Arroyos, la capitale aux mille canaux, magnifique, mais sa population l’avait dégoûtée, humiliée, épuisée. Elle rêvait d’en partir, mais pas par la porte arrière, vers le village, avec sa mère, sa grand-mère, son frère et les habitués de la boulangerie ; elle voulait la quitter par la grande porte, l’océan, cet horizon de vagues qui promettait des rivages tendres.

La voix du vétérinaire perça le silence. Il injuriait les astres. Face au regard insistant du chapeau fleuri, Diane se leva avec un soupir, traversa le couloir, toqua à la porte et passa sa tête dans l’entrebâillement.

— Vous êtes sûr que je ne peux pas vous aider ?

— Mais vous descendez vraiment de la Lune, vous, vous voyez bien que je suis occupé, lui répondit l’imbécile dont le seul mérite était de toujours lui verser son salaire en temps et en heure, le dernier jour de chaque lunaison.

— Alors ? demanda la cliente dès que Diane se rassit à son bureau.

La secrétaire lui épargna une description traumatisante de son compagnon : des sortilèges le maintenaient immobile, tandis que d’autres brûlaient les zones infectées de sa peau. La Couronne diffusait des messages rassurants via les colporteurs officiels, mais Diane constatait que l’état des canaux était de plus en plus préoccupant. Elle avait vu des lézards dont les écailles s’étaient teintées d’un rose pétard et un alligator qui avait perdu toutes ses dents (« C’est merveilleux », s’était exclamé le vétérinaire au client éberlué, « il ne risque plus de mordre vos hiboux ! »).

La porte de la salle d’opération s’ouvrit, faisant sursauter les deux femmes. Le vétérinaire apparut dans le couloir et Tâche s’extirpa de ses mains, sautant dans celles de la cliente. Tandis que femme et grenouille frottaient longuement leur tête l’une contre l’autre, Diane se fit la réflexion qu’elle n’était aussi proche de rien ni personne. La solitude était un fléau commun dans les grandes villes, mais elle avait quand même eu le talent rare de ne donner aucune nouvelle à ceux qui avaient souhaité en prendre un jour.

Suite au départ du batracien, le vétérinaire annonça qu’il rentrait aussi et demanda à Diane d’en profiter pour ranger l’intégralité des dossiers par ordre chronologique depuis leur dernière visite. C’était le genre d’ordres stupides qu’il aimait donner, pour ensuite lui exiger, excédé, de bien vouloir les remettre par ordre alphabétique. 

La secrétaire le fixa tandis qu’il quittait la pièce, les yeux concentrés tantôt sa silhouette, tantôt sur ses fils colorés d’énergie et de mana dans la toile. Si elle en soutirait un peu trop, il perdrait connaissance. « On ne joue pas avec la magie », lui avait répété sa grand-mère Ludivina, dont la voix, même dans sa tête, la fit sourire. Elle lui en voulait encore de lui avoir tiré les oreilles et pincé les joues, de l’avoir réveillée à trois heures du matin en l’aspergeant d’eau froide et prise pour cobaye de pâtisseries aux goûts infects ; mais, malgré tout, elle lui manquait. Le temps que Diane ressortît de sa rêverie, la porte avait claqué et elle était seule avec les dossiers.

Elle décacheta sèchement l’enveloppe et y trouva sans surprise une convocation à l’Office Migratoire. Elle avait quelques heures avant de devoir se présenter sagement à son expulsion. Elle jeta un regard à son bureau, où elle avait lu tant de récits de navigateurs. Si elle acceptait son sort, elle se retrouverait de retour dans son patelin, mariée et engrossée, sans trop savoir comment c’était arrivé. 

— T’arrives plus tôt que d’habitude, s’étonna le marchand de bijoux lorsqu’elle atteignit le bazar.

Il tenait un miroir devant une cliente qui essayait un pendentif de coquillage. Diane aperçut son reflet dedans, bien qu’elle fît une tête de moins que la dame, et fut consternée par le teint pâlichon qu’avait pris sa peau pendant l’hiver à la capitale. Avant son déménagement, quand elle vivait plus dehors que dedans, son visage tirait vers le même brun que ses yeux. Même ses cheveux châtains avaient perdu les mèches blondes qui les rendaient rieurs. « Ça ne fait du bien à personne, la capitale, restez plutôt aux Sept », répétait Ludivina aux colporteurs qui toquaient à la porte. 

Excédée par la proximité de Diane, la cliente poussa un soupir qui tenait du grognement et s’éloigna, le porte-monnaie encore rempli. La jeune femme s’inclina vers le marchand pour s’excuser.

Tous la connaissaient parmi ces étals où marins, brigands, danseurs et colporteurs faisaient leurs affaires de jour comme de nuit. Quotidiennement, Diane enquiquinait chaque équipage, puis flânait entre les étoffes, épices, vases en céramique. Elle finissait ses virées portuaires sur le muret de la jetée, pour observer, à travers la toile chatoyante, l’océan, les navires et les matelots, liés les uns aux autres sans le savoir, à travers les départs et les arrivées, les arnaques et les gentillesses.

Si on lui faisait remarquer son comportement étrange, elle prétendait être simplette ou mélancolique, car c’était le propre des myfyrs de voir l’unité de tout ce qui existait à travers l’illusion des formes, et ça faisait belle lurette qu’être myfyr n’était plus un honneur mais une calamité. Diane suivait docilement depuis l’enfance le conseil de sa mère : ne pas parler de sa magie et ne pas se faire prendre.

— Faut ce qu’il faut, répondit enfin Diane en agitant l’enveloppe.

Le marchand eut un sourire crispé et détourna les yeux. Elle ne pouvait pas lui en vouloir : elle avait fait pareil lorsque d’autres exempts lui avaient montré leur convocation. Chez les septains — les habitants de la région de Salmuera, où trônaient les somptueux Sept Lacs — les superstitions pullulaient, dont celle indécrottable que tout était contagieux. En digne villageois des Sept, le bijoutier sortit une plume de son tablier et balaya l’air devant lui pour éloigner le mauvais sort.

— On n’est jamais assez prudents, s’excusa-t-il en haussant les épaules.

— Avec un peu de chance, un mousse sera mort, plaisanta Diane, obtenant en réponse un regard dégoulinant de compassion.

Elle continua sa route vers le troquet Le Bout du Quai, un établissement où, le soir venu, les tables collaient et les vannes fusaient. On y trouvait toutes sortes d’informations, à condition de savoir se délester d’une pièce au moment opportun. Diane y avait dépensé une partie considérable de ses salaires, cherchant, à travers les rumeurs et équipages, un navire qui voudrait bien d’elle.

L’ennui, c’était que les arts marins se transmettaient de parent en enfant et que le père de Diane n’était pas resté assez longtemps pour lui enseigner plus que trois noeuds et quatre vents. Personne ne voulait d’un matelot qui ne savait pas naviguer : ça encombrait le pont en pleine tempête et ça vomissait par-dessus la rambarde lorsqu’il fallait hisser les cocotiers. La voile, ça s’apprenait petit ou ça ne s’apprenait pas.

C’était pourtant de son père qu’elle avait hérité de ce rêve de voir le monde entier, en particulier des carnets de voyage qu’il lui avait lus avant de disparaître dans ses récits. Les septains éprouvaient une méfiance historique envers les marées et ne tenaient pas à découvrir ce qui se tramait au-delà de leurs frontières ; son père y avait déménagé par amour mais ne s’y était jamais tout à fait senti chez lui. Il partait et revenait si souvent que Diane en avait eu le tournis et sa mère les larmes aux yeux. Après une énième dispute, il n’était tout simplement pas revenu. Diane s’était cachée dans l’embrasure d’une porte et l’avait regardé mettre son chapeau et prendre sa malle, pensant que peut-être, si elle ne lui disait pas au revoir, il serait obligé de revenir. Elle avait attendu huit ans, puis était partie étudier à la capitale. Elle n’y avait mené aucune recherche, de peur de le découvrir installé dans une vie tranquille où elle eût pu avoir sa place s’il l’avait souhaité.

Elle dut contourner un amas de clients qui lorgnaient sur des objets à l’effigie de dragons : des porte-clés, porte-monnaies, parapluies, éventails, jouets pour enfants. Diane secoua la tête, exaspérée par l’hypocrisie de cette population qui célébrait en permanence la victoire contre ces reptiles tout en s’affublant d’écailles pour leur ressembler.

Diane poussa un peu trop fort la porte du troquet vide.

— Voilà la petite qui revient, s’exclama le propriétaire du troquet à l’adresse de sa femme, qui préparait la cuisine pour le service du soir.

— Mais c’est pas l’heure ! s’écria-t-elle en réponse.

— Elle dit que c’est pas l’heure, répéta-t-il à Diane, comme s’il y avait la moindre chance qu’elle n’eût pas entendue.

— Il n’y aurait pas une expédition qui part là, aujourd’hui ?

— À qui il manquerait deux bras ? J’pense pas.

— Et les Loups de Mer ? demanda sa femme.

— Sont partis hier avec un duc qui n’avait plus un sou. Un qui a passé trop de temps à la Ceinture, si tu veux mon avis.

Diane grimaça : malheur à celui qui ne payait pas en temps et en heure ses dettes de jeux et autres divertissements nocturnes.

— J’ai besoin d’embarquer sur un navire fissa, désespéra Diane en posant l’enveloppe sur le comptoir.

Le propriétaire cessa de frotter le comptoir avec son torchon et fixa plutôt l’enveloppe en tirant sur sa moustache. Son silence intrigua son épouse, qui les rejoignit, suivit son regard, et tira la même tête d’enterrement.

— Pauvre gamine. En même temps, ça te fera du bien de retrouver ta famille, non ?

Diane savait qu’elle disait ça parce que ses enfants marins lui manquaient. Elle n’avait pas tort, ceci dit. Diane n’avait pas vu sa famille depuis quatre ans, lorsqu’elle avait commencé à leur mentir sur l’Académie. Quatre ans qu’elle trimait sur des tâches inintéressantes pour des patrons capricieux. Quatre ans qu’elle logeait dans la chambre humide d’un sous-sol avec le martèlement des vêtements que les blanchisseuses fouettaient sur le mur mitoyen. Quatre ans qu’elle renonçait à tuer les cafards qui vivaient avec elle, préférant leur tohu-bohu au bruit si solitaire de la goutte qui tombait irrémédiablement du plafond. Elle n’avait jamais essayé de décorer la chambre, parce qu’elle craignait que ça jette le mauvais sort sur ses envies de voyage. Résultat : elle avait passé quatre ans à quai, dans un taudis, sans un seul dessin au mur, avec les mêmes draps troués qu’à l’arrivée.

Prise en étau entre les quatre yeux du couple, Diane s’extirpa du troquet pour se rendre au dernier endroit qui pouvait lui sauver la mise.

Dans sa hâte, elle bouscula une famille qui contemplait avec ravissement un spectacle de rue. Ils applaudirent lorsque l’artiste fit voltiger l’écume en couronnes au-dessus de leurs têtes. Les flotteurs étaient redevenus à la mode depuis qu’une terrible sécheresse s’étaient abattue sur les régions agricoles de l’ouest. Plutôt que de récolter des pièces auprès des touristes, se dit Diane amèrement, le saltimbanque ferait mieux d’aller aider les paysans ruinés. Mais ce n’était pas ses affaires. Ses affaires, c’était de trouver comment se tirer d’ici en bateau plutôt qu’en train. 

Elle arriva au mur d’annonces à la peinture écaillée, où les demandeurs écrivaient à même la façade. Elle le parcourut du regard et y trouva un espoir insensé : ACADÉMIE CHERCHE POLYGLOTTE — URGENT. Les entretiens auraient lieu le lendemain dès l’ouverture de l’école. Elle sentit son visage se tordre dans un mélange d’amusement et d’angoisse. S’il y avait bien un employeur au monde qui ne voudrait pas d’elle, hormis la centaine qui lui avait déjà demandé poliment, puis avec de plus en plus d’agacement, de quitter leurs bureaux, c’était l’Académie. Lorsqu’il avait été temps d’entraîner son essence magique, dans des cours en tête-à-tête avec une marraine, plutôt que de prendre le risque de se confier sur la sienne, qu’elle devait maintenir secrète, Diane avait paniqué et fui au milieu de la nuit. Pour se consoler, elle s’était convaincue qu’elle avait assez appris et que l’école, ce n’était pas fait pour elle. Elle avait enfermé ses cahiers soigneusement tenus dans une malle achetée pour trois pièces au bazar, s’était installée dans son sous-sol miteux et n’était jamais revenue s’expliquer ou dire au revoir. C’était il y a des années, cependant... Peut-être qu’ils ne s’en souviendraient pas ?

Un regard vers l’horloge lui indiqua qu’il était temps de se rendre à l’Office Migratoire. En remontant le port vers la Caserne, ce complexe militaire désaffecté et reconverti en bureaux administratifs, elle croisa deux matelots qui savouraient des sorbets à la framboise.

— Toujours pas ! dit l’un d’entre eux avant même que Diane lui demandât s’il restait un poste sur son embarcation.

Ils bûchaient sur un navire particulièrement distingué : celui de l’ambassade. Ils transportaient des hauts dignitaires de pays en pays, parfois pour le travail et parfois pour les vacances, payées par la Couronne, à Smiltë, la station balnéaire au sud de Madeira.

Diane avait rencontré l’un de leurs employeurs, à l’époque, lorsque, désespérée de s’être fait refuser le passage à chaque ambassade, ministère, office, négoce et temple, elle avait suivi une ambassadrice jusque dans un restaurant au sommet de l’unique tour d’Arroyos. Là, se débattant contre les serveurs qui tentaient de la faire sortir, elle avait plaidé sa cause et demandé :

— Pourquoi nous faire venir à l’Académie et nous promettre qu’on aura le droit de rester ensuite, alors que nous n’avons aucune chance d’être recruté où que ce soit ?

L’ambassadrice avait fait une moue, signe qu’elle réfléchissait véritablement à la question, mais elle n’empêcha pas pour autant les serveurs de la jeter dehors et d’appeler les casqués. La marnée avait passé la nuit derrière les barreaux mais n’avait rien regretté : elle avait besoin, de temps en temps, de dire ce qu’elle pensait. À force de mariner en elle, sinon, ça lui donnait la nausée.

Diane fit un signe de tête aux casqués postés à l’entrée de la Caserne, de chaque côté du portail sinistre. Elle passa devant le temple d’Aurinko, le dieu-soleil, où des citoyens payaient leur taxe annuelle. Les uns, fièrement vêtus et la tête haute, réglaient la somme exorbitante qu’Arroyos demandait à ses résidents pour l’entretien des pavés, canaux et palais, tandis que les autres, harassés, avaient voyagé en personne depuis leur province éloignée pour régler les maigres sous que la Couronne leur exigeait. Des casqués accompagnaient les marnés depuis la gare, puis de retour jusqu’au train.

Diane se dirigea vers la bâtisse dont les hauts murs gris et le toit de verre accueillaient des hordes de marnés. Elle contourna la file d’attente des provinciaux fraîchement arrivés, et avança jusqu’au département de démigration. 

Une pancarte définissait les droits et devoirs des exempts, cette catégorie de marnés — dont Diane faisait partie — qui avaient obtenu le droit de résider dans la capitale sans payer de taxe. En échange, ils devaient se rendre indispensables à la ville aux milles canaux. À chaque recensement, les fonctionnaires consultaient leur dossier et décidaient s’ils méritaient de rester un cycle de plus à Arroyos. Certains recalés avaient tenté de se cacher dans les bas-fonds de la Ceinture mais ils avaient systématiquement été retrouvés et ramenés à la frontière : les récompenses pour délation dotaient l’administration de milliers d’yeux.

Une employée triait des papiers à son bureau, face à une chaise vide que Diane s’empressa de remplir. 

— Je vois qu’il vous reste vingt-quatre heures pour quitter la ville... À moins que votre situation professionnelle ait changé ?

Les neurones de Diane tournoyaient tandis qu’elle dévisageait le visage morne de son interlocutrice. Celle-ci ne voulait pas de monologues, excuses ou justifications. En scrutant ses traits, Diane fut certaine qu’elle non plus n’était pas née dans la capitale : en tant que marnée, elle devait veiller à sa propre survie dans les murs. Elle ne ferait pas d’exception sentimentale pour elle, ne s’occuperait que de faits. Si Diane disait que non, rien n’avait changé, c’était fini : l’employée allait noter l’horaire de cet entretien sur le dossier et ainsi lancer le compte à rebours. Le mur du port lui revint en tête, avec la calligraphie élégante de l’Académie. C’était le dernier espoir, et il avait beau être ridicule, vain, et cruel, son cerveau s’y accrochait comme un poulpe à son rocher.

— J’ai un entretien d’embauche. Demain. À l’Académie.

L’employée acquiesça.

— Intéressant, décréta la fonctionnaire d’un ton plat et indifférent. Tout à fait le genre d’opportunités qui pourraient vous obtenir une prolongation.

Diane sourit, soulagée.

— N’hésitez pas à apporter votre contrat si vous êtes prise et nous apporterons les modifications nécessaires à votre dossier.

— D’accord.

— Le cas échéant, continua l’employée imperturbable en notant l’heure de l’entretien sur la première page du dossier, vous êtes priée de quitter la ville demain. Si vous ne partez pas de votre plein gré, ce sont nos forces de l’ordre qui vous escorteront à la gare et vous aurez interdiction ferme de revenir à Arroyos, hormis pour payer votre taxe annuelle. Est-ce que vous avez des questions ?

Diane fixait le document sur lequel l’heure était désormais inscrite. Il lui restait vingt-trois heures et cinquante-six minutes avant de se présenter à la gare pour sa démigration. Ainsi donc, la grouillante et humide capitale, telle une fleur carnivore, s’était lassée de la dévorer et, désormais rassasiée, la recrachait. Diane secoua la tête pour mettre fin à l’entrevue. Avec un sourire poli, l’employée conclut :

— Merci pour votre séjour parmi nous.

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Chacardi
Posté le 28/11/2022
Salut Nanouchka !

Ravie de prendre connaissance de ce roman, qui, bien que très fourni ne fait pas tourner de l'oeil ! je trouve le style très juste, et les dialogues pertinents , tout comme ton univers qui me semble vraiment très riche. Evidemment des questions subsistent après ce premier chapitre mais rien de plus normal, en tous cas rien qui ne donne envie d'aller plus loin. Diane a l;'air d'être un personnage travaillé depuis longtemps, je ressens un forme de maturité dans sa façon de prendre vie au fil des lignes, on sent déjà ses failles et on devine de grandes forces, je trouve que c'est assez fort dans un premier chapitre !

En tous cas je suis convaincue de revenir, je t'ajoute à ma pile également ! A très bientôt ;)

Cha
Nanouchka
Posté le 28/11/2022
Merci infiniment pour ta lecture et ces mots si encourageants, Cha <3
Gabhany
Posté le 25/11/2022
Bonjour Nanouchka ! Alors d'abord laisse-moi te dire que j'adore ton style, j'ai été entraînée dès le début du texte par la scène avec le vétérinaire. Il y a beaucoup d'infos on sent un vrai background, mais je ne me suis pas sentie perdue pour autant. Les désirs de l'héroïne et sa personnalité sont assez clairs dès le départ, et je suis intriguée par son passé et ce que c'est que myfyr. Bref, j'ai très envie d'en apprendre plus, je reviendrai !
Nanouchka
Posté le 26/11/2022
Bonjour Gabhany, merci beaucoup pour ta lecture et tes petits mots qui font chaud au coeur, surtout en période de premier jet, surtout à la moitié du premier jet (ce fameux moment où l'écriture ralentiiiiiit). À très vite, alors !
Zlaw
Posté le 09/11/2022
Bonjour Nanouchka !


En bonne harceleuse folle (mais gentille), je continue ma route parmi tes écrits. Et en accord avec mon esprit de contradiction, je jette mon dévolu sur tous sauf celui qui est nominé aux Histoires d'Or. Normal. xD

On découvre beaucoup d'éléments de contexte, dans ce premier chapitre, parfois encore mystérieux :
- la Toile : qu’est-ce donc, exactement ? On comprend que ça a un rapport avec la magie, peut-être une sorte de champ perceptible de ceux qui en sont dotés.
- la capitale, Arroyos, une ville un peu paradoxale. Quelques quartiers sympathiques (le port, le marché) mais aussi des bas-fonds, et cette étrange relation à la province, qui ne semble pas nécessairement très saine. À explorer plus en détails pour se faire un véritable avis, cependant. Les Casqués font à la fois peur et pourraient être une présence policière somme toute classique, indépendamment des lois qu'ils semblent faire appliquer.
- les Ceintures/la Ceinture. On rencontre d’abord le terme au pluriel sur une grenouille domestique, et après au singulier, plutôt évoquée comme un lieu. J’attends des précisions, mais ma curiosité est attisée. ^^
- la région des Sept, d’où viennent les "marnés", si je comprends bien. Et ainsi nommée à cause de ses Lacs. La province, en gros. Une sorte de campagne, mais où la vie semble comme qui dirait arriérée, si Diane pense qu'y retourner équivaut à mariage et maternité forcés. =/
- une victoire passée contre les dragons. C'est mentionné rapidement mais ne passe pas inaperçu, en partie à cause du résumé.
- une menace d’expulsion, liée à l'étrange équilibre établi entre capitale et province. De prime à bord ça paraît un peu cruel, mais d'un autre côté, se rendre utile ne paraît pas une demande excessive. Toute la subtilité réside sans doute dans la définition choisie pour l'utilité en question. Encore une fois, affaire à suivre. Diane est-elle réellement victime d'une injustice ? Aussi froide la dame de l'Office Migratoire soit-elle, c'est peut-être juste que son job est nul. J'aime bien essayer de garder l'esprit ouvert. Notamment parce que, une fois que mon opinion sera forgée, j'aurais du mal à en changer. ^w^
- le statut de myrfyr, apparemment mal et vu et que Diane doit cacher. Encore une fois, le résumé nous indique que ça a un rapport avec les dragons, mais on souhaite tout de même en savoir un peu plus sur ce en quoi ça consiste. Le terme sonne bien, en tous cas.
- sa fuite de l’Académie justement parce que sa magie est particulière. A-t-elle été initialement convoquée là-bas ? Ça me semblerait logique, sinon pourquoi y aller en premier lieu. Sauf que, comment ont-ils su qu’elle avait de la magie sans savoir de laquelle il s’agissait ? Est-ce qu’ils convoquent tout le monde par défaut ? Est-ce qu'ils savent qui a des aptitudes magiques sans en connaître la nature exacte à l'avance ? Oui, je suis chercheuse de petite bête. Mais ça veut aussi dire que ça m’intéresse, rassure-toi. ^^
- le nouveau job à l'Académie. A-t-elle réellement une chance de l'obtenir, si on ne tient pas compte de sa fuite quelques années auparavant ? Si oui, combien de langues parle-t-elle ? Je trouverais étrange qu'elle ait été autant marquée par l'annonce si elle n'est pas effectivement polyglotte.

Dans l’ensemble, je trouve donc que c’est une très bonne entrée en matière.

La personnalité de la protagoniste n’est pas encore très marquée, mais ça va venir. Trop fort trop vite, c'est parfois maladroit. Et on en sait déjà beaucoup sur son père, qui lui a légué son côté Moana qui regarde l'horizon en rêvant d'y naviguer. xD

La scénette chez le vétérinaire est décalée et entraînante. Il y a un côté déroutant à mélanger un véto (concept plutôt moderne, dans mon esprit, surtout pour un animal de compagnie) avec un monde où la magie existe (type de monde qu'on associe plus souvent à une ambiance médiévale, quand même) sans pour autant placer ça dans un endroit complètement moderne non plus (car je n'ai pas vu trace de quelconque ersatz de technologie, au sens électronique et compagnie). Je précise que je dis ça en bien, car ça change un peu. Les passages au marché et au port sont également un peu difficiles à situer en terme d’époque, ou en tous cas de ressenti d’époque, mais encore une fois c’est une bonne surprise.

En tous cas, on se sent en sécurité du point de vue du contexte. Même en ayant beaucoup d'interrogations, on sent que les réponses vont arriver en temps et en heure et que rien n’est juste pris pour acquis et laissé à l’interprétation entière du lecteur. Je pense qu’une mythologie solide est toujours une bonne base à avoir. J'aime bien lire et me sentir encadrée, sentir que la personne qui écrit sait où elle va. Je pense que c'est le cas ici.


Enfin, voilà. Je crois que c'est tout pour moi pour cette fois. Un fort premier chapitre qui laisse curieux de la suite. =)


P.S.: si ça aide, j’ai trouvé deux petits débris d’œufs dans ce chapitre.
- "le maintenaient immobiles" -> "immobile"
- "s’écria-t-elle celle-ci en réponse."
Nanouchka
Posté le 10/11/2022
Merciiiiiiiii !

Je corrige les coquillettes de suite.

Wow, t'as carrément relevé toutes les infos et ça me permet de constater qu'il y en a un paquet. Rien de plus ne va entrer ici, c'est bon à savoir. Je me mets des points d'exposition à faire dans les chapitres suivants, qui sont plus légers (mais du coup de moins en moins).

Contente que tu sentes que la lecture est encadrée, parce que bon sang ce sont des mois de recherches et construction que tu vois là.

Et oui, tu devines tout à fait juste : je suis une fan du cyberpunk, steampunk, et plus généralement tout mélange de fantasy et science-fiction, donc je crée ma propre époque, avec des points de développement qui me plaisent et changent un peu de d'habitude. Bien des surprises de ce point de vue là au fur et à mesure.

Merci encore pour ta lecture et ton commentaire !
Rubrik Abrak
Posté le 02/11/2022
hello

J'aime beaucoup ta plume. C'est très riche, abondant prolifique, foisonnant que sais-je encore. Ca attrape beaucoup de mots que ça noue en de longues phrases sans y perdre sa simplicité. J'ai comme l'impression d'y sentir une ritournelle, une berceuse quand je lis.

"Tous la connaissaient parmi ces étals où marins, brigands, danseurs et colporteurs faisaient leurs affaires de jour comme de nuit. Quotidiennement, Diane allait d’abord toquer à toutes les portes et enquiquiner tous les équipages, puis elle flânait entre les étoffes, épices, vases en céramique. Elle finissait ses virées portuaires sur le muret de la jetée, pour observer, à travers la Toile chatoyante, l’océan, les navires et les matelots, liés les uns aux autres sans le savoir, à travers les départs et les arrivées, les arnaques et les gentillesses."

C'est dans ce paragraphe que cette impression est la plus forte, on dirait presque les paroles d'une chanson


En général le trop plein d'informations peut parfois perdre le lecteur, mais ici j'ai la sensation d'être juste en dessous de la limite de l'indigestion et d'arriver jusqu'à une belle satiété. Si j'avais quand même un conseil à donner ce serait de parfois redécouper certaines phrases, car niveau souffle, aller plus loins que 4/5 ligne d'une traite demande de sacrés poumons.

ma phrase préféré est celle la :
"La solitude était un fléau commun dans les grandes villes, mais elle avait quand même eu le talent rare de ne donner aucune nouvelle à ceux qui avaient souhaité en prendre un jour."
J'adore la mélancolie qui s'en dégage, et le contraste avec la personnalité assez rayonnante de ton héroïne. N'hésite pas à nous offrir d'autres clairs obscurs par la suite.

De façon globale ta plume me laisse le gout une grande dextérité dans l'écriture, et une longue experience en la matière, mais j'ai aussi peur d'être dupé, car je n'ai qu'un chapitre pour juger. Quel est ton niveau de relecture pour ce chapitre ?
Rubrik Abrak
Posté le 02/11/2022
(ps : ça faisait un moment que c'était dans ma pile à lire et j'ai enfin trouvé le temps d'y jeter un oeil ejej)
Nanouchka
Posté le 08/11/2022
Merci, merci, merci pour ce commentaire, qui m'a aidée à tenir bon dans l'écriture ces derniers jours. (J'ai commencé le chapitre 14 aujourd'hui !)

Ce chapitre je l'ai relu peut-être une quinzaine de fois en une semaine. À chaque fois je lissais des détails, tournicotais et retournicotais les phrases. C'est chouette que le résultat te semble fluide, et je me note de faire attention aux phrases qui n'en finissent plus.

Merci encore !
EryBlack
Posté le 23/10/2022
Hello Nanouchka ! Après cet échange sur ton jdb j'étais curieuse de découvrir le premier chapitre !
J'aime bien ce début in medias res. Le côté minuté du trajet de Diane, la sentence qui la guette et ses efforts pour s'y soustraire, c'est très accrocheur, je trouve top de commencer par là. J'ai l'espoir que le deuxième chapitre apporte une solution à son problème. J'ai aussi l'espoir que cette solution ne sera pas forcément celle qu'on attend, parce que c'est plus marrant si c'est inattendu !
J'ai un reproche à faire à ce chapitre. Récemment j'ai lu un bouquin de SF/fantasy hyper cool, dont le début m'a franchement déstabilisée parce que tout y est très peu expliqué ; mais la suite dévoile tout ce qu'on a besoin de savoir pour pouvoir suivre et j'ai trouvé ça vraiment très bien fait techniquement. (Le bouquin c'est le tome 1 des "Livres de la Terre fracturée" de NK Jemisin) Eh bien dans ton premier chapitre, je trouve qu'on nous donne un peu trop de clés. Attention hein, je trouve ça bien réalisé aussi, dans le sens où je n'ai pas eu d'effet "trop-plein" (peut-être aussi parce que j'avais lu le plan avant). Mais je trouve que distiller les infos au fur et à mesure pourrait aiguiser encore l'intérêt porté à l'histoire. Un exemple : le père de Diane. J'aurais vachement apprécié qu'on en sache très peu et qu'on découvre par la suite que ce que fait Diane est influencé par son désir de le retrouver (sans qu'on sache forcément avec exactitude à quel degré). Idem pour le fait que Diane est une myfyr : ça aurait pu être cool d'évoquer les myfyrs sans pour autant révéler qu'elle en est une tout de suite. En fait, j'aime bien quand les narrations très centrées sur un personnage nous dupent en dissimulant des informations importantes. Je ne suggère pas de les garder en réserve 10 chapitres durant, hein, mais juste deux ou trois chapitres plus loin, ça peut faire son petit effet, je trouve. À mes yeux, ça donne de l'épaisseur au personnage, dont on connaît pour le moment surtout la détermination et c'est un trait central très cool pour un personnage principal, pour moi on n'a pas besoin de connaître tout son background immédiatement. Mais je pense que ça dépend aussi grandement de la façon dont tu as organisé tes "livraisons" d'infos, peut-être qu'il y a un équilibre à respecter avec les chapitres suivants, donc... tu es évidemment la mieux placée pour savoir !
Pour le reste des infos, essentiellement liées à ton monde et son organisation, j'ai beaucoup apprécié ces petites touches : les dragons, la sécheresse, les superstitions, la magie... C'est franchement sympa et très naturel puisqu'on suit Diane dans ses déambulations. Et du coup j'aime bien aussi que certains trucs soient évoqués sans être expliqués, comme la Ceinture, par exemple !
Des choses relevées au fil du chapitre :
- "Diane se leva avec un soupir, traversa le couloir, toqua (à) la porte"
- les virgules avant "et" : il y en a vraiment beaucoup. J'ai remarqué parce que c'est un tic que j'ai aussi et qu'itchane avait relevé dans une de ses BL. Certaines fois, ça se justifie par le rythme ou une construction de phrase particulière, mais d'autres fois tu peux nettement faire sauter les virgules pour alléger le tout.
- "pour régler les maigres sous que la Couronne leur exigeait" : que la Couronne exigeait d'eux

Merci pour ce chapitre, c'était chouette à lire !
Nanouchka
Posté le 24/10/2022
Merciiiiiiii pour ce magnifique commentaire, je n'aurais pas pu rêver mieux en premières opinions sur ce texte qui me tient tant à coeur.
{*} Je suis mille fois d'accord sur ce que tu dis au sujet de la livraison d'informations : j'adore quand les romans nous révèlent les personnages morceau à morceau. Qu'on ait la place de se poser des questions sur eux. Je me note d'ores et déjà ça comme piste de réécriture, de distiller les "secrets" au sujet de Diane petit à petit.
{*} Hyper rassurée qu'il n'y ait pas le fameux effet trop-plein des débuts de romans fantasy/SF.
{*} OUI POUR LES VIRGULES, j'ai remarqué cette obsession ce weekend : je relisais le début du seigneur des anneaux, et j'ai vu qu'ils ne font pas ce truc-là du tout. Idem dans À la croisée des mondes. Moi, au départ, je pensais que c'était la seule façon que la phrase soit correcte syntaxiquement (je ne sais pas d'où j'ai tiré cette idée), mais j'ai pris conscience qu'apparemment pas (déjà), et que oui, le rythme prévaut : ça reste un conte, donc ça se fait beaucoup au rythme. À partir du chapitre 9, j'arrête enfin ce tic, et maintenant il va falloir que je revienne en arrière pour alléger tous les précédents.
{*} Merci pour les coquilles/détails !
Merci infiniment pour ta lecture attentive <3
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