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Notes de l’auteur : Je suis tellement excitée (et anxieuse) de vous présenter ce nouveau roman ! ^^
Nouveaux chapitres tous les mardis et samedis - bonne lecture !
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Le château se dressait au milieu de vieux arbres dépenaillés. Il n’avait pas vraiment meilleure allure qu’eux : le crépis se détachait par grandes plaques des murs, laissant apparaître des pierres inégale qui avaient connu des jours meilleurs. Les volets étaient fermés – là où ils n’avaient pas encore été remplacés par des planches cloués en travers des fenêtres.

Alexia s’immobilisa au milieu de l’ancienne pelouse centrale, revenue depuis ce qui semblait des années à l’état sauvage, et prit quelques clichés de la façade dans la lumière tombante tandis que les hautes herbes effleuraient ses cuisses à travers les trous de son jean. Puis elle remit son appareil en bandoulière et s’avança sur le perron, prenant soin de ne pas glisser sur les marches couvertes de mousse. Elle ignora la monumentale porte d’entrée, dont l’épais verrou était de toute évidence neuf, et suivit plutôt la terrasse pour contourner la demeure, à la recherche d’une fenêtre mal fermée ou d’une porte plus accessible.

À l’arrière s’étendait un ancien jardin orné d’une grande fontaine tarie, où la nature avait tout autant repris ses droits qu’ailleurs dans le domaine. Les massifs de rosiers s’étaient tellement développés qu’ils commençaient à remonter sur la terrasse, dressant des épines redoutables qu’Alexia prit également en photo, avec en arrière-plan la silhouette d’une statuette méconnaissable sous le lierre qui la recouvrait. Elle sourit, satisfaite de ce qu’elle voyait du cliché, avant de se remettre à la recherche de son point d’entrée.

Il ne lui fallut que quelques minutes pour le trouver : une des portes-fenêtres avait été condamnée avec du bois de mauvaise qualité, qui avait pourri sous l’effet des éléments. De l’autre côté, la vitre avait en partie cédé aux intempéries. Il y avait des volets intérieurs, mais elle parvint à les repousser en faisant jouer l’espagnolette avec la lame émoussée de son vieux couteau de poche, prenant garde à ne pas se blesser sur les bouts de verre qui dépassaient encore des montants.

Enfin, le château s’ouvrit à elle.

Alexia rempocha son canif avant d’allumer sa lampe-torche et de faire lentement un tour de la pièce où elle se trouvait, avançant avec précaution. C’était un salon et elle fut surprise de le trouver meublé de formes fantomatiques, protégées de la poussière sous d’immenses draps jaunis. Elle en souleva quelques uns et émit un léger sifflement : elle s’y connaissait plus en architecture qu’en ameublement, mais même elle était capable de reconnaître la qualité et l’antiquité de ces fauteuils. Elle effleura le tissu jaune soyeux qui en ornait un, avant de laisser retomber le drap en place et de s’enfoncer dans les entrailles de la maison.

Petit salon, cuisine, un bureau – elle passa un moment dans la bibliothèque, admirant les rangées de couvertures en cuir derrière les vitres poussiéreuses, et fut prise d’un doute : elle avait l’habitude d’explorer des maisons abandonnées, et celle-ci ne le semblait pas tant que ça. Est-ce qu’elle avait pu manquer un système d’alarme ?

Sans doute valait-il mieux ne pas trop s’attarder, au cas où.

Elle traversa ce qui ressemblait à une chambre puis trouva un couloir et monta à l’étage. L’escalier était superbe et elle prit un instant pour essuyer la poussière et contempler les motifs du bois qui se dissimulaient dessous. Il y avait des feuilles mortes un peu partout et Alexia lança un regard méfiant vers l’étage : si le toit avait cédé quelque part, de l’eau avait pu s’infiltrer et rendre les planchers dangereux. Elle hésita un instant, mais elle n’était pas sûre de pouvoir revenir ici, si jamais les propriétaires étaient alertés de sa visite : elle décida de prendre le risque tant qu’elle en avait encore la chance, et monta rapidement l’escalier. Au moins, un trou dans le toit signifiait qu’il y aurait peut-être assez de lumière pour faire de beaux clichés, sans avoir à toucher aux volets qui devaient tous être coincés.

Les chambres de l’étage ressemblaient aux pièces du bas, avec la même couche de poussière épaisse et les mêmes draps recouvrant les meubles. Le toit devait être en mauvais état, à en juger par les plafonds : l’un d’eux était simplement cloqué, mais dans une autre pièce, il était carrément crevé, les poutres effondrées dans la lumière du soir. Alexia prit quelques photographies et réalisa soudain que, de l’autre côté de la pièce, se trouvait un tableau sur le mur. Il y en avait dans les couloirs et dans d’autres pièces, mais tous avaient été soigneusement couverts ; la protection de celui-ci lui avait été arrachée lorsque l’une des poutres était tombée. D’ailleurs, la toile même semblait avoir souffert, un pan retombant mollement, pas même secoué par le vent qui sifflait par l’ouverture.

Alexia tenta de zoomer, mais il faisait trop sombre et elle n’avait pas emmené le bon objectif : elle n’obtiendrait pas une image d’une qualité suffisante pour ce qu’elle voulait. Elle hésita à nouveau, consulta sa montre – une demi-heure s’était écoulée depuis son entrée dans les lieux. Il fallait qu’elle parte. Si elle avait déclenché une alarme, la police ou une société de gardiennage devaient déjà être prévenus. Intervenir sur ce genre d’intrusion ne faisait pas partie des priorités de la police, selon son expérience, mais les sociétés privées étaient plus réactives. Chaque minute passée augmentait le risque que quelqu’un vienne inspecter les lieux.

Elle finit par secouer la tête avec un demi-sourire. Elle n’était pas devenu exploratrice urbaine parce qu’elle était particulièrement prudente, et ce n’était pas pour rien qu’elle s’était acquis une réputation de trompe-la-mort. Elle était trop curieuse de voir qui était représenté sur ce tableau. Elle remit son appareil en bandoulière, l’ajusta dans son dos, puis se mit en marche entre les poutres d’un pas prudent.

Elle réussit à éviter trois lattes de plancher en mauvais état ; mais la dernière était dissimulée sous un pan de drap taché de moisissure et elle n’entendit que trop tard le craquement sinistre qui résonna dans la pièce, au moment où le sol se dérobait sous son pied. Elle tenta de se retenir à l’une des poutres, mais elle n’était pas stable, et avant même d’avoir eu le temps de réaliser ce qui lui arrivait, Alexia bascula avec un cri tandis qu’un pan entier du plancher s’effondrait.

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Lola Rhoswen
Posté le 30/03/2021
J'ai accroché de suite à ton histoire et hâte de découvrir la suite.
Et la rencontre promise.
lecture fluide, la visite est réaliste, tout est bien écrit.
quelques "erreurs" à mon sens :
ligne 3 : pierres inégale avec un s (pluriel)
plus loin : de qualité et d'antiquité , c'est bizarre j'aurais mis "ancienneté" plutôt, ce n'est que mon avis, bien sûr.
puis : avant de laisser retomber le drap, pour moi le "en place" est superflu.
Ceci ne gêne en rien la lecture.
Je vais de ce pas lire le second chapitre
Gwenifaere
Posté le 30/03/2021
Merci d'avoir pris le temps de commenter ! Contente que ce début te plaise. Merci aussi pour les typos relevées, je note ^^
Gabhany
Posté le 15/03/2021
Hello Gwenifaere !
Un chapitre d'introduction bien sympathique ! J'ai bien aimé les descriptions du début, elles donnent envie d'explorer avec Alexia. J'ai repéré deux ou trois petites coquilles, notamment dans le premier paragraphe : crépi sans s, inégales avec, planches clouées (il manquait un e).
Je pense que je lirai la suite avec plaisir !
Gwenifaere
Posté le 15/03/2021
Coucou ! Merci pour le com, et pour les coquilles relevées (damnation ! Décidément en-dessous de 10 relectures j'en laisse toujours passer T_T)
limapearl
Posté le 10/03/2021
Coucou,
Petit chapitre bien sympathique surtout les descriptions sont réussis sans devenir pesants. On se croirait à ses côtés. Surtout que j'adore les urbex notamment les vieux documents et de s'imaginer les familles qui peuvent vivre dans cette endroit. En plus, s'il y a des fantômes, c'est encore mieux!
Gwenifaere
Posté le 10/03/2021
Coucou ! Merci d'avoir pris le temps pour ce comm ^^
Je suis ravie de voir que plus de monde connaît et apprécie l'urbex que ce que je pensais ! C'est vraiment chouette comme pratique. En revanche, désolée, mais ne t'attends pas à des fantômes - pas à proprement parler en tout cas...
Maud14
Posté le 02/03/2021
Hello Hello!
Je viens de tomber sur ton histoire et le résumé m'a paru très attractif! Premier chapitre descriptif qui nous met bien dans l'ambiance, on imagine bien le château et on a envie de le découvrir avec Alexia!

C'est prometteur, je lis de ce pas la suite avec ce beau cliffhangher ;)
Gwenifaere
Posté le 02/03/2021
Pourrait-on dire... plancher-hanger ?
(pardon je sors)
Merci pour ta lecture, j'espère que la suite te plaira ^^
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