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Par Lucyie
Notes de l’auteur : Et c'est parti!

Un enfant s'éveillant sous les étoiles,

portant l'Air et ses apparats,

les yeux dévoilés

aux peintures d'un ancien temps,

montré par Aasvra

a l'aube d'un soleil naissant.

 

 

— Extrait du carnet Templier, traduit par       

 

 

 

 

 

 

              Il allait mourir.

        Il était en chute libre.

La peur grandissait au creux de son ventre.

       Il tombait.

       Il allait mourir.

Azel ouvrit brusquement les yeux. Le cœur battant, il observa sa cellule. Les chaînes retenaient ses mains contre le plafond, les murs en métal étaient si proches de lui que ça en était étouffant.

Le souffle court, il essaya de se calmer. Il n'allait pas mourir. Pas en tombant en tout cas. Il était solidement attaché par les mains et les pieds. Il n'y avait aucun risque de chute.

Mais alors d'où venait cette sensation?

Depuis qu'il était enfermé, Azel avait pris l'habitude de s'isoler dans ses souvenirs, dans ses rêves et ses cauchemars. Mais ce qu'il avait ressenti là était bien réel. Sa gorge en était encore nouée et son corps, qui avait depuis longtemps abandonné de se battre, était pourtant crispé.

Pourquoi avait-il peur d'une chute dans le vide? Était-il devenu faible au point de ne plus avoir confiance en son Duom? C'était un cadeau de Dhaara, de son dieu, il n'avait pas le droit de ne plus y croire. C'était tout ce qui lui restait.

Pourtant, la peur ne le quittait pas.

       C'était la première fois qu'il ressentait ça.

Non, c'était faux. Il avait eu peur dans sa vie. Il avait vu la mort, la souffrance, il avait été la proie avant de devenir le chasseur.

Ce sentiment de peur n'était pas le sien.

       Il avait chaud, il avait de la fièvre.

Cette impression de chaleur devenait de plus en plus forte. La cellule, elle, était glaciale. Azel leva son masque vers le plafond en métal.

Dhaara, qu'essaies-tu de me dire? Pourquoi je ressens la peur de quelqu'un d'autre?

       On l'avait vu.

       Tout le monde allait savoir maintenant.

       On allait le fuir.

       Il allait se retrouver seul.

Azel s'immobilisa, le visage en l'air. Il connaissait ce sentiment, cette peur. Il était déjà passé par là. Avoir peur de sa puissance avant de l'embrasser pleinement.

Un violent frisson lui secoua le bas du dos. Et il comprit.

L'Air.

Ces sensations et émotions n'étaient pas les siennes.

Elles appartenaient à un porteur du Duom Air. Quelqu'un d'autre comme lui. Il n'était pas seul !

L'espoir envahit Azel et il fit ce qu'il n'avait pas fait depuis quinze ans. Il parla.

— Tu m'entends? murmura-t-il d'une voix rauque.

Son corps fut alors vidé de toute énergie. Ça ne dura que quelques secondes mais Azel fut immédiatement essoufflé. Son corps squelettique était beaucoup trop faible pour supporter un quelconque changement. Il était devenu incapable de recevoir un message de son dieu sans trembler de fatigue.

En réalisant ça, Azel se détesta. Il détesta encore plus ce corps humain, trop petit pour héberger convenablement son esprit si parfait et son Duom si précieux, trop faible pour supporter les coups d'autres humains.

Il était lâche à rester ici. Son peuple avait besoin de lui, mais il n'avait plus la force de se battre. Il restait entre la vie et la mort, à servir de rat de laboratoire.

Les impressions qui n'étaient pas les siennes avaient disparues. Pourtant, il avait compris. Il avait lu assez de parchemins pour savoir ce que ce frisson voulait dire.

Il n'était plus seul.

Il devait sortir. Et si la prophétie était vraie ? Et s'il y avait quelqu'un ?

Dhaara venait de lui donner une mission. Trouver ce porteur d'Air et le guider était tout ce qui comptait à présent. Peu importait les murs, peu importait la faiblesse de sa chair, peu importait les soldats armés.

Azel n'avait jamais perdu sa foi et Dhaara ne l'avait jamais oublié. Il avait cru être trop pathétique pour mériter sa confiance, mais son dieu ne l'avait jamais abandonné.

À cette pensée, il sentit ses yeux devenir humides. Il n'avait jamais pleuré sous la torture, mais était prêt à le faire pour son dieu.

Son corps ne pourrait jamais supporter un combat direct. Il devait se faire plus malin que tout les autres, tout ceux qui ne servait à rien dans ce monde, qui n'avaient aucun rôle.

Il devait rester supérieur.

Un bruit grave déchira le calme de la forteresse. Habitué à ce silence profond, Azel grinça des dents. Il avait perdu la notion du temps, mais si la porte s'ouvrait, ça ne voulait dire qu'une chose: on venait lui rendre visite.

C'était peut-être les médecins. Peut-être quelqu'un d'autre.

Peu importait.

Lors des visites, les pièges étaient levés. Et il avait enfin une raison de sortir.

 

°°°°°

 

   Situées entre le Royaume de la Terre et la République Neutre, les Montagnes de Sels abritaient beaucoup de légendes.

Il y avait celles que les parents racontaient à leurs enfants avant d'aller dormir et celles qu'on utilisait comme menace sur les bambins désobéissants.

Et il y avait celle, étrange et fascinante, qui émerveillait les enfants et terrifiait les adultes. Car eux savaient que cette légende n'avait rien d'inventée.

Azel, le Prince d'Argent, était bien réel, et même si beaucoup préféraient penser qu'il était mort, tout le monde s'accordait à dire que son esprit violent et malfaisant hantait les Montagnes de Sels depuis qu'il y avait été enfermé, quinze ans auparavant.

John Stalinski n'avait jamais fait partie des enfants qui aimaient se faire frissonner en parlant du Prince d'Argent, ce sujet tabou. Il n'avait pas eu le courage de briser les interdits et son père avait été strict en ce qui concernait Azel. Cet être était un démon, ennemi des Anges et de Ballystram, ennemi des humains et de toutes leurs valeurs de paix.

John connaissait son père comme étant quelqu'un de calme et poli. Mais lorsque le Prince d'Argent était mentionné, il perdait toute contenance et lâchait des insultes monstrueuses avant de s'effondrer en larmes, terrifié.

C'était pour ça qu'il ne lui avait jamais avoué qu'il travaillait dans l'unité qui s'occupait de la captivité du Prince d'Argent. Il avait peur de voir son père devenir fou en apprenant que l'assassin de sa petite sœur était encore bien en vie.

C'était pour sa tante que John s'était engagé dans cette unité. Elle était morte avant qu'il n'ait pu la connaître, tuée par Azel. Mais John connaissait ses histoires par cœur et nourrissait depuis une profonde admiration pour elle.

Son calepin violet dans les mains, John suivait de près Goho, le chef de la prison dans laquelle le Prince d'Argent était enfermé.

A l'extérieur, la forteresse se fondait avec la pierre de la montagne, et était presque impossible à discerner. Les nombreuses tempêtes de sel coloré qui balayaient la région aidaient à rendre ce lieux invisible, et aucuns randonneurs n'aurait l'idée de venir se promener par ici.

Après avoir passé une porte à hauts battants, John s'était retrouvé dans des couloirs sinueux et étroits, taillés à même la roche. Des plaques en métal recouvraient le sol et le plafond, rendant le tout horriblement oppressant.

Goho portait une épaisse armure sombre qui se confondait avec sa peau, et ses épaules étaient si larges qu'elles semblaient frotter les murs.

John se racla la gorge. Goho ne ralentit pas le pas, il lui sembla même qu'il se faisait plus rapide.

— Où sont les pièges ? demanda-t-il alors.

Goho ne répondit pas. John s'arrêta et se racla de nouveau la gorge. Les hautes épaules du chef s'affaissèrent dans un soupir avant qu'il ne se décide à se tourner vers lui.

John dut reculer d'un pas pour voir correctement le visage de l'homme.

— 'Sont désactivés pour la visite, répondit celui-ci de sa voix caverneuse. Autrement, on pourrait pas passer ici. On va mettre des heures avant de pouvoir tous les r'mettre, pesta-t-il.

— Pourquoi des heures?

— C'te forteresse appartient à la République Neutre, pas à l'Empire du Feu, grogna Goho. Les mécanismes, ils sont rouillés et super longs à manœuvrer. C'est impossible d'les r'mettre uns par uns. 'Va encore passer des plombes d'ssus.

Il se remit en route et John le suivit en s'empressant de marquer le détail dans son carnet. En le voyant faire, Goho leva un sourcil.

— Qu'est c'que vous faites?

— On m'a envoyé ici pour faire l'état des lieux, répondit John sans lever les yeux de ses notes. Alors je le fais. Et je le remettrai en main propre au capitaine Farhar, une fois revenu à Aymesdam, dit-il fièrement.

Goho ne lui répondit pas et John l'entendit même lancer une insulte dans son épaisse barbe.

Il connaissait la raison de son extrême impolitesse. Il n'avait été prévu que tard que Fridserberg ne viendrait pas et qu'à la place, la Garde Hyacinthe envoyait Stalinski fraîchement formé. Mais John savait que sa présence était préférable à celle de Fridserberg.

Cet homme n'avait aucune limite, et même s'il assurait toujours respecter les règles, John doutait qu'organiser une grande fête alcoolisée à chaque fois qu'il se rendait ici était la chose la plus ''dans les règles'' qu'il y avait à faire.

L'absence de Fridserberg avait privé Goho et ses soldats de leur seule fête de l'année et ils tenaient John pour responsable.

— Vous avez beau m'insulter autant qu'il vous plaira, mais j'ai été envoyé ici par le capitaine Farhar. Tenez-vous à ce que je lui rapporte que vous manquez de respect à un de ses hommes? Peut-être avez-vous oublié pourquoi on l'appelle le capitaine dragon?

Goho marqua une courte pause en le dévisageant. Puis, il eut un étrange sourire et accéléra le pas. John le suivit, fier de lui. Cette brute avait compris qu'il n'était pas là pour plaisanter !

John observait autour de lui, notait la présence de la moindre petite fissure sur son carnet, posait des questions auxquelles Goho répondait avec mauvaise humeur. L'odeur omniprésente du métal et le froid qui régnait dans la prison la rendaient anxiogène et John était heureux de ne pas avoir à y rester plus de quelques heures.

Ce silence de mort le terrifiait et même Goho à ses cotés ne parvenait pas à le rassurer. La présence du Prince d'Argent lui pesait sur les épaules. Il le sentait partout.

Le plafond bas et les étroits couloirs étaient seulement éclairés par des lampes à huile accrochées aux murs. Les flammes dansaient au rythme des courants d'air, projetant des ombres fantomatiques autour d'eux.

Les pièges qui truffaient la forteresse prenaient beaucoup trop d'électricité pour pouvoir faire fonctionner des ampoules et John nota cela dans la colonne « points négatifs » de son carnet, juste à côté de la température bien trop basse.

Il frissonnait sans cesse malgré son épais manteau violet. Le climat tempéré du sud de la République Neutre lui manquait.

Soudain, le chef de la prison s'arrêta net et John faillit lui rentrer dedans.

— Qu'est-ce qui vous prend? lança-t-il.

Ils s'étaient arrêtés devant deux soldats qui encadraient un mur parfaitement lisse. Goho glissa un sourire moqueur à John.

— Ouvrez, ordonna-t-il aux soldats.

L'un d'entre eux tendit les bras, ferma les poings et les ramena vers lui. Suivant son mouvement, le mur métallique glissa sur le côté dans un grondement. Le porteur de Métal se décala prudemment pour laisser Goho passer.

John n'osa pas faire un pas. Il savait ce qui se trouvait dans cette cellule.

Et il ne voulait en aucun cas lui faire face.

En le voyant aussi effrayé, Goho éclata d'un grand rire.

— J'croyais que l'capitaine Farhar vous f'sait confiance! Fridserberg n'a jamais eu peur d'entrer!

John serra son carnet contre lui. Il valait bien plus que ce fêtard sans morale ! Il se devait de prouver son courage au capitaine.

Ayant perdu son air fanfaron, il s'avança doucement vers Goho.

Lorsqu'il arriva sur le pas de la cellule, le chef le poussa dans le dos. John étouffa un cri de surprise et manqua de tomber face contre terre. Son stylo et son carnet lui échappèrent des mains pour aller glisser jusqu'à une paire de genoux.

John voulut reculer, mais Goho était entré dans la cellule, l'empêchant de faire demi-tour. La porte métallique se referma, plongeant le cachot dans l'obscurité totale.

Au grand soulagement de John, le chef de la prison alluma une lampe à huile. Il eut un mouvement de doigts et le métal de la paroi forma un crochet sur lequel il suspendit la lampe.

Les yeux de John mirent un moment à s'habituer à la pénombre. Goho, lui, s'était déjà approché du prisonnier.

— T'as d'la visite! annonça-t-il d'une voix forte. M’sieur l'prince à d’la visite! ajouta-t-il d'un ton moqueur.

Envahi par un mélange de peur et de fascination, John s'approcha malgré lui.

Le prisonnier était à genoux sur le métal glacé. Son corps, nu, recouvert de profondes cicatrices et de larges brûlures était penché en avant, comme s'il n'avait plus aucune force pour se tenir droit. Il était si maigre que ses os semblaient sur le point de percer sa peau.

Sa tête penchée en avant laissait ses longs cheveux bruns couvrir son visage.

Ses bras étaient tenus en hauteur pour que le moins de sang possible puisse circuler dans ses mains.

En ajoutant à cela de régulières doses de légers chocs électriques véhiculés par les chaînes qui le retenaient, il se trouvait dans l'incapacité de se servir correctement de son Duom.

De larges plaques en métal recouvraient aussi ses paumes de mains et de pieds dans le même but. Mais vu son état, John ne le voyait pas capable d'utiliser l'Air sans mourir de fatigue.

Il s'avança davantage jusqu'à arriver tout près du Prince d'Argent. Il vérifia qu'il ne bougeait pas avant de se baisser pour récupérer son stylo et son carnet à la vitesse de l'éclair.

John sursauta lorsque Goho donna un violent coup derrière la tête du prisonnier.

— J'te cause, enfoiré! Farhar à envoyé quelqu'un d'autre pour t'dire bonjour!

En entendant le nom du capitaine, Azel leva lentement la tête. John ouvrit grand les yeux en découvrant le masque.

Ce masque argenté, si lisse, si parfait malgré les coups et les combats, était rivé sur lui.

Le pire, c'étaient les yeux. De grands yeux en amande, sans pupille, d'un blanc irréel qui fixaient John comme s'ils pouvaient voir en lui.

Ce visage était celui d'un ancien dieu qui prônait une religion de paix et de savoir.

Mais John, comme beaucoup, ne voyait pas ni paix ni le savoir. Il voyait la version que Azel prônait, en tuant et semant la terreur.

Immobile, John attendait que le prisonnier lui parle.

— Vous pouvez respirer, Stalinski, l'a pas prononcé un mot d'puis qu'il est ici, lança Goho comme s'il avait lu dans ses pensées.

Il semblait fier de voir John aussi effrayé. Après l'avoir agacé avec ses questions, il s'était enfin tu. Goho frappa de nouveau Azel. Ce dernier n'eut aucune réaction. A croire que son âme était déjà bien loin de son corps.

— Pourquoi... pourquoi porte-t-il encore son masque? demanda John à voix basse.

— Jamais vous arrêtez avec vos questions vous, hein?

La mauvaise humeur avait de nouveau envahie Goho.

— Y a qu'lui qui peut l'enlever. P'tain d'technologie Templier, jura-t-il.

— Et ces cicatrices? C'est vous?

John ne pouvait pas quitter des yeux les longues cicatrices qui couraient sur la peau de Azel. Goho haussa les épaules.

— Il en avait déjà avant de rentrer ici. Vous avez pitié d'lui?

John planta son regard dans celui de Goho. La flamme de la lampe à huile rendait le colosse encore plus imposant. Mais il insista.

— C'est vous?

— J'suis pas l'seul à avoir perdu un membre d'ma famille à cause de c'monstre. Y a plein d'mes gars qui on voulu lui faire payer.

Goho eu un sourire sauvage.

— J'pouvais pas leur dire non.

— De quel droit avez-vous fait ça sans l'accord du capitaine?

Goho resta un moment interdit avant d'être secoué par un rire gras. De sa large main, il attrapa les longs cheveux de Azel et tira sa tête en arrière.

— Vous pensez vraiment qu'le capitaine nous a pas donné son autorisation pour ça? Et puis les méd'cins lui on aussi fait pleins d'trucs !

John serra les dents. Pourquoi cette révélation le blessait tant? Le Prince d'Argent avait tué sa tante. Et probablement les tantes de beaucoup d'autres. Et puis, capitaine dragon nourrissait pour Azel une haine brûlante, c'était connu de tous.

Quinze ans auparavant, le combat qui les avait opposés avait rasé un village entier. C'était le capitaine qui avait gagné, mettant un terme à la terreur qu'inspirait Azel.

Depuis, le Prince d'Argent était un sujet interdit en République Neutre, interdit, et même dangereux en présence de Farhar.

John nourrissait une admiration sans limite pour son capitaine et penser que cet ordre de torture était sa décision le bouleversait sans qu'il ne sache vraiment pourquoi.

— Je pense que j'en ai assez vu, déclara-t-il. On peut reprendre la visite.

— A vos ordres, m'sieur, lança Goho d'un ton cynique.

Il lâcha la tête de Azel qui retomba mollement avant de le contourner pour venir toquer sur le mur en métal. Dès qu'il eut le dos tourné, John vit Azel lever la tête et son ventre se serra encore plus.

En attendant que le mur coulisse, Goho récupéra la lampe. Le Prince d'Argent continuait de fixer John qui cherchait en vain à éviter son regard.

Il lui sembla attendre une éternité avant que la porte ne s'ouvre. Goho sortit de la cellule, John sur ses talons.

Son angoisse ayant disparu, celui-ci ne put retenir l'envie de voir une dernière fois le Prince d'Argent. Il tourna la tête.

Les menottes accrochées au plafond pendaient dans le vide.

La cellule était vide.

— P'tain d'merde!

John sentit un violent courant d'air dans son dos. Les deux gardes de la cellule furent projetés en arrière et heurtèrent les murs dans un bruit d'os brisés qui lui glaça le sang.

Terrifié, il tomba sur les fesses et enveloppa sa tête de ses bras. Il ne voulait pas mourir!

En entendant Goho grogner de douleur, il écarta les doigts.

Azel, toujours nu, se tenait bien droit face à Goho. Le chef de la forteresse projeta son bras en avant. Le métal des murs suivit son mouvement, se déforma pour créer de longues lances argentées. Les lames acérées passèrent au travers de Azel comme s'il n'était qu'air.

Voilà comment il avait pu s'échapper. La légende disait vrai. C'était un fantôme.

Attraper Azel revenait à essayer d'attraper de l'air avec ses mains.

— Code rouge! hurla Goho dans son talkie-walkie. R'mettez les pi...

Une bourrasque de vent envoya son crâne heurter le mur. Aucun des pièges n'allaient pouvoir être remis en place assez vite. Goho le savait aussi bien que John. Azel aussi le savait.

Désorienté par le choc, Goho lâcha un flot d'insultes. Le Prince d’Argent eut un mouvement de bras et le corps du porteur de Métal, semblable à un pantin sans fils, fut projeté face la première contre le mur tout près de John. Ce dernier, immobile, sentit son estomac se retourner lorsque le sang coula le long du visage sombre de Goho.

Azel, épuisé par son Duom, s'avança doucement vers le chef de la forteresse. D'un geste de pied, il le retourna sur le dos.

Le nez de Goho était tordu dans un angle improbable, le sang plaquait ses cheveux crépus contre son crâne. Le choc avait été si violent que quelque chose avait cessé de fonctionner correctement.

Ses yeux vitreux fixaient Azel sans le voir. Ses bras et jambes étaient secoués de petits sursauts et derrière lui, le mur en métal faisait des remous, sensibles à sa panique.

Avec des gestes presque doux, le Prince d'Argent s'accroupit devant le porteur de Métal et posa une main sur son visage, englobant son nez et sa bouche. Le cœur à l'arrêt, John observa le Prince d'Argent vider l'air de ses poumons.

Le vent frais vint envelopper la main du porteur d'Air avant de disparaître. Lorsque le Prince d’Argent s'écarta, sa respiration était rapide. Son Duom l'avait épuisé.

Son masque se posa sur John qui sentit un liquide chaud se répandre entre ses jambes.

Un courant d'air souffla les bougies restantes et il se retrouva dans le noir complet.

Immobile, il attendit que Azel l'achève.

— Transmets mes salutations au capitaine dragon, murmura une voix éraillée toute près de lui.

John cria et ramena les bras autour de sa tête. Le silence l'envahit, lourd, aussi étouffant que l'obscurité qui l'entourait.

Azel était parti. Il allait tuer les autres gardes. Il allait s'enfuir.

John ne connaissait pas le labyrinthe de couloirs. Il allait mourir ici. Au moindre geste, il touchait un cadavre.

Il allait mourir ici, dans cette forteresse avec une seule pensée en tête: le Prince d'Argent était de retour.

 

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brumeraude
Posté le 29/05/2021
OLALA !!!
Mais quel plaisir de retrouver Azel ! Et John ! Et Goho, snif ... :'(
En tout cas, la lecture est fluide, c'est très agréable à lire, et un grand bravo pour les descriptions qui sont super immersives (bonus pour celles sur les épaules de Goho, vraiment j'ai adoré haha).
J'ai vraiment hâte de redécouvrir la suite !
Lucyie
Posté le 29/05/2021
Aaah merci!! J'ai tout donné pour les descriptions dans cette réécriture xD je suis contente que ça te plaise toujours !!
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