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Par itchane


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Frank


Retour au début de l’après-midi.

 

 

“... schéma, déplacement de 4m23 vers la gauche de l’applique 3, et de 2m10 vers la droite de l’applique 5 avec changement d’ampoule, pour une répartition de la lumière plus équitable de 17% au pied de l’immeuble des briques. Idée à soumettre à Prince.

00:23 La dame de l’ombre est de retour, lumière de son appartement allumée.
01:10 Lumière de l’appartement de la dame de l’ombre éteinte. 

01:22 Dernière entrée.”

Incompréhensible. Impossible.
Une erreur, un égarement ; un mauvais rêve. 

Mais non, il y en avait d’autres, beaucoup d’autres. Comme dans ce classeur ici, le 423 :
“07:50 Mouvement sur la terrasse de la dame de l’ombre. Trois pots de fleurs en argile déplacés. Jardinage ?”

Ou encore ici :
“00:16 La dame de l’ombre, manteau noir, châle, traverse discrètement la cour puis entre dans les briques.” 

Elle était partout, disséminée dans toutes ses notes, dans toutes ses fiches.

Frank commençait à paniquer. 

Tout était parti d’une simple vérification, un retour dans ses archives comme il en faisait si souvent. Il s’était levé ce matin comme toujours, à 05 h 30, s’était douché, habillé, avait pris son petit-déjeuner à 5 h 45. Assez tôt pour noter les premières activités de cour : l’ancienne et, plus étonnamment, Saul - dont il avait remarqué les habitudes fort chamboulées ces derniers temps -, suivi de Tsé-tsé et ses douze fraises. Plus tard, le géant avait été le premier à quitter le Hameau à 6 h 44 pour partir travailler, comme d’habitude. De notes en relevés, la matinée puis le début d’après-midi s’étaient écoulés sans surprises, chaque habitant restant plus ou moins fidèle à ses statistiques.

Et puis il avait vu Raphaël traverser la cour, seul, s’était demandé depuis quand ses parents étaient en déplacement, avait remonté le cours de ses cahiers et était tombé sur la dame de l’ombre.

Il avait lu, relu, parcouru ses dossiers ; tourné les pages, comparé les écritures. Ses mains - soixante-seize tâches de vieillesses sur la gauche, cinquante-cinq sur la droite - s’était mises à trembler.

Et il en était toujours là, à vérifier encore, refusant d’y croire.
Alors qu’il tenta de déplacer un cahier pour en ouvrir un autre, son crayon lui échappa.
Le son sec, aigu et par trois fois répété du morceau de bois rebondissant sur le parquet mit un terme soudain à l’agitation du vieil homme.

Il avait fait tomber un crayon.

Frank regarda l’objet, se pencha avec une souplesse étonnante pour son âge, attrapa le crayon du bout des doigts et se releva progressivement.
Il resta debout un temps, les yeux sur la mine cassée, la tête vide.
Puis la machine se remit subitement en marche. 

Une décision devait être prise.

Frank posa le crayon, enfila sa veste et sortit.
Il descendit les jambes tremblantes les dix-sept marches de bois qui le menaient de son appartement, le 7, à la cour. Une fois le seuil de l'immeuble passé, il entama sous un soleil éblouissant les cinquante-sept pas qui auraient dû le mener jusqu’au porche afin de rejoindre la rue. Mais il s'arrêta au vingt-quatrième, pris d'un doute.
Il avisa le banc qui se trouvait sur sa droite, le troisième en sens horaire en partant de la grande entrée et décida de s'y asseoir pour réfléchir à nouveau.
Ses mains peinaient à ne pas s'agiter. Il en passa une dans sa touffe de cheveux blancs avant de la poser sur son front qui commençait à le lancer. 

Par habitude, ses yeux pâles parcoururent dans un mouvement panoramique l’ensemble du décor. Il fut presque rassuré de constater que cette routine-là, au moins, ne l’avait pas totalement quitté, mais sa fébrilité l’empêchait de se concentrer. Il fit à peine attention à l’agitation qui animait les deux enfants au bord de la fontaine, au pied du cerisier. Il avait d’ailleurs oublié tout à l’heure de se poster à sa fenêtre pour noter leur arrivée. Le jeune Raphaël et son blondinet de compagnon étaient - comme chaque après-midi depuis le début des vacances - en train de jouer dans la cour et Frank n’aurait su dire depuis combien de temps ils étaient là. Le mystère qu’il venait tout juste de déterrer l’avait happé, détourné de ses responsabilités et cette sortie de route l’inquiétait d’autant.

Il n’aurait su dire non plus depuis combien de temps Prince balayait les pavés. Il le voyait calmement affairé à dégager les feuilles et la poussière, mais jamais il ne pourrait retrouver l’heure à laquelle le gardien avait commencé. Par sa faute, l’information n’avait pas été consignée. De même pour la liseuse, plongée dans son roman, assise genoux levés et le dos appuyé aux briques. Quel titre et combien de pages lues aujourd’hui ? L’ancienne dormait encore sur son rocking-chair, devant chez Mamé, depuis 14 h 11, cela il l’avait bien noté.

Mais quelle importance ? Quatorze heure ou quinze ? Tout cela avait-il encore le moindre sens ?
Pour la première fois depuis toujours, Frank compris avec horreur qu’il se fichait de l’heure d’arrivée et de départ de qui que ce soit. Ainsi que du nombre de fois que Raphaël utiliserait les mots “carrément” et “en fait” dans ses échanges.

Car aujourd’hui, son monde s’était écroulé.

 

Pour s'encourager, Frank décida de se projeter dans son idée pour mieux l’appréhender. Il suffisait de se plonger dans la suite la plus logique que prendrait sûrement les événements.
Il s’accrocha au lointain son de flûte clair et candide de Saul, pour s'aider à se concentrer. 

Il ne s'était jamais rendu dans un commissariat, mais il pouvait supposer qu’une fois les nom, prénom, adresse et profession renseignés, l’échange se passerait sûrement ainsi :

« Très bien, je vous écoute. Pourquoi êtes-vous là ?
— Je souhaiterai témoigner d'un événement... perturbant.”
Le policier lèverait les yeux de son rapport et hausserait un sourcil.
« Perturbant ? Demanderait-il en posant sur Frank un regard à la fois encourageant et pesant.
— Oui... reprendrait Franck stressé de ne pas trop savoir pas où commencer. Voyez-vous je, je prends des notes. Des, oui, des notes de tout ce qu’il se passe, parce que j’aime voir les chiffres, les moyennes, les tendances... cela permet d’optimiser, vous voyez ?
Le policier ne verrait pas du tout. Il faudrait être plus clair.
« Bon. J’ai chez moi des classeurs entiers de fiches que je remplis chaque jour sur l’ensemble des habitudes de mes voisins de quartier.”
Le policier jugerait cette manie très douteuse mais resterait très calme, afin de ne pas perturber le témoignage de ce personnage fort inquiétant à qui il répondrait par des “je vois” encourageants, espérant ainsi le pousser l’air de rien à avouer qu’il est clairement un tueur en série.
Mince, dangereux quiproquo assuré. Ajouter précipitamment un “mais ils sont au courant et ça ne les gêne pas !” affolé n’arrangerait absolument rien à l’affaire. Ce n’était clairement pas la bonne approche non plus. Comment expliquer, comment se faire comprendre ? Comment, en quelques minutes et face à un inconnu, donner le change des innombrables années passées avec les habitants du Hameau à s’accepter et s’apprivoiser ?

« Bref. Comment dire. J’écris... des chroniques de quartier ! Oui, c’est bien ça, bonne idée, des chroniques de quartier, cela semble tout à fait raisonnable. Bon. Des chroniques, qui décrivent le quotidien du quartier du Hameau, où j’habite. Et j’aime m’attacher aux détails voyez-vous, que les éléments rapportés soit le plus précis et réalistes possible. Voilà. C’est mieux. Bon. Bien. Abordons maintenant le problème. Ce qui m’amène ici, monsieur le commissaire, c’est qu’alors que je cherchai une information dans mes archiv- non, mes premiers tomes, voilà, j’ai découvert des entré- non, des paragraphes, tout à fait absurdes.
— Des paragraphes absurdes ? demanderait le policier dont l’attention aurait radicalement décliné depuis que son témoin serait passé de la promesse d’un événement perturbant à l’aveux d’incohérences dans ce qui lui semblerait être l’écriture d’un mauvais roman amateur.
— Non, non, mais attendez, dirai Frank fébrilement, alarmé de voir son interlocuteur abandonner la prise de note du témoignage pour se caler au dossier de sa chaise en soupirant. Ce n’est pas anodin du tout. Il faut que vous compreniez, je suis très, très précis, et je ne me trompe pas. Or j’ai découvert dans mes propres carnets et de ma main, des paragraphes entiers que je ne me souviens pas avoir écrits, à propos d’une habitante que je ne connais pas ! Son appartement, tel que détaillé dans mes fich- mes chroniques serait à l’emplacement de ce qui n’est aujourd’hui rien de plus qu’un débarras, dirait Frank complètement bouleversé et dont les mains trembleraient de panique. Vous comprenez la gravité de la situation ?
Le visage du commissaire prendrait alors une toute nouvelle expression. Concentré sur le vieil homme et pesant ses mots il dirait :
« Mais oui, je vois, je vois que nous avons ici une histoire tout à fait stupéfiante, voire affolante, euh, Frank. Je peux vous appeler Frank ?
— Non.
— Hum. Bon. Écoutez Monsieur, dirait-il sans se départir de son aplomb et de sa maîtrise évidente de toutes sortes de situation, est-ce que vous avez de la famille ?
— Pardon ?
— Des enfants, des petits-enfants que nous pourrions contacter ? demanderait l’agent d’une voix se faisant plus lente et s’appliquant à bien articuler chaque syllabe.
— Mais, quel rapport avec la dame de l’ombre ?
— La dame de l’ombre ? Quelle dame de l’ombre ?
— Et bien celle qui a disparu ! C’est le surnom qui a dû lui être donné, je n’ai pas d’autre information sur son identité. Elle habite forcément mon quartier puisque mes fiches le disent, et pourtant elle n’est plus là. 

Un silence s’installerait quelques secondes.
— Ecoutez, reprendrai le policier et tentant de garder son calme et la main sur son après-midi. Vous savez, il arrive un âge où il devient difficile de vivre seul. Avez-vous considéré la maison de retraite ? Vous devriez en parler à vos enfants, ce sont des endroits tout à fait adaptés à… “ 

La bulle de projection de Frank éclata. Quel idiot. Le commissariat, non mais quelle idée. Il y passerait pour un vieux fou et risquerait même de se mettre dans de beaux draps.

C’est vrai qu’il n’avait peut-être pas encore assez étudié le sujet. Il devait y avoir une explication, quelque chose. Avant de paniquer, il lui faudrait se replonger dans ses classeurs et tenter d'extirper de leur contenu la genèse de ce mystère. Observer, compter, analyser, repartir sur ce qu’il savait faire de mieux. Il y avait forcément une explication et il la trouverait, comme toujours.

Fort de cette antienne, Frank redressa la tête ; son environnement, redevenu tangible, frappa tous ces sens. Il sourit au bruissement des feuilles du cerisier caressant ses tympans, il apprécia la générosité du soleil réchauffant sa vieille peau, il fut envieux de l’odeur de gâteau au chocolat à peine sorti du four qui attendait Raphaël et le blondinet pour un goûter à point nommé.

Il se leva, salua Prince dont il croisa le regard étonné - et qui avait mis en pause son balayage de la cour pour rejoindre les enfants dans leurs conversations de coin de fontaine - et retourna dans son appartement.

Vingt-sept pas pour revenir au seuil de son immeuble, dix-sept marches jusqu’à son appartement. Et les jambes toujours un peu tremblantes, car malgré tous ces efforts, la panique ne s’était pas tout à fait laissée dompter.


 

*

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Joke
Posté le 04/04/2020
petite coquille juste à la fin: 'laissée dompter'
GENIAL ce chapitre!
Est-ce que tu connais Dino Buzzati? Je ne me souviens plus si je l'avais évoqué avec toi… Ton histoire me fait beaucoup penser à son univers.
Ce surgissement du surnaturel dans le réel, qui déstabilise les personnages, c'est quelque chose que Buzzati maîtrise à merveille (c'est un de mes nombreux auteurs favoris, ceux que je peux relire régulièrement sans me lasser)
Pauvre Franck! On panique avec lui!
Une de mes hypothèses se confirme: quelqu'un de l'ailleurs passe dans le réel… Mais je sens bien entendu que c'est plus complexe que ça…
Ou alors tout se passe uniquement dans la tête de Franck, justement?
A force d'écrire sur le quartier, il est happé par autre chose, une métaphore de l'inspiration qui parfois dépasse certains artistes?
C'est intéressant, tu soulèves plein de questions!
Cette histoire est super Itchane, continue à nous emmener avec toi!
itchane
Posté le 05/04/2020
Hello Joke !

Je ne connais pas Buzzati (même si c'est tout à fait possible qu'on en ait parlé, je sais qu'on avait discuté du "réalisme magique"), je reprends note et dès la fin du confinement, j'irai en librairie pour tenter l'aventure ^^

En tout cas je suis contente que ce chapitre t'ait convaincue, c'est un peu le début de la "vraie" histoire après une loooongue mise en situation, donc si ce lancement s'est bien passé pour toi, j'en suis toute rassurée ^^

Par contre, bien sûr, je ne dirai rien sur le pourquoi du comment, haha : P

J'ai corrigé la coquille, omg, merci ! (sur le dernier mot en plus, de quoi bien gâcher tous les effets x'D )

Merci encore pour ta fidélité de lecture et tes commentaires : D
Keina
Posté le 24/02/2020
Oh, mais le mystère s'épaissit ! Je suis persuadée qu'il y a une histoire de mondes parallèles qui se chevauchent, ou un truc du genre. C'est toujours aussi fluide en tout cas, on se laisse emporter dans ce monde sans problème.
Vivement la suite !
itchane
Posté le 28/02/2020
Hello Keina !

Merci d'être toujours là et de toujours commenter : )

Oui, enfin un "vrai" mystère haha...

Tu as l’œil, ouiiiiii, vive les mondes parallèles !! : D
Mais je n'en dirai évidemment pas plus ; )

Merci encore ♥
Sorryf
Posté le 24/02/2020
Trop de bonheur de retrouver ce quartier si étrange !
C'est mystérieux cette personne qui apparait dans les notes et est oubliée. Un peu angoissant, mais globalement je me sens en sécurité dans ton histoire.
Un autre mystère c'est le blondinet qui est la dans tous les chapitres, et dont personne ne connait le nom alors que tout le monde a l'air de se connaitre. Il m'intrigue beaucoup.

J'ai beaucoup aimé le passage fantasmé au commissariat. Le monde réel qui se heurte a la magie. Bien contente qu'il n'y soit pas allé !
itchane
Posté le 28/02/2020
Hello Sorryf,

fidèle à la lecture, merci beaucoup ^^

Tu me rassures en me disant que ce premier vrai début d'intrigue te parle, depuis le temps qu'on l'attendait, je suis contente de savoir qu'il ne tombe pas trop comme un cheveux sur la soupe ^^

Je ne dirais rien pour la suite, ni sur le degrés de danger :P

Haha le commissariat, oui, c'est à dire que s'il y allait et qu'il était pris au sérieux ça n'aurait plus du tout été la même histoire x'DD Donc il fallait que je trouve un moyen crédible qu'il ne demande pas d'aide à l'extérieur ^^"
Tant mieux si cela a marché, ouf ! ♥

Merci encore de ton passage et de ton message : )

++
EryBlack
Posté le 20/02/2020
Coucou itchane !
Trop chouette ce chapitre, j'ai adoré ! Frank fait un peu Thorn, dans son genre. J'adore ce type de personnages maniaques. Il fut un temps, j'ai eu mes propres ambitions d'observations de voisins (j'avais même des jumelles, mais chut), et je me suis aperçue que c'est vraiment pas facile. Donc totale admiration pour Frank. Ce que j'aime beaucoup aussi c'est ce mystère qui apparaît, et qui m'entraîne une bonne fois pour toutes dans l'histoire ! Jusqu'ici j'appréciais l'ambiance et les personnages, maintenant je me sens bien accrochée par l'intrigue aussi. Je suis sûre que Frank n'est pas un vieux fou et j'ai hâte de savoir ce qui a pu se passer.
C'est super bien écrit, au début je n'étais pas sûre d'avoir capté ce qui le perturbait, mais le dialogue imaginé au commissariat vient tout éclaircir.
J'ai relevé :
- "l’échange se passerai sûrement ainsi" > passerait
- "se pencha d’une souplesse étonnante pour son âge" > pas sûre, mais on ne doit pas plutôt dire "avec une souplesse étonnante" ? Et à part ça, vu que l'activité principale de Frank semble être d'épier les voisins, je trouve ça surprenant qu'il soit particulièrement souple.

Vivement la suite ! Je n'avais pas lu sur PA depuis un bon moment, ça fait vraiment plaisir <3
itchane
Posté le 28/02/2020
Hello Ery !

Mon temps de réponse a été bien trop long alors que ton message m'a fait tellement plaisir ! ♥

Je suis super contente que tu sois venue lire et que tu aies pris le temps de commenter : )
Oui, c'est ici que l'intrigue commence vraiment, j'espère que ce n'est pas trop long, quelle patience d'avoir tenu...

J'ai vraiment eu du mal à organiser le récit. Dans mon tout premier jet, le roman ouvrait sur ce chapitre-ci (qui est donc le premier que j'ai écrit ; mes tout premiers mots, holala c'était il y a si longtemps ! *_* ), mais il m'a semblé qu'il manquait trop d'éléments de contexte pour que le lecteur comprenne vraiment en quoi cette histoire de carnets était intrigante/intéressante.

Finalement j'ai fait le choix de l’extrême inverse, il arrive très tard j'espère que ça fonctionne ^^"

Haha ouiiii, en lisant le tome 4 de la PM j'ai direct fait le rapprochement aussi ^^
La littérature se réapproprie les personnages un peu "hors normes" en les intégrant à l'histoire sans faire de leur différence le sujet principal, c'est trop cool, ça m'a fait hyper plaisir d'avoir des pdv Thorn dans le dernier tome ♥♥♥

Ha oui avec des jumelles quand même x'DDDD
Bon, il faut se dire que Frank est à la retraite et n'a plus grand-chose d'autre à faire, ça aide ; )
(Il faut se dire aussi que je ne suis pas sûre que ce soit très légal dans la vraie vie, donc heureusement que tu n'as pas vraiment réussi :P )

Merci beaucoup d'être passée (j'ai fait les corrections dans le texte, merci !),

très bonne IRL à toi ♥
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