***

Par itchane


*

Prince
Mamé
Saul
Lotre
Raphaël
Frank


L’après-midi.

 

 

Les brins de paille du balai de Prince crissaient doucement sur les pavés de la cour dans un rythme irrégulier et généreux. Personne n’avait demandé à Prince de s’occuper de l’intendance, mais personne ne lui demandait non plus de payer le loyer de l’étroit appartement de gardien qu’il occupait, juste à côté du porche qui avait donné son surnom à ce bâtiment, la gorge. L’arrangement n’avait jamais été formulé et c’est en cela qu’il convenait à tout le monde. D’ailleurs, personne n’aurait osé signifier à Prince ce qu’il avait à faire.
Les choses étaient faites et elles l’étaient à sa façon, sans ordres ni injonctions. C’était sa manière à lui de préserver sa fierté. Les habitants n’y voyaient rien à redire, c’était leur manière à eux d’entretenir leur pudeur.
Prince fit une pause, posant ses bras enrobés sur le manche de son balai qui paraissait miniature en comparaison de sa carrure. Il apprécia le rouge vif des innombrables cerises qui garnissaient le grand fruitier.
La récolte allait être belle. Prince en cueillit une qui s’offrait, aguicheuse, juste sous son nez. Sur sa langue le jus coula, juste sucré comme il fallait, goûtu comme il fallait, frais et fondant comme il fallait, un délice. C’était parfait, comme d’habitude.
Au loin, une flûte laissait échapper une mélodie agréable, simple et claire.
Le week-end s’annonçait sous les meilleurs augures.

Quand il aurait fini de passer le balai dans toute la cour, il irait réparer le bac extérieur du potager, à la demande de Mamé. Trois clous et quelques coups de marteaux, ce serait vite fait.
Avant le week-end, il aurait aussi à remplacer l’ampoule grillée de l’applique de l’ouest, pour que la soirée de samedi soit aussi lumineuse qu’elle le mériterait.
Il chercha du regard le vélo bleu, tomba sur le blanc, posé contre les briques. Il trouva finalement le bon, abandonné dans l’ombre du bâtiment ouest. Il devait en resserrer les freins s’il en croyait une conversation du jeune couple surprise la veille.

Mais il ne s’agissait que de broutilles et tout cela ne le tiendrait pas occupé bien longtemps, à son grand dam. Ce soir, il avait un rendez-vous et parvenait difficilement à occuper son esprit dans l’attente de l’événement. Rien que de prononcer le mot dans sa tête lui provoquait des frissons. Un rendez-vous. Elle lui plaisait vraiment. Vraiment. Il l’avait invitée à venir dîner chez lui ce soir et cette perspective le rendait tout à la fois très heureux et très nerveux. Il lui fallait absolument une distraction pour contenir jusqu’au soir son impatience et son agitation. Ce soir qui semblait si loin, alors même qu’il approchait bien trop vite.

Au bord de la fontaine, à l’ombre de l’arbre, Prince vit le jeune Raphaël et son ami s’agiter ; y voyant un antidote formidable à son état il décida de venir voir. Il avait aussi, un peu plus tôt, observé Frank s’arrêter en pleine marche pour s'asseoir sur un banc. Le vieux paraissait perdu et cela ne le rassurait guère ; mais pour l’instant, mieux valait rester à l’écart. Il connaissait assez le vieil homme pour savoir qu’il était tout à fait capable de s’occuper de lui-même et que la seule erreur aurait été de perturber le fil de ses pensées.

Quant à la jeune liseuse posée à l’ombre du Nord, cachée derrière ses interminables cheveux, ses lunettes rondes, sa longue robe grise et son livre sur les genoux, inutile de tenter une approche, il risquait la morsure.

Il arriva à pas de velours au niveau des deux gosses. Raphaël, ses boucles claires toujours plus en pagailles, tenait à la main un long fil plongeant droit dans l’eau, tandis que l’autre, toujours plus blond et toujours plus frêle, se penchait au dessus du bord, louchant vers le fond. L’occasion était trop belle de divertir un peu les deux enfants.
— Qu’est-ce que vous fichez ? demanda Prince en souriant.
— Ho, bonjour Prince, lança Raphaël en se retournant à peine. En fait, on veut savoir jusqu’où ça descend. J’ai attaché un caillou au bout de mon fil et je vais le plonger dans l’eau. Quand ça descendra plus, on remontera et on mesurera tout ce qui est mouillé. Comme ça, on saura jusqu’où ça va.
— Très bien pensé ! s’exclama Prince d’une voix un peu trop admirative pour être honnête.
— Oui, répondit Raphaël très sérieusement, les sourcils froncés de concentration.
Prince repris sa posture d’observation : il croisa les bras sur la pointe du manche de son balai et attendit avec grand amusement la suite des événements, ménageant ses effets.

Tout était toujours question de timing.

Une fine brise soulevait gentiment les cheveux et les feuilles de cerisier. Les visages tendus et investis des enfants scintillaient de tâches de lumières, reflets mouvants des éclats de soleil qui animaient le lustre de la fontaine.

Tout à coup, Raphaël arrêta la descente de la pierre en refermant ses doigts sur le fil.
— Ça mord ? se moqua Prince.
— J’arrive au bout de mon fil, c’est carrément profond ! Heureusement, j’en ai un autre, ajouta Raphaël à la ronde, très fier de lui.
— Il est plus grand celui-là ? demanda son ami.
— Chai pas, mais c’est pas pour échanger, on va faire un nœud pour l’attacher au premier et le rallonger, regarde.
Raphaël attacha le bout du premier fil à un bout du second en prenant bien soin de ne rien lâcher pour ne pas voir disparaître le tout au fond du puit.
Un petit bout de langue dépassait du coin de sa bouche, ses sourcils se rejoignaient presque.

Une fois le nœud fait, Prince se permit de venir le serrer un peu plus avant la reprise de l’expérience car “ce serait dommage que ça pète en pleine course !”.
Raphaël était d’accord que ça serait carrément dommage et remercia Prince de sa participation, bien content de la présence de cet adulte très compétent pour chaperonner l’aventure.

Le caillou repris ainsi son voyage vers le centre de la terre, trois paires d’yeux - deux très sérieuses, une plus railleuse - sondant l’eau et surveillant le fil.

Puis vint le bout du second cordon.
Raphaël n’en revenait pas.
— Mais c’est carrément, carrément profond ! dit-il les yeux ronds. Prince, vous auriez pas un autre fil ! Faut en attacher un autre, vite !” lui demanda le garçon emporté par le suspense et l’excitation.
— J’en ai, répondit Prince très posément.
— Vous... vous pourriez aller en chercher ? demanda Raphaël surpris que Prince, pourtant si intéressé jusqu’alors par l’expérience, ne soit pas déjà en route.
— Je pourrai. Mais pas sûr que ça servirait à grand-chose.
Le coin de sourire de Prince s'épanouit en un large croissant. Son heure était venue. Sous le regard méfiant d’un Raphaël offusqué de se voir ainsi trahi, il reprit, en prenant sa voix de conteur :
— Nombreux sont les habitants ou les visiteurs du Hameau qui se sont penchés sur ta question. Puisqu’on n’en voit jamais le fond, jusqu’où descendent les flots de la fontaine ?” En parlant, Prince s’approchait pas à pas des deux garçons, restés assis sur le rebord de pierre. Les dominant de toute sa hauteur et jouant de cet avantage, il continua. “Un fil et un caillou, c’est une excellente idée que tu as eue là. Tellement bonne que, crois-moi, j’ai déjà tenté avant toi. Et il se trouve que j’étais déjà pas le premier non plus. Car en vérité, le mystère est si grand que tout le monde a déjà tenté. On en a mis des dizaines de mètres de fil dans ce puits. Mais le problème, c’est que les cailloux ne touchent pas le fond. Jamais ! Et le tien non plus ne touchera pas. Tu pourrais y ajouter des kilomètres qu’il ne toucherait toujours pas...
Il fixait maintenant Raphaël et son ami d’un regard passionné.
Le blondinet, ébranlé, faisait aller son regard de Prince à la fontaine, la bouche entrouverte dans un cercle presque aussi parfait que celui formé par le muret sur lequel il s’appuyait.

Mais Raphaël, bien que plus impressionné qu’il ne souhaitait le laisser paraître, doutait encore. C’était un scientifique, un pragmatique ; on ne la lui faisait pas à lui.
— J’y crois pas. C’est pas possible un trou sans fond. Déjà y’aurait pas d’eau dedans parce qu’elle aurait coulé de l’autre côté et on verrait le ciel à travers.
— Ha, tu me crois pas hein ? dis Prince en plissant les yeux sans cesser de sourire. Les jumelles ! héla-t-il brusquement, accompagnant son appel d’un grand geste de la main vers deux silhouettes qui longeaient la cour.

Les deux jeunes femmes pour qui le cri se destinait se retournèrent. L’une répondit de loin d’un bonjour souriant, l’autre d’un geste de la main. Elles dévièrent de leur trajet initial pour se rapprocher de la fontaine et rejoindre le groupe. Le bas de leur robe colorée caressait les herbes les plus hautes. L’une marchait en tête, elle était styliste ; c’était elle qui avait conçu les robes qu’elles portaient. Elle tenait dans sa main un épais carnet relié de cuir. L’autre se tenait un peu en retrait, elle était couturière ; c’était elle qui avait cousu les robes qu’elles portaient. Elle tenait dans ses bras un grand plat à tarte. Elles échangèrent des politesses et compliments avec le groupe.

— Prince, tu nous as appelées, commença Lune ;
— tu as besoin de quelque chose ? termina Lotre.
— Ha ha. Et bien voyez-vous, répondit Prince, ces chers enfants souhaiteraient connaître la profondeur de la fontaine. Raphaël a mis au point un système tout à fait ingénieux : il fait descendre dans l’eau un caillou retenu par un fil. Il se dit que lorsque le caillou touchera le fond, il n’aura qu’à remonter le fil et mesurer la longueur de la partie mouillée pour obtenir l’information qu’il recherche. Il est déjà arrivé au bout d’un premier puis d’un second fil, mais le caillou ne s’arrête toujours pas de descendre. Or, en vous voyant passer, je me suis dit, mais oui ! Qui s’y connait en fil et doit en avoir des bobines entières, les jumelles !

Raphaël, qui écoutait jusqu’alors consciencieusement l’exposé pour être sûr de ne pas se faire rouler, mordit à l'hameçon et eut soudain une idée. Il faillit en lâcher le lien qu’il tenait encore à la main.
— Mais oui ! C’est à vous que je dois demander un fil. Le plus long que vous ayez ! Vous pourriez me le prêter que je puisse mesurer ? demanda Raphaël aux anges de se constater une fois de plus si brillant.
Les jumelles échangèrent un regard.
— Nous pourrions te prêter tous les fils de notre atelier, commença Lune ;
— cela ne t’aiderai pas à mesurer la profondeur de la fontaine, termina Lotre.
— Nous avons déjà essayé, reprit Lune ;
— le caillou ne touche jamais, jamais le fond, acheva Lotre.
— Toutes nos bobines y sont passées ;
— il n’y a rien à mesurer.

Un long silence s’installa. Les jumelles avaient conservé leur calme serein et leur sourire bienveillant. Le blondinet, tout à fait converti, en était bouleversé, happé par le mystère. Raphaël, de son côté, était ébranlé, les jumelles n’étaient pas du genre à mentir ni jouer le jeu des grands, mais il refusait encore de se laisser totalement emporter. Le froncement de ses sourcils et la légère ouverture de sa bouche étaient autant d’indices de la bataille que se livraient en lui la logique et le frisson.

Son camarade, tout à sa fascination, repris l’enquête.
— Et ça veut dire quoi les dessins sur la pierre ? Y’a une signification cachée ?
Encastrés dans la pierre gris clair qui cerclait la fontaine, des fragments plus foncés dessinaient sur toute la surface intérieure du mur des formes étranges, au déchiffrage difficile. Les lignes et les courbes formaient vagues, inscriptions au sens perdu et étranges animaux à nageoire, ornant le mur aussi loin que l’on pouvait les voir, jusqu’à se perdre dans le noir de la profondeur.

— Ha ça, lui répondit Prince que le rictus moqueur avait quitté.
Il observa les figures un temps et fut soudain pris d’une impulsion, d’un souffle inspiré.
— Avant de passer le balai dans une cour d’immeuble j’ai fait des études d’archéologie, figure-toi, dit-il au blondinet d’un ton beaucoup plus sérieux que précédemment. Et bien des choses comme celles-là, je n’en ai jamais vues. S’agit-il de l’œuvre d’un fou, qui aurait voué sa vie à la construction mystique d’un ouvrage dont le sens nous échappera pour toujours ? Ou bien avons-nous là les vestiges d’une culture passée dont l'absence d’autres manifestations nous empêche d’en percer les mystères… En tout cas c’est vieux, très vieux, et c’est fichtrement beau ! s’exclama Prince dont le ton de la voix avait repris ses inflexions habituelles sur la fin de la démonstration.
Retrouvant sa bonhomie et son emphase de conteur, il reprit, ravis de ce public conquis :
— La légende voudrait qu’une sirène vive au fond de cette fontaine ; c’est elle que tu vois dessinée sur ces murs. Une sirène attirée par l’or et à laquelle le voyageur peut jeter une pièce dans l’espoir qu’elle exauce ses vœux, ajouta-t-il en accompagnant ses paroles d’un clin d’œil.
Le blondinet n’en pouvait plus d’excitation, il s’était retourné d’un bond vers l’onde et louchait vers le fond dans l’espoir d’y voir une nageoire.
Mais l’eau était aussi calme et impénétrable que d’ordinaire.
— C’est n’importe quoi, dit Raphaël, tenace.
Il avait remonté son fil et s’acharnait maintenant à en détacher le caillou, mais les nœuds lui résistaient. Malgré son apparent scepticisme, il était tout de même troublé et la fébrilité de ses mains lui rendait la tâche difficile.

— Nous connaissons cette légende ;
— tout le quartier la connaît.” commença Lune et finit Lotre.
— Nous avons déjà jeté une pièce ;
— et vu notre vœu exaucé.
— L’ancienne connaît la sirène et son histoire ;
— vous devriez l’interroger.

Tout le groupe tourna la tête vers l’ancienne. Elle s’était assoupie sur sa terrasse, enveloppée par les rayons du soleil. Son rocking-chair se balançait encore, par habitude.

— Mais pas maintenant en tout cas ! avisa Prince. Quand elle sera réveillée et prête à vous recevoir, peut-être.

Les jumelles acquiescèrent et prirent congé ; elles se souvinrent qu’elles étaient en route pour aller voir Mamé et souhaitait reprendre le cours de leur journée.
— C’était quoi le vœu ? leur demanda Raphaël alors qu’elles allaient se retourner pour partir.
— Tsss-tss, l'interrompit Prince en agitant un doigt levé, un vœu c’est secret, sinon il ne se réalise pas.
Les jumelles acquiescèrent et sourirent. Juste avant de partir elles souhaitèrent bonne chance à Prince pour son rendez-vous galant de ce soir.

Ce dernier prit bien soin de ne pas en perdre son sourire, afin que personne ne puisse lire son début de vexation, mais il trouvait que les nouvelles allaient décidément bien trop vite dans ce voisinage.

Quelques minutes plus tard, il vit Frank se lever enfin de son banc, il avait l’air rasséréné et cela le rassura. Ils se firent signe et Prince se promit de passer le voir prochainement pour prendre de ses nouvelles et boire un bon verre de cerise.

En s’éloignant de la fontaine, Prince entendit Raphaël marmonner, sceptique, à propos des études d’archéologies…
Bah, le garçon n’était pas obligé de le croire.
Il reprit son balayage un peu plus loin, afin de ne plus recevoir de questions supplémentaires des deux enfants qu’il abandonna à leurs interrogations.

Toujours une question de timing.


*


Au même endroit, au même moment.
Ailleurs.

 

L’ancienne somnolait sur son banc, enveloppée de soleil, bercée par la chorale de conversations, pas de courses, cris et jeux d’enfants du quartier. Le crissement des coups de balai d’Ali marquait le tempo. Elle s'asseyait toujours là, s’endormait vite. Face à la Résidence du Pommier, devant la fontaine, au bord du carré d’herbe ; elle balançait doucement d’avant en arrière. Sur l’eau de la fontaine, se reflétaient deux hauts d’immeubles et un ciel bleu engageant.
Une cacophonie métallique réveilla la vieille femme. Elle vit sur sa droite le chien fouiller dans la poubelle qu’il venait de faire tomber. Il repartit sans se retourner, portant un gros sandwich à peine entamé entre les dents.
L’ancienne jeta un œil à l’ombre de l’imposante barre d'immeuble qui lui faisait face. Depuis son dernier assoupissement, le voile gris avait grappillé plusieurs mètres sur le vert de l’herbe. Sur la façade, la rigueur du quadrillage des fenêtres était troublée par les clignotements des premières lumières de salon ou de cuisine que l’on allumait.
Il lui faudrait bientôt rentrer, mais la douceur de l’air lui laissait encore un peu de temps.
Le petit brun et le gentil s’échangeait des cartes sur le banc voisin, tempêtant pour obtenir un marché qui semblerait équitable à chacun. Les trois fausses terreurs jouaient au ballon ; leurs vestes, sacs à dos et même un vélo couché au sol servaient de limite de terrain. Gare à celui ou celle qui enverrait le ballon dans la fontaine ; un gage, un gage !

— L’ancienne ?
L’ancienne sursauta. Elle ne l'avait pas entendu arriver. Un jeune garçon aux boucles claires en pagailles et un blondinet maigrichon s’étaient approchés d’elle.
L’ancienne connaissait bien Raphaël, il n’avait pas beaucoup d’amis en dehors de son fidèle acolyte ; préférant les conversations d’adultes aux jeux d’enfants, sa personnalité ne l’aidait pas à s’intégrer. Il n‘était pas malmené non plus par ses camarades, trop intelligent, il avait bien vite appris à faire profil bas et à passer entre les gouttes.

 — J’ai lancé une pièce dans la fontaine hier, mon vœu ne s’est pas exaucé, dit-il les sourcils froncés.
— Patience, les choses ne fonctionnent pas comme cela. La fontaine n’est pas à ton service ; si tu fais soudainement le vœu d’avoir une bonne note à ton contrôle de mathématiques alors que tu n’as pas révisé, il ne risque pas d’être exaucé.
— J’ai pas demandé ça, j’ai toujours des bonnes notes en mathématiques, répliqua Raphaël avec un regard de défi. Dans son dos, son camarade acquiesça avec sérieux.
La réplique fit rire l’ancienne.
— C’était un exemple, je ne doute absolument pas que tu sois un très bon élève. Ce que je voulais dire, c’est qu’il ne s’agit pas de faire un vœu matériel et d'espérer voir ta vie changer du jour au lendemain. La sirène a ses raisons, ses manières et sa logique. Elle te surprendra sûrement. Tu as bien fait de jeter ta pièce, maintenant fait de ton mieux de ton côté et attends voir. 

Un silence mi-religieux, mi-sceptique suivit cette déclaration.
— L’ancienne, tu nous racontes encore l’histoire de la sirène ?

 

*

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Arabella
Posté le 31/03/2020
Coucou Itchane, je reprends ma lecture de miroirs d’eau avec plaisir. En ces temps un peu anxiogènes, ton histoire est une bouffée d’air frais !
Comme le dit Eulalie, on continue toujours dans cette impression de lire un long poème. Ce chapitre fait peut-être à mon avis, plus histoire que poème et c’est bien de flirter entre le réel et le merveilleux comme tu le fais. On ne sait jamais sur quel pied danser mais c’est extrêmement agréable ! On a hâte d’en apprendre plus tout en se laissant bercer par ce rythme lent.
J’adore particulièrement ces éléments de ton récit qui m’ont faite sourire :
1)— Ça mord ? se moqua Prince.
2)L’une marchait en tête, elle était styliste ; c’était elle qui avait conçu les robes qu’elles portaient. Elle tenait dans sa main un épais carnet relié de cuir. L’autre se tenait un peu en retrait, elle était couturière ; c’était elle qui avait cousu les robes qu’elles portaient.
3)— il n’y a rien à mesurer.
Petit bémol : L’idée que Prince soit un ancien archéologue me plait bien et je ne peux qu’approuver. Cependant, j’avoue, personnellement, être dérangée par le fait qu’il ne parvienne pas à en dire plus sur la fontaine. Peut-être qu’il cache la vérité pour faire rêver les enfants, tu laisses planer le doute, mais j’ai l’impression que cela pourrait être retravaillé. J’imagine mal un archéologue ne pas parvenir à reconnaître un style et une époque liés à une civilisation. Si la fontaine est inconnue, il y aurait une armada d’archéologues dessus.

Cela ne dérange bien sûr pas l’histoire, c’est juste pour un peu plus de clarté.

Des bisous :)
itchane
Posté le 05/04/2020
Hello Arabella !

Merci de ton passage et de ton commentaire ♥
J'écris beaucoup à l'oreille c'est vrai, alors c'est un vrai plaisir de m'entendre dire que l'on dirait un long poème, merci merci ^^

Pour Prince, oui, alors je vais être obligée de te demander d'attendre un peu sur la question ^^
En vrai je ne sais pas encore si cela va vraiment fonctionner sur la longueur donc cela m'intéresserait vraiment de savoir si tes doutes persistent plus tard sur la possibilité d'un lieu pareil sans que personne ne s'en soucis et sur la crédibilité des connaissances à la fois multiples ET lacunaires de Prince sur beaucoup de sujets... ce que je peux te dire c'est que pour l'instant c'est fait pour en tout cas. Mais si tu continues ta lecture, cela m'intéresserait beaucoup de savoir si ton bémol disparaît petit à petit ou s'il se renforce au contraire, que je sache si mon truc fonctionne ou pas ^^"

En tout cas, je crains que le mot "clarté" ne soit pas ce qui t'attend dans la suite de l'histoire sur le sujet x'D bien au contraire, tu me diras si ce ressenti devient positif au sens "mystérieux" ou s'il reste négatif genre "peu crédible" pour toi,
je serais très curieuse se savoir.

Merci encore Arabella pour ton message très constructif qui soulève un point très important de l'intrigue ♥

: )
Eulalie
Posté le 28/02/2020
Décidément, je me régale de te lire. C'est comme un long poème. J'ai beaucoup aimé les jumelles, leurs noms, la façon dont elles parlent. Prince est touchant et intriguant. Il m'a l'air un peu plus "réel" que les autres.
J'ai aimé "Ailleurs" comme une réalité alternative ou un point de vue simplement différent. Je vais me laisser porter vers la suite de ma lecture.
itchane
Posté le 28/02/2020
Coucou !

merci pour ces compliments, ils me font très plaisir ^^

J'espère que la suite te plaira,
il y aura d'autres "Ailleurs" qui devraient te mettre sur la voie ; )

Merci encore ! ♥
Joke
Posté le 23/10/2019
oh la la Itchane, mais quelle belle découverte ton texte, j'en reviens pas...
C'est vraiment étrange et beau et je ne peux le rattacher à rien de ce que j'ai déjà lu, je trouve ça très prenant..
Ton histoire semble empreinte de réalisme magique, et ça c'est une forme d'écriture que j'admire, que je rêverai de savoir faire, mais qui m'échappe totalement.
Bref, j'aime, j'aime vraiment.
Les noms (ou surnom donnés par Prince?) des jumelles, Lune et Lotre, les enfants et leur expérience, Prince, son balai et ses études d'archéologue...
Le passage en italique qui ajoute au mystère...
Un chapitre magnifique. <3
itchane
Posté le 24/10/2019
Merci beaucoup Joke ! ♥♥

Ouiiiii le réalisme magique, c'est le genre d'univers qui me transporte le plus, comme dans les textes de Yoko Ogawa ou de Carole Martinez (tu connais son livre "Le Cœur Cousu" ? Je te le conseille très très vivement si tu aimes ce genre !).
Holala, ça me fait trop plaisir si tu me dis que je m'en sors à peu près dans ce style parce que oui, c'est vraiment le but recherché ^^"

Merci énormément Joke ♥
Joke
Posté le 24/10/2019
Oh je ne connais aucune de ces deux auteurs , je vais aller jeter un coup d'oeil à la médiathèque du coup, merci :)

Dans le genre, à vrai dire je ne connais que Dino Buzzati et Italo Calvino, qui sont deux de mes auteurs préférés....

Je sais aussi que parfois on rattache l'insoutenable légèreté de l'être à ce style, et c'est aussi un de mes livres favoris, mais j'ai toujours moins ressenti le côté réalisme magique chez Kundera, je sais pas pourquoi.

En revanche on le sent complètement dans Kafka, mais la métamorphose m'a toujours totalement terrifiéeeeeeeee.

Enfin bref, c'est vraiment un mode d'écriture que je connais peu, mais que j'apprécie énormément, il me fait totalement rêver...
Tu y parviens très bien pour le moment, et pour l'instant, dans ce que j'ai lu sur PA tu es la seule à l'utiliser, alors je trouve ça super que tu te lances!
J'ai vraiment hâte de voir tout ça et je te soutiens à fond, surtout aie confiance je suis sûre que tu vas super bien y arriver!
à très vite pour la suite <3
Liné
Posté le 29/09/2019
Hello Itchane !
Ha, c'est toujours aussi élégant, mystérieux et délicat ;-) j'aime beaucoup cette atmosphère !
Mon impression de scène théâtrale (dans le sens littéral) se renforce : on reste dans la même unité de lieu, et tu mentionnes le nom des personnages présents en début de chapitre. Au passage, j'adore le jeu de mots sur Lune et Lotre, et le nom Prince pour un concierge amoureux d'archéologie !
Cote intrigue, c'est un peu tôt pour se faire une opinion définitive, évidemment - mais je crois que tu peux très bien nous proposer une diversité de points de vue en gardant cette fontaine comme ancrage (j'ai l'impression que c'est ce vers quoi tend ton histoire ?). Je trouverais ça très intéressant, et même poétique comme tu sais le faire !

J'aime bien l'idée qu'on ne puisse pas identifier une époque en particulier. Je ne sais pas si c'est voulu de ta part ? En revanche, les mots "timing" et "sandwichs" inscrivent l'histoire dans notre époque, et ça m'a un peu (et rapidement) déconnectée de ton atmosphère. Mais ça dépend aussi de ta volonté à toi !

A très vite pour la suite :-D
itchane
Posté le 30/09/2019
Hello Liné !

Merci beaucoup pour ton retour ! ♥
Je suis contente de voir que l'ambiance ne semble pas trop s'altérer avec le temps.

Tu as raison, j'essaye d'intemporaliser la chose... 'sandwich' est fait exprès parce que c'est un monde différent, mais pour 'timing', oui, je devrais le revoir, tu as tout à fait raison ! °o°"

La fontaine va rester un élément important mais on va tout de même entrer dans les maisons et quitter par moments la cour, c'est cet éparpillement qui me fait un peu peur, mais pour l'instant cela me rassure d'avoir tenu au moins un chapitre de plus sans vous perdre ^^"

Merci encore d'être passée par là Liné et d'avoir tenu ces 3k mots ! ^^"
Stella
Posté le 25/09/2019
Coucou,
Que le grand cerisier bénisse les pauses déjeuner.
Pour un "bout" d'histoire 3k mots ça vaut un chapitre voire plusieurs 😉
La présentation ne me gêne pas du tout. J'aime ses ouvertures de sous chapitres avec les noms des personnages comme dans une pièce de théâtre. (Dans l'immédiat une petite réserve pour ceux qui sont juste mentionné  comme Mamé ou esquissé comme Franck je verrais à la longue).
Mention spéciale à Lune et Lautre j'adore. Et Prince le concierge féru d'archéologie !
Parfois dans les présentations de tes personnages je retrouve des accents à la JP Jeunet.
On a l'impression que tu braques un projecteur sur eux et qu'ils s'animent.
À ce stade je me demande si les points cardinaux auront une importance puisque tu les mentionnes souvent 🤔
Cette fontaine est intriguante vraiment. Si elle est au cœur de l'intrigue c'est bien amené.
"Une fine brise soulevait gentiment les cheveux et les feuilles de cerisier. Les visages tendus et investis des enfants scintillaient de tâches de lumières, reflets mouvants des éclats de soleil qui animaient le lustre de la fontaine." Ce passage est très beau, mais je l'ai trouvé plus soutenu que le reste de la narration.
" En parlant, Prince s’était approché de l’eau pour bondir sur le muret d’une leste enjambe. "J'ai du mal à l'imaginer se mouvoir aussi légèrement après la description que tu en as faite.
" Au même endroit, au même moment.
Ailleurs." Tu me diras si j'ai compris. On est dans une sorte de monde parallèle ? J'ai noté que le balayeur est dénommé Ali et non Prince par l'ancienne mais c'est peut être son vrai nom. Mais d'un autre côté Raphaël est bien là... Ou alors le" ailleurs "c'est la tête de l'ancienne ?
" Face à la Résidence du Pommier, devant la fontaine, au bord du carré d’herbe ; elle balançait doucement d’avant en arrière, à la surprise renouvelée du banc qui ne bougeait pourtant pas d’un pouce."ce passage n'est pas clair un problème de ponctuation ? Et la surprise renouvelée correspond à quoi ?
Sinon à voir si tu ne peux pas te passer de quelques incises qui rendent les dialogues moins vivants. Ça ferait ressortir les échanges de Lune et L'autre où là les incises sont savoureuses
J'attends la suite avec impatience 😘
itchane
Posté le 25/09/2019
Hello Stella !

Merci énormément pour ce retour, oui 3k je me suis dit aussi que ce serait un gros morceau mais je ne vois pas bien comment couper sans perdre le rythme général... à réfléchir ^^
Merci de tout cœur Stella, de t'être lancée tout de même et d'être arrivée au bout de ce "bout" ! ♥

• Pour les noms des personnages cités au début, ils sont plus nombreux que ce que l'on voit vraiment dans ce chapitre car je fais une seule entrée pour plusieurs séquences, en fait les persos comme Mamé ou Frank apparaîtront dans les "bouts" suivants. Ce n'est peut-être pas très clair mais j'avoue que la présentation par chapitre de PA ne m'aide pas beaucoup là-dessus : les séquences entre étoiles sont censées se suivre, à la Terry Pratchett, sans interruption ni coupure par chapitre ^^"
J'ai l'espoir qu'avec plus de chapitres postés les plumes comprendront l'idée, mais si ce n'est pas le cas, je devrais réfléchir à autre chose : /

• Ha, les points cardinaux... j'essaye de trouver un vocabulaire du quotidien, de mentionner les choses comme les habitants les mentionnent, de ne pas mettre "le bâtiment B" ni "Monsieur Machin". Parfois ça marche, comme les surnoms des personnages, et apparemment parfois moins comme pour les points cardinaux qui attirent inutilement l'attention d'après ta remarque... il va peut-être falloir que je pense à une autre nomenclature pour les bâtiments alors, hmmmm, je vais réfléchir ^^
Le bâtiment Est s’appelle "côté Mamé", peut-être que ce genre de chose marcherait mieux ? Genre "le rouge" ou "les briques" pour celui qui est en briques, par exemple. Je recherche vraiment le genre de surnom que l'on a tous tendance à donner aux éléments de notre quotidien et qui rendent la conversation incompréhensible aux non initiés. (Il y a chez mes parents une pièce qui s'appelle "par là", personne d'autre que les membres de la famille ne peuvent comprendre une phrase comme "ha oui, il doit être par là" signifiant en réalité "dans la chambre d'amis" x'D) À revoir donc pour me rapprocher plus de mon objectif, je note précieusement ta remarque !

• Je vais essayer de revoir aussi l'agilité de Prince, tu as raison.

• Haha, oui normalement les "ailleurs" en italique sont des mondes parallèles. Ce n'est pas bien grave de ne pas être sûr tout de suite, ça me va si déjà tu y as pensé ^^

• Je vais aussi revoir la phrase de la surprise renouvelée x'D


Merci encore pour ton retour hyper, hyper utile ! Je note tout !

J'espère que tu ne t'es pas ennuyée et que ce n'était pas trop long, j'espère aussi avoir réussi à tenir l'ambiance générale par rapport à l'intro ^^"

Merci merci ♥♥♥
Stella
Posté le 25/09/2019
Je ne me suis pas ennuyée loin de là. Ça se lit tout seul. C'était juste pour taquiner ta modestie avec tes "bouts d'histoire".
Je te dirais à la fin de ce chapitre pour les prénoms.
Pour les ponts cardinaux, en effet tu pourrais en remplacer un ou deux par une autre désignation. ❤️ Les briques.
Ouf je ne suis pas à la ramasse avec mes ailleurs. Du coup il y a d'autre indice que le prénom du concierge dans cette séquence ? Genre un bâtiment pas à la même place ?
Quand à l'ambiance je te rassure elle fonctionne toujours autant. Des bisous
itchane
Posté le 25/09/2019
Hmmm, le nom du quartier à changé pour "Résidence du Pommier", et l'immense bâtiment face à elle est censé être plus une barre d'immeuble dans ma tête mais je vois que ce n'est pas si évident, ceci dit ce n'est pas bien grave, le plus important étant qu'on se doute que c'est pas le même endroit. Je verrai pour renforcer peut-être ^^
D'autres "ailleurs" seront vraiment beaucoup plus flagrants alors j'attends de voir si commencer subtil est une bonne ou une mauvaise chose ^^

Merci pour tes retours ♥
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